Des grandes marques se mettent au zéro déchet avec un retour à la "consigne"

Plus de 90% du plastique produit ne sera jamais recyclé.

© ISSOUF SANOGO - AFP

03 févr. 2019 à 12:41 - mise à jour 03 févr. 2019 à 14:25Temps de lecture5 min
Par RTBF avec CNN

C’est une tendance révolutionnaire dans les années '60. Le plastique est sur le point de connaître son moment de gloire dans l’industrie alimentaire. La bouteille de lait en verre apportée par le laitier se transforme en plastique : le « potentiel du marché est énorme », note à juste titre le New York Times à l’époque. Comme le rappelle CNN, à cette époque : pour les familles américaines, dont un tiers continue de recevoir leur lait d’un laitier, le plastique est une merveille.


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Les avantages sont nombreux : plus léger que le verre, le plastique ne se casse pas. Et contrairement aux cartons en papier, il est translucide. Vous pouvez donc voir la quantité de liquide qui reste. Avec un contenant en plastique, tout le monde y gagne.

Sauf le laitier. Et, en fin de compte, la planète.

Changement de point de vue radical sur le plastique

Retour en 2019. Les perspectives en ce qui concerne le plastique ont changé. Le Forum économique mondial s’attend à ce qu’il y ait plus de plastique que de poissons dans l’océan d’ici 2050. La vie marine étouffe avec les débris : les images de cette baleine retrouvée morte en Indonésie avec plus de 6 kilos de déchets de plastique dans son estomac ont fait le tour du monde. Ou encore celle de ce plongeur, dans un océan de plastique dans les eaux de Bali.

Mais ce n’est pas tout. Les micro-plastiques qui se trouvent dans notre sol, notre eau, notre air et pénètrent dans notre corps avec des conséquences potentielles que nous ne comprenons pas encore parfaitement.

D’énormes quantités de plastique se sont accumulées dans les décharges. En ce décomposant très lentement, le plastique émet des gaz à effet de serre et contribue au réchauffement de la planète. Les plastiques menacent la santé de la planète et de ses habitants, et ils ne vont pas disparaître.

Des géants de l’agroalimentaire s’associent pour réinventer la « consigne »

Face à ce constat et ce changement de perspective face au plastique, les regards se tournent forcément vers les géants de l’agroalimentaire et de la consommation. Ceux qui vendent des produits emballés dans des contenants en plastiques jetables.

Procter & Gamble, Unilever, Nestlé, PepsiCo, Danone, Mars Petcare, Mondelēz International et d’autres – parmi les plus grandes entreprises mondiales de consommation – décident de s’associer pour trouver une solution potentielle pour limiter les déchets futurs.

Au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, ils ont présenté ensemble leur projet : Loop. Une initiative qui doit offrir aux consommateurs une alternative au recyclage du plastique, qui ne peut se faire que partiellement. De plus, selon certaines études, 91% du plastique ne sera jamais recyclé. Face à ce constat, la solution semble évidente : marche arrière toute.

C’est quoi « Loop » ?

Et donc, retour à notre laitier des années '60 et ses bouteilles en verre. Sauf qu’ici, le but est de généraliser le processus et rendre le concept attractif pour tous les produits. Le projet s’appelle « Loop » (boucle en anglais).

L’idée : créer de nouveaux emballages réutilisables et durables qui seront consignés. Ensuite, un réseau de livraison assure le transport des produits à domicile et récupère les emballages consignés. La « boucle » est en place.

Pour démarrer, les clients de « Loop » doivent créer un compte et remplir de produits divers un panier en ligne. Avec des prix qui devraient être comparables à ce qu’ils seraient dans un magasin à proximité.

Lors du premier achat, le client s’acquitte du montant de la consigne (quelques cent) et opte, s’il le souhaite, pour un renouvellement automatique du produit. Le consommateur ne paie qu’une seule fois la consigne relative à l’emballage et ce montant lui est remboursé graduellement à chaque restitution.

