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Des outils pour mieux comprendre la notion de majorité sexuelle et de consentement

Des outils pour mieux comprendre la notion de majorité sexuelle et de consentement
10 nov. 2021 à 10:224 min
Par RTBF La Première

Un cadre légal est en train d’être mis en place sur la notion de majorité sexuelle. Il était temps ! Mais les professionnels de la jeunesse et de l’adolescence insistent sur la nécessaire éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle des jeunes ! Explications avec Marie-Laure Mathot, journaliste au Ligueur.

A quel âge est-on prêt à avoir son 1er rapport sexuel ?

Il n’est pas facile de répondre à cette question, tant il y a de concepts derrière. Le plus évident, c’est celui de la majorité sexuelle, mais il soulève aussi d’autres questions : qu’est-ce qu’on entend par un 'premier rapport sexuel' ? Faut-il nécessairement qu’il y ait pénétration ? Qu’en est-il des caresses, très importantes ? Ou encore, qu’est-ce que ça veut dire : 'être prêt' ?

Derrière cette question, il y a celle du consentement. Quand est-ce qu’un rapport est accepté des deux côtés ? Ce sont des enjeux d’actualité, on l’a vu récemment avec l’affaire de la drogue dans les verres des étudiantes à Ixelles.
 

Vers un nouveau texte de loi

La question est discutée en ce moment à la Chambre. Nos représentants politiques sont en train de revoir le droit pénal sexuel. Il était temps ! Et toutes ces notions, comme le consentement, sont au cœur de cette réforme.

Pour la question de la majorité sexuelle, le texte n’est pas encore voté. Mais la base légale sur laquelle ils ont commencé à travailler peut être résumée en 3 points :

  • Il n’y a pas de consentement avant l’âge de 14 ans.
  • Deux ados de moins de 16 ans peuvent avoir des rapports consentis à condition d’avoir moins de deux ans d’écart. Donc un majeur de 18 ans avec une ado de 15 ans et demi, ça ne passera plus. Et ce sera a priori sévèrement puni.
  • On n’est plus sur la notion 'd’attentat à la pudeur' ou 'd’honneur', mais bien d’intégrité sexuelle. On voit donc l’ado comme une personne à part entière, autonome sexuellement, et non plus comme un membre d’une famille dont il faudrait préserver l’honneur.
     

Le rôle de l’EVRAS

Voilà pour le cadre légal. Mais dans la réalité, pas besoin d’aller devant un tribunal pour être confronté à ces questions, rappelle Marie-Laure Mathot. C’est dans les relations interpersonnelles que cela se joue. Dans les relations avec les autres, mais aussi avec soi-même.

"Et ça, tout comme la notion de consentement, c’est au cœur de l’EVRAS. Pour rappel, l’EVRAS, c’est l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle. Elle est obligatoire dans toutes les écoles de la Fédération Wallonie Bruxelles, depuis 10 ans, de la 1e maternelle à la dernière année de secondaire.

Mais ce n’est pas pour autant que c’est d’application, malgré l’obligation. Seulement 15% des élèves connaissent l’Evras à Bruxelles, selon Lola Clarveul, de la Fédération des centres pluralistes de planning familiaux.

Alors, revoir le Code pénal, c’est bien, ça protège en cas de dérapage. Mais si on veut éviter ces dérapages, il est indispensable de mettre en place des discussions avec les ados."
 

L’importance des tiers

Fabienne Glowacz, docteure en psychologie clinique, professeure à l’Université de Liège et experte judiciaire, souligne cette carence. "Les parents sont démunis et ne sont pas les mieux placés pour entrer dans l’intimité de leur adolescent. Il est nécessaire que des spécialistes de la santé sexuelle puissent intervenir. Un cadre légal, c’est bien, mais il faut des actions d’accompagnement et de prévention."

Il est vrai qu’en tant que parent, on n’a pas toujours le bagage pour aider nos ados, parce qu’on n’est pas toujours nous-mêmes à l’aise avec toutes ces notions. Et pareil côté ado, il y a parfois des choses qu’on n’a pas envie de partager avec ses parents. C’est normal. Il faut plutôt essayer de donner un espace au cas où l’ado voudrait poser des questions, mais pour la psychologue, c’est insuffisant.

Les tiers sont super importants. L’ado va de toute façon aller chercher les réponses quelque part. Pendant longtemps, sur la toile, il n’y a eu que le porno pour montrer à quoi ressemble une relation sexuelle. Et là, on est loin de la notion de consentement.

Heureusement, aujourd’hui, plein d’autres supports existent : la série Sex Education, des comptes instagram qui parlent de sexe de manière positive, comme Jouissance Club ou Orgasme et moi. D’autres comptes qui dénoncent certains comportements ou rapports malsains au corps.

Mais tout cela n’est toujours pas suffisant pour la psy Fabienne Glowacz. "Un ordinateur ou un gsm ne vaut pas une relation triangulée par un formateur professionnel, qui ne risque pas d’emmener l’adolescent là où il craint d’aller. […] Ce qui manque souvent aujourd’hui, c’est le tiers régulateur."
 

Ce tiers régulateur, c’est le formateur EVRAS

Sophie Peloux de l’asbl O’Yes donne ces formations EVRAS en classe. Les formateurs partent de l’expérience des jeunes dans ces animations. L’idée n’est pas de diffuser une vidéo de prévention sur les maladies sexuellement transmissibles mais plutôt de discuter avec les jeunes, sans jugement, de voir comment ils se comportent entre eux, de parler de sexualité de manière positive, constructive, empathique, inclusive.

Ils parlent aussi d’autre chose que de sexe. Le consentement, ce n’est pas juste s’assurer que la personne en face est d’accord pour une relation sexuelle. Ça commence déjà avec les premiers baisers, et même plus tôt encore : quand on est enfant et qu’on demande à son pote s’il veut bien que l’on prenne son jouet, plutôt que de le lui arracher des mains. C’est aussi ne pas forcer les plus petits à faire la bise par exemple.

Les plus grands parlent aussi de la jalousie : jusqu’où peut-elle aller ? Est-ce que c’est normal que quelqu’un regarde dans son GSM ?

Ce sont des questions que même les adultes se posent parfois. Pour Fabienne Glowacz, ce serait même intéressant d’avoir des espaces où les parents pourraient discuter de tout ça.
 

Car pour les parents, quelles ressources ?

C’est un leurre de penser que le parent va pouvoir parler sexe frontalement avec son ado. Le parent n’est pas un psy. Il ne peut pas obliger l’ado à en parler. Par contre, il peut lui laisser l’espace nécessaire pour poser ses questions éventuelles.

Le parent ne doit pas avoir peur de diriger son ado vers les centres PMS dans les écoles ou vers les plannings familiaux, conseille Marie-Laure Mathot.

"Et puis si vous faites partie de l’association de parents de l’école, n’hésitez pas à insister pour que ces formations EVRAS aient lieu, c’est obligatoire ! Par contre, il n’y a pas d’obligation en termes de contenus ou de format. Du coup, assurez-vous que ce soit bien des associations qui parlent de sexualité de manière cool qui viennent.

Et pour ça, l’asbl O’yes est super. Elle a d’ailleurs mis en place une chaîne Youtube, si vous voulez aller voir son approche de ces questions. Ça s’appelle Moules-frites, c’est fait par les jeunes pour les jeunes et on y parle de plein de sujets, comme le consentement. "
 

Tendances Première : Les Tribus

Le Ligueur questionne la notion de consentement et de majorité sexuelle. Avec Marie-Laure Mathot.

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A voir aussi, cette vidéo youtube qui explique très bien la notion de consentement par la tasse de thé…

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