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Des dizaines de demandeurs d'asile dorment dehors à Bruxelles : les ONG dénoncent

Des dizaines de demandeurs d'asile passent la nuit dehors, faute de places d'accueil
19 juil. 2022 à 11:48Temps de lecture3 min
Par Philippe Carlot

La situation perdure depuis plusieurs mois et elle se détériore. Faute de places d'accueil, des dizaines de demandeurs d'asile - essentiellement des hommes seuls - doivent passer la nuit dehors sur des matelas de fortune. Des ONG et des avocats dénoncent ce qu'ils qualifient de traitement inhumain et dégradant. 

Une obligation d'hébergement

Toute personne ayant introduit une demande d'asile bénéficie d'une forme de protection de la part des autorités belges. L'Etat doit en effet les héberger et leur fournir de quoi manger pendant la durée de la procédure. Depuis plusieurs mois, faute de places, la Belgique ne respecte pas ses obligations. Directrice de la CIRE (Coordination et initiatives pour Réfugiés et Etrangers), Sotieta Ngo dénonce : "C'est une mauvaise impression de venir répéter le même message depuis des mois. Les températures ont changé, la saison a changé mais les personnes sont toujours à la rue. Toutes ces personnes ont un droit à l'accueil. Ca veut dire qu'elles devraient pouvoir accéder au réseau de Fédasil, qui est saturé. Et donc on a entendu récemment des annonces de nouvelles places, mais ces places ne sont pas encore opérationnelles". 

Il en manquerait entre 1000 et 3000 estime la directrice de la CIRE. 

Des conséquences sur la santé

Le fait de devoir dormir dehors n'est évidemment pas sans conséquences sur la santé aussi bien physique que mentale des personnes. Michel Genet est le Directeur Général de l'ONG Médecins du Monde. "Je suis très très inquiet parce qu'on va faire face à quatre jours de fermeture du Petit-Château . Ca signifie que des gens vont rester dans la rue sans rien, sans aucune prise en charge. Et on sait aussi que les collègues du Petit-Château sont vraiment à bout. Ils craignent eux-mêmes un peu le soir de se faire agresser en partant tellement la tension monte de manière assez légitime." 

L'état physique et mental des demandeurs d'asile se détériore, relève Michel Genet: "une série de pathologies médicales ne sont pas prises en charge parce que, logiquement, ce sont les médecins de Fédasil qui doivent le faire mais comme ces gens-là sont complètement sans statut, il n'y a pas vraiment de prise en charge." 

Quant aux pathologies constatées, "on a parlé de quelques cas de tuberculose il y a quelques semaines, c'est quand même assez grave", poursuit le DG de Médecins du Monde. "On parle aussi de gens qui sont en manque parce qu'ils doivent prendre certains produits ou médicaments, c'est le genre de situation auquel on fait face". 

Un double standard

ONG et avocats qui viennent en aide aux demandeurs d'asile dénoncent aussi ce qu'ils appellent un "double standard", c'est-à-dire la différence de traitement entre les réfugiés venus d'Ukraine et ceux du reste du monde. "On voit effectivement qu'il y a une grosse volonté politique au niveau de l'Ukraine", confirme Magali Pratte, chargée de mission Pôle Asile et Migration au Samusocial, "il y a une grande réactivité de la part des politiciens, de la part des médias et même des citoyens. C'est allé très vite, il y a énormément de bâtiments qui sont mis à disposition des Ukrainiens. Ce que nous espérons, c'est qu'on aille à l'encontre de ce double standard et de pouvoir créer une solution structurelle à la problématique de l'accueil et du logement, que ce soit pour les sans abri mais aussi pour les demandeurs d'asile."

Des astreintes pour des prunes

Pour forcer Fédasil à trouver une solution d'hébergement pour les candidats réfugiés, plusieurs avocats ont introduit des actions en justice devant le tribunal du travail de Bruxelles. Des centaines de jugement favorables ont été prononcés, généralement assortis d'une astreinte de 1000 euros par jour de retard dans la mise en oeuvre de la mesure d'hébergement. 

Une astreinte est censée inciter la partie ayant perdu le procès à faire diligence. Encore faut-il pouvoir percevoir l'astreinte quand cette partie est défaillante ou de mauvaise volonté. Et c'est là que le bât blesse, explique Maître Hélène Crokart : "Fédasil ne paie pas les astreintes que l'on réclame. En réalité, Fédasil est un organisme qui est une entité juridique différente de celle de l'Etat et donc ce n'est pas l'état à proprement parler qui est condamné à payer ces astreintes mais bien Fédasil. Or, lorsqu'on met en place une saisie, nous ne pouvons saisir que les biens qui ne sont pas utiles à l'exercice de sa mission publique. Et en réalité, on ne peut pas procéder à une saisie financière sur les comptes, puisque l'argent que Fédasil reçoit, elle l'utilise pour sa mission publique. Et le matériel dont Fédasil dispose également donc on se heurte à cette difficulté supplémentaire. (...) Pour l'instant, les sommes que Fédasil doit sont faramineuses mais Fédasil ne s'exécute pas et l'Etat belge ne prend évidemment pas le relais."

Avec la fermeture du Petit-Château pendant les quatre prochains jours, les ONG redoutent un accroissement spectaculaire du nombre de personnes qui passeront la nuit dehors d'ici lundi. 

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