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Tendances Première

Des cours d'éducation sexuelle dès la primaire permettraient aux ados de s'exprimer plus librement

Des cours d'éducation sexuelle dès la primaire permettraient aux ados de s'exprimer plus librement

Le cours d’éducation sexuelle semble aujourd’hui bien faire partie du programme scolaire en secondaire. Mais répond-il aux questionnements des jeunes ? Lirim Tasdélèn, psychopédagogue et sexothérapeute, fait le point.

La 3e saison de la série Sex Education est sortie il y a quelques jours. On y aborde l’éducation sexuelle à l’école, ainsi que de nombreux thèmes comme la diversité, l’orientation sexuelle, la prévention, l’avortement, la sexualité, etc… Cela a donné l’idée à Lirim Tasdélèn d’aller demander à des ados entre 16 et 19 ans quelle éducation sexuelle ils ont reçue à l’école.

Il en ressort que s’ils ont bien reçu quelques brefs cours d’éducation sexuelle, ceux-ci sont surtout axés sur la prévention, sur les moyens de contraception. Or, ils auraient envie de parler plutôt de : c’est quoi aimer ? c’est quoi le désir ? et d’avoir un cours davantage illustré, leur permettant par exemple de mieux connaître leur anatomie.
 

Où trouver réponses à ses questions ?

Le cours d’éducation sexuelle apparaît bien dans les programmes, notamment en sciences, par rapport à l’anatomie et la biologie, ou encore en sciences sociales, par rapport à la démographie ou aux représentations. Enfin il peut être donné aussi au cours de philosophie et citoyenneté, où le professeur peut aborder comme thèmes : se connaître soi-même, s’ouvrir à l’autre, préserver son intimité. Mais, à nouveau, ce n’est pas là qu’on parle vraiment de la sexualité, de l’amour, du désir.

Ces cours sont par ailleurs assez brefs, c’est le professeur qui choisit s’il veut aller plus loin.

On voit donc bien que l’école ne répond pas vraiment aux questions des adolescents, observe Lirim Tasdélèn. Certains vont donc trouver réponses et conseils auprès de leurs parents, s’ils sont ouverts à ces questions, mais parfois ce n’est pas le cas. D’autres auprès de leurs amis, qui sont parfois de bon conseil, mais qui ont le même âge et peut-être pas la bonne information. D’autres encore au planning familial, mais il faut oser y aller, cela implique une démarche de la part de l’adolescent.
 

Les dangers d’Internet

"Des vidéos de youtubeurs expliquent certaines choses et peuvent être très intéressantes. Des choses qu’on n’apprend pas à l’école et dont personne ne nous parle. Parfois, tout n’est pas vrai non plus sur les réseaux sociaux, sur Youtube ou sur Internet…", dit une adolescente. Mais comment faire pour sélectionner ce qui est vrai et ce qui n’est pas vrai, si on n’a pas les adultes pour nous aider ?

Certains vont aussi s’éduquer en regardant des films porno. Il faut savoir que l’âge moyen de la découverte de la première image pornographique, c’est 9 ans en Belgique. Les jeunes tombent donc sur ces images sans avoir d’éducation sexuelle. "Mais ils arrivent quand même à avoir un esprit critique par rapport à cela" souligne Lirim Tasdélèn.
 

Une co-éducation nécessaire

"L’école est là pour aider les parents dans l’éducation sexuelle : c’est une co-éducation. Ce n’est pas que le rôle des parents et des amis d’informer les enfants, de développer leur esprit critique", affirme Lirim Tasdélèn.

Malheureusement, le sujet reste tabou à l’école, car il est difficile pour les ados d’oser poser des questions en classe.

"Je pense qu’il faut déjà nous apprendre à comment faire les choses correctement, à avoir le moins de stress possible le jour où ça se passera. Et ne pas arriver ce jour-là, être là et se dire : OK, je fais quoi maintenant ?" dit cet ado, de façon plutôt mignonne.

"Le mot mignon est très juste car finalement on a des clichés sur les ados, qui seraient là dans leur coin, isolés, mais moi je les appelle 'les adorables', parce qu’ils sont pleins de ressources. Ils ont envie de pouvoir un peu anticiper, de diminuer leur stress, de savoir comment s’y prendre, c’est quoi le consentement…" explique Lirim Tasdélèn.
 

Des cours d’éducation sexuelle en primaire ?

Lirim Tasdélèn est partisan de cours d’éducation sexuelle dès la primaire, avec évidemment des questions très adaptées. On va plutôt parler de qui on est amoureux, du consentement : quand on te dit non, c’est non, que ce soit pour un petit bisou ou un câlin.

"Je trouve que déjà en primaire, il faut en parler, parce que justement si on ne commence à en parler qu’à l’adolescence, là il y a déjà des tabous qui se sont créés, il y a déjà des complexes. Alors que s’il est habitué à en parler, ce serait plus facile pour un adolescent de s’exprimer."

Certaines écoles mettent en place de vrais cours d’éducation sexuelle, mais ce n’est pas repris dans un système. En revanche, en Flandre, très tôt, les enfants voient des dessins animés très explicites, très clairs qui leur permettent de poser leurs questions, dès le plus jeune âge.
 

Des séries qui pointent les bonnes questions

Dans la 3e saison de Sex Education, explique Lirim Tasdélèn, on voit justement un cours d’éducation sexuelle avec des vidéos, mais qui parlent de prévention, des dangers de VIH, des maladies… On voit que cela angoisse ces adolescents : aimer serait donc dangereux ?

Dans un autre extrait, on parle de la grossesse à des jeunes filles. L’une d’elles se demande si on parle aussi de la grossesse aux garçons. Et on se rend compte qu’effectivement, la grossesse, on n’en parle qu’à des adolescentes : c’est dangereux de tomber enceinte. Fais attention de ne pas tomber enceinte. Tu es responsable si tu tombes enceinte, etc… Et finalement, on n’en parle pas aux garçons !

Le phénomène 17 ans et enceinte, sur MTV, a démontré à quel point les mentalités sont différentes sur ce sujet et à quel point il y a encore un manque d’information. On voit que les ados ont plein de questions et ont envie que quelqu’un d’un peu expert y réponde.

"Parfois ils n’osent pas poser leurs questions à leurs parents, par pudeur, même dans une famille où il y a du dialogue. Ils n’ont pas spécialement envie de parler de leurs relations amoureuses, sexuelles et affectives avec eux. Peut-être que l’école peut justement être le lieu de la libération de la parole."

Reste, pour certains parents, à accepter qu’on parle de ce sujet à l’école. Certains professeurs motivés, qui ont souhaité en parler clairement, ont eu maille à partir avec des parents.

"Il faut anticiper, l’expliquer aux parents, par exemple à la réunion en début d’année. Alors ils le comprennent", observe Lirim Tasdélèn.
 

Tendances Première : Les Tribus

L’éducation sexuelle à l’école secondaire. Avec Lirim Tasdélèn, psychopédagogue et sexothérapeute.

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