Au quotidien, le client consomme ses produits puis, une fois les produits terminés et vides, les emballages sont collectés au domicile, lavés et remplis de nouveau pour être réintroduits dans le circuit. Les emballages sont conçus pour avoir une durée de vie d’au minimum 100 utilisations, enfin cela devrait être l’objectif précise l’un des responsables de la production. Quand ils ne peuvent plus servir, la société TerraCycle qui est à l’initiative du projet les recycle. Cette société estime qu’après au moins 10 réutilisations, les nouveaux packagings seront meilleurs pour l’environnement que les emballages en plastique.

Et l’empreinte carbone alors ?

Les émissions de carbone provenant du transport en camion et d’autres facteurs pourraient l’emporter sur les avantages environnementaux de Loop si les colis ne sont réutilisés que quelques fois, ou si le système de transport est trop étendu. Loop a effectué des analyses du cycle de vie pour tenter d’estimer l’impact environnemental dans diverses situations.

Pour maximiser le nombre de réutilisations, les emballages Loop sont faits de matériaux durables comme l’acier inoxydable, l’aluminium, le verre et le plastique technique, qui est plus résistant que le plastique jetable.

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La clé, des emballages durables mais aussi élégants et innovants

Pour garantir le succès, les emballages de « Loop » doivent séduire les consommateurs. Et pas que par leur durabilité. Ils sont élégants et innovants. Et certains industriels ont déjà avancé sur ce terrain.

Une marque de déodorant lance un packaging qui permet la recharge. Habillé d’argent et de blanc, il ressemble à quelque chose qu’Apple pourrait faire. Les ingrédients et, le cas échéant, les informations nutritionnelles de tous les produits figurent dans un encart à l’intérieur du sac de transport des produits « Loop » plutôt que sur les emballages.

Mais l’innovation ne s’arrête pas au design. L’un des emballages – une poubelle lancée par une marque de couches pour bébés est conçue pour contenir les couches et les serviettes hygiéniques souillées. Il est muni d’un filtre à charbon pour bloquer les odeurs. Les articles d’hygiène, qui sont traditionnellement jetés, sont recyclés, tandis que la poubelle est désinfectée et réexpédiée.

Partenaires européens et phase de tests

L’initiative « Loop » démarrera au printemps aux USA et débarquera en mai 2019 en France. Deux grands distributeurs en Europe, Carrefour en France et Tesco au Royaume-Uni, sont déjà partenaires et d’autres pourraient rejoindre le projet. Les inscriptions pour participer au projet sont ouvertes aux Français.

Les acheteurs qui veulent participer au lancement en douceur de Loop en mai doivent s’inscrire. Le premier groupe d’utilisateurs sera sélectionné en fonction de l’emplacement et de l’intérêt général pour la plate-forme, selon TerraCycle. « Le test permettra à Loop d’aplanir toutes les difficultés avant que le programme ne soit ouvert au grand public », explique Tom Szaky le patron de la société.

Face à l’explosion de la consommation de plastique, de son impact environnemental et des problèmes de recyclage, les géants de la consommation avancent. Mais timidement.

Vers une suppression des déchets ?

Pour les plus grands acteurs, « Loop » est une expérience encore relativement limitée. S’ils le voulaient, ils pourraient appuyer de tout leur poids la promotion des emballages réutilisables. Mais à ce stade, les entreprises vont de l’avant avec prudence et considèrent « Loop » comme un élément de leurs efforts plus généraux en matière de durabilité.

 

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Face au succès de la livraison à domicile et à la volonté de faire plus en matière de lutte pour protéger l’environnement, « Loop » pourrait cependant séduire les consommateurs. C’est en tout cas le vœu du président du président de TerraCycle qui espère que d’ici les années 2060, un siècle après l’arrivée des plastiques sur la scène alimentaire, la boucle sera bouclée.

Un plongeur se retrouve dans un océan de plastique à Bali

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