Environnement

Des éoliennes offshore dans une zone Natura 2000 : danger ou opportunité pour la biodiversité ?

La chronique Océans

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Le 3 octobre dernier, le gouvernement belge et Elia (le gestionnaire du réseau à haute tension) ont dévoilé les détails du projet d’île artificielle qui sera construite en mer du Nord pour équiper la nouvelle et deuxième zone d’éoliennes offshore de notre espace maritime. La mer du Nord belge devrait à terme produire l’équivalent de la consommation annuelle des ménages belges, soit un quart de la consommation nationale d’électricité. Mais quel est l’impact de ce nouveau champ d’éoliennes sur l’environnement marin ? Déclic s’est posé la question dans son Déclic-Sciences consacré aux océans.

Est-ce que les éléments qui permettent de limiter les changements climatiques, en particulier les éoliennes, sont en contradiction avec la préservation des écosystèmes ? Cette question mérite d’être posée quand on apprend que la nouvelle zone belge d’éoliennes sera en partie construite sur une zone Natura 2000.

Pour y voir clair, nous avons rencontré Steven Degraer, écologue marin à l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique. Il a commencé par nous rappeler un élément important :

"Nous ne sommes pas seulement confrontés à une crise climatique. Nous devons aussi faire face à une crise de la biodiversité, et plus récemment, à une crise énergétique. Ces trois éléments sont très importants à prendre en compte quand on parle de l’éolien offshore, et encore plus quand il concerne des zones marines protégées".

La mer du Nord est l’une des mers les plus fréquentées au monde

La zone Princesse Elisabeth – c’est le nom de la nouvelle zone d’éoliennes offshore – est située au large de La Panne et Ostende. Une partie de cette zone empiétera sur une aire marine protégée, une zone Natura 2000 qui représente un tiers de notre espace maritime.

Steven Degraer explique pourquoi le gouvernement belge a choisi cette partie de la mer du Nord pour y construire les nouveaux parcs éoliens :

"La partie belge de la mer du Nord est très fréquentée. On y trouve des parcs éoliens, des territoires Natura 2000, des zones d’exercices militaires, des activités d’extraction de sable, mais aussi et surtout des couloirs réservés au transport maritime international. Quand on essaie d’assembler toutes les pièces du puzzle, on se rend compte qu’il n’y a plus que deux espaces disponibles où il est techniquement possible d’installer des éoliennes. Une des raisons pour lesquelles on a choisi la zone Princesse Elisabeth, c’est qu’elle ne recouvre qu’une partie de la zone Natura 2000. Alors que l’autre zone, plus proche de la côte, se trouve en fait entièrement dans la zone Natura 2000"


L’effet récif transforme l’écosystème autour des éoliennes

Lorsque l’on implante une structure en acier et en béton dans un environnement sablonneux, un certain nombre d’espèces, dont l’habitat est habituellement composé de rochers, viennent s’y fixer. On retrouve par exemple des moules et des anémones de mer qui viennent profiter de ce nouveau socle. Ceci va aussi attirer les prédateurs de ces espèces. Cette combinaison de processus est appelée " effet récif ". Cet effet est le principal à influencer l’organisation de l’écosystème.

Steven Degraer : "Autour des éoliennes, on trouve une énorme masse d’organismes vivants. D’une part, ces organismes filtrent l’eau pour se nourrir et recyclent davantage de déchets qu’en l’absence des éoliennes. D’autre part, quand ils meurent, ces organismes tombent sur le plancher de la mer et enrichissent les sédiments en matière organique."

L’interdiction de pêche dans les parcs éoliens crée un "effet réserve"

Le deuxième impact qui influence l’ensemble de l’écosystème est " l’effet réserve ". Ce dernier est dû à l’interdiction de la pêche dans les zones dédiées à l’éolien offshore. Quand on arrête la mortalité des poissons par la pêche dans une zone, ces derniers grandissent plus, produisent plus d’œufs et la biomasse augmente. Les poissons, très nombreux, finissent par sortir de la zone et repeupler les zones avoisinantes.

Steven Degraer a pu observer cet effet aux abords de la première zone éolienne en mer du Nord :

"Il apparaît que la quantité de plies pêchées autour des parcs éoliens est équivalente au volume pêché avant la construction des éoliennes sur l’ensemble de la zone où se trouvent actuellement des éoliennes. En outre, et c’est important de le noter, on pêche la même quantité en moins de temps qu’avant. On dit que l’effort de pêche inférieur pour pêcher le même volume."

Bientôt une nouvelle zone d’implantation devrait voir le jour, avec une île énergétique… sorte de grand "multiprise" en pleine mer.
Bientôt une nouvelle zone d’implantation devrait voir le jour, avec une île énergétique… sorte de grand "multiprise" en pleine mer. © Elia

Les impacts négatifs ont moins d’influence sur l’ensemble de l’écosystème

La présence d’éoliennes en mer semble bien avoir des impacts plus négatifs sur la biodiversité, mais ces effets ne transforment pas les écosystèmes de manière aussi significative que l’effet récif ou l’effet réserve.

L’impact le plus négatif, selon Steven Degraer, ne s’observe pas dans l’eau mais plutôt dans les airs. Ce sont les oiseaux marins qui souffrent le plus de l’implantation d’éoliennes et les impacts sont différents en fonction des espèces :

" Il y a certaines espèces d’oiseaux marins qui vont s’éloigner des éoliennes, parce qu’elles perdent leur habitat et leur réserve de nourriture. Et puis, il y a des oiseaux qui sont plutôt attirés par les éoliennes mais qui volent haut et entrent en collision avec les ailes des éoliennes. "

L’impact est cependant à nuancer car pour les oiseaux qui volent plus bas, les parcs éoliens offrent de la nourriture et des zones de repos où ils peuvent venir sécher leurs ailes après avoir plongé pour se nourrir.

Au rayon des impacts négatifs, on retrouve aussi le bruit émis lors de la construction des éoliennes qui éloigne les mammifères marins ainsi que le champ électromagnétique présent autour des câbles sous-marins qui relient les parcs offshore à la terre. Ces effets ont cependant une plus faible influence sur l’ensemble de l’écosystème.

Un impact sur la biodiversité qui semble mesuré

L’impact sur la biodiversité semble mesuré et les parcs éoliens peuvent être vus comme une opportunité dans des zones déjà fortement sous pression anthropique, comme la partie belge de la mer du Nord.

Steven Degraer rappelle quand même qu’un impact est toujours positif ou négatif en fonction du point de vue et de la personne qui analyse la situation. Selon lui, un impact est une transformation durable de l’écosystème, et en ce sens, les éoliennes ont bien un impact sur la biodiversité.

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