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Belgique

Des centres d’urgence pour les violences sexuelles partout sauf dans le Brabant wallon : la province est-elle oubliée des autorités ?

Le CPVS de Charleroi a ouvert en 2021.

D’ici l’année prochaine, le gouvernement fédéral prévoit d’ouvrir trois nouveaux Centres de Prise en charge des Violences Sexuelles (CPVS). Au bout du compte, il y aura un centre dans toutes les provinces. Toutes sauf le Brabant wallon. Un choix qui pose question. D’autant plus que la province accueille la plus grande université de Wallonie et les chiffres montrent que la population étudiante est en moyenne plus à risque d’être victime de violences sexuelles.

Précisons-le d’emblée, les CPVS sont très récents en Belgique. Ces centres offrent aux victimes de violences sexuelles toute l’assistance nécessaire en un seul endroit : médicale, policière, judiciaire, et psychologique. Ça veut dire que les victimes peuvent être reçues par un infirmier ou un médecin pour traiter les conséquences physiques de l’agression, mais aussi récolter des éventuelles traces de l’auteur, qui pourront servir de preuve si les victimes décident de porter plainte. Si elles le souhaitent, elles peuvent le faire sur place. Des psychologues sont également présents dans ces centres pour accompagner et soutenir les victimes. Ces services sont bien entendu gratuits. 

Des CPVS en Belgique depuis 2017

Les trois premiers centres ont ouvert en 2017 : à Gand, Bruxelles et Liège. Cinq ans plus tôt, la Belgique signait la Convention d’Istanbul. En signant ce texte du Conseil de l’Europe, notre pays s’est engagé à renforcer la prévention et la lutte contre les violences à l’égard des femmes. Un des engagements concerne l’ouverture de centres d’aide d’urgence pour les victimes de viols et de violences sexuelles. La Belgique s’est alors mis à jour et les premiers CPVS ont ouvert. La convention précise qu’ils doivent être " facilement accessibles et en nombre suffisant ".

A ce jour, il y a sept CPVS en Belgique. Après les trois premiers centres, d’autres ont ouvert à Anvers, Charleroi, Roulers, et récemment à Louvain. Ces centres ont montré leur efficacité dans l’accompagnement des victimes. La première année, ils ont pris en charge 930 personnes. En 2021, ce nombre a presque doublé. 1662 victimes ont été prises en charge dans les différents centres. Les chiffres montrent que les victimes passées par un CPVS portent plus souvent plainte. Elles sont 66% à le faire, un taux six fois supérieur aux victimes passant par un " circuit classique ".

L’année prochaine, trois autres centres vont voir le jour à Arlon, Namur et Genk. Mais pour le moment, aucun centre n’est prévu dans le Brabant wallon.

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1 étudiant sur 5 a subi une tentative de viol

Les derniers chiffres le montrent, les victimes qui se rendent dans les CPVS sont jeