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Des mines de lithium, gallium, germanium, vont-elles s’ouvrir en Belgique et en Europe pour diminuer notre dépendance à la Chine ?

Zinc : Rouvrir nos mines ?

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C’est une région de Belgique peu connue. Elle se situe aux frontières de l’Allemagne, et des Pays-Bas. Les noms de ses communes : la Calamine, Plombières, sonnent comme autant d’indices d’un passé minier et industriel. Au 19e siècle, la Calamine et Plombières étaient, en effet, l’épicentre de la production du zinc et de plomb dans le monde.

Inge Helge, nous accueille dans un bâtiment qui était, jusqu’au milieu du siècle dernier le siège de la direction de cette industrie. Ce magnifique bâtiment art déco abrite aujourd’hui les collections du musée la Vieille Montagne. Des gravures et des photos accrochées aux murs attestent d’un passé laborieux. Le zinc de la Calamine a permis, notamment, de recouvrir tous les toits des immeubles Haussman à Paris. Inge nous rappelle une vieille expression de la région : "Quand il pleut à Paris, il goutte à la Calamine."

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Un sous-sol toujours très riche

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Malheureusement, les inondations récurrentes des galeries des mines sonnent leur déclin. A l’exception de ce bâtiment et de l’entrée d’un ancien four, il ne reste presque plus de trace de ce passé industriel. La région a retrouvé le charme de ses bocages. Les mines sont désormais rebouchées et une épaisse couche de végétation recouvre les paysages. Pourtant, les sous-sols abritent toujours des trésors minéraux. Nous arpentons la région avec Eric Pirard. Ce professeur de l’U-Liège est un spécialiste en géo-ressources. Il est formel, : "Avec les minéralisations de plomb, zinc, on trouve un cortège d’autres éléments qui sont un peu le sel et le poivre de ces minerais. Je pense au germanium, au Gallium et à l’Indium."

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Des minéraux précieux dans le développement des nouvelles technologies

Ces métaux précieux sont, tout particulièrement, prisés dans le développement des nouvelles technologies. Imaginez un peu. Le Germanium est très précieux pour la fabrication des fibres optiques, l’indium pour celle des écrans tactiles et le gallium pour l’éclairage et les capteurs optoélectroniques.

Mais pour en savoir plus sur le potentiel des sous-sols, une campagne d’exploration serait nécessaire. Une société privée, Walzinc, l’a bien proposé en 2018 mais la Région wallonne a rejeté sa proposition. Eric Pirard estime, pourtant, que nous devrions sérieusement penser à relocaliser nos productions minières : "Nous ne pouvons pas vivre en externalisant tout l’impact de l’activité industrielle. C’est trop facile de faire fabriquer par des Chinois les produits qui font notre confort quotidien. Nous devons apprendre à exploiter les ressources. Nous devons, maintenant, nous réapproprier l’ensemble de la chaîne de fabrication qui commence par l’extraction de la ressource et ensuite sa fabrication et son recyclage."

Cet ingénieur l’affirme, l’exploitation d’une mine aujourd’hui, n’a plus rien à voir avec celles du siècle dernier. Les rejets et la pollution sont maîtrisés et les galeries minières excavées par des robots.

Pas si simple de rouvrir les mines

Lorsque nous interrogeons les habitants, au hasard, dans les rues du centre-ville de la Calamine, nous constatons qu’ils ne sont pas, a priori, hostiles à l’idée. Alors, pour mieux nous en assurer, nous allons frapper à la porte de la bourgmestre de Plombières, le village voisin de la Calamine. Elle nous explique que les choses ne sont pas si simples : "Ça fait plus de 100 ans qu’il n’y a plus de mines dans notre région. Nous avons développé un tout autre type d’économie basée sur l’agriculture et le tourisme. Le tourisme est, d’ailleurs, notre troisième pourvoyeur d’emploi dans la région. L’ouverture de nouvelles mines aurait un impact fondamental sur cette économie, sans compter sur l’eau de notre sous-sol. Notre eau est exportée aux Pays-Bas. C’est notre or dans cette région."

De toute évidence, rouvrir des mines, en Belgique est un sujet sensible. Mais qu’en est-il en Europe généralement ?

Lithium, ce métal essentiel à la fabrication des batteries pourrait être extrait en Europe plus systématiquement pour réduire notre dépendance à la Chine.

Le lithium est de plus en plus utilisé pour stocker l’énergie produite par les panneaux solaires et les éoliennes et dans les voitures électriques.

Selon la Banque mondiale, la production de graphite, de lithium et de cobalt devrait augmenter de près de 500% d’ici à 2050 pour atteindre les objectifs climatiques. Les responsables européens estiment que pour atteindre son calendrier climatique, l’Union européenne aura besoin de 18 fois plus de lithium d’ici 2030 et de près de 60 fois plus d’ici 2050.

Pourtant, l’Europe ne possède qu’une seule mine de lithium, au Portugal. La très grande majorité de ses besoins est actuellement couverte par les importations extra-européennes. Environ 87% du lithium non raffiné dans l’UE provient d’Australie. Toutefois plus de la moitié du métal extrait est transformée en Chine. En fait, plus de 70% des batteries lithium ion sont produites en Chine.

L’UE est consciente de cette dépendance. Elle a donc ajouté le lithium à sa liste des matières premières critiques.

Exploiter des mines de lithium en Europe, source de pollution importante ?

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Eric Pirard nous le rappelle, la Belgique ne dispose pas de gisements de lithium. Par contre, l’Europe ne manque pas de potentiel. Le lithium est présent dans les lacs salés sous forme de saumure, soit en roche. Et ce spécialiste d’insister : "Il s’agit de deux types d’exploitation très différents. En ce qui concerne l’exploitation des saumures. L’idée répercutée est qu’elles consomment beaucoup d’eau. En réalité, la saumure est une eau fortement chargée en sel. Elle est simplement évaporée pour récupérer le lithium. Donc, on ne consomme pas d’eau. Au contraire, on purifie de l’eau."

Selon cet expert, il n’y aurait donc pas de grands problèmes de pollution liés à l’exploitation du lithium contrairement, par exemple, à l’exploitation du cuivre.

S’il existe bel et bien des gisements importants de lithium en Europe : au Portugal, en Espagne, en Serbie, en Grande-Bretagne, en Finlande. Un gisement existe également en Allemagne. Appelé Vulcan, ce gisement permettrait d’associer géothermie et extraction de minerai. Eric Pirard nous explique : "On va chercher des eaux très chaudes à environ deux kilomètres sous terre. En remontant ces eaux, on a à la fois la chaleur et en même temps, on peut extraire du lithium de ces eaux très chaudes. Vulcan a déjà signé avec la plupart des grands fabricants automobiles européens."

Un important gisement de lithium se trouve également en Serbie. Il a fait l’objet de nombreuses explorations préliminaires pour que son exploitation soit, finalement, refusée par le gouvernement serbe.

Une fois encore, l’exploitation de minerais en Europe est plus que jamais confrontée à l’effet Nimby (not in my back yard -traduction ' pas dans mon jardin')

 

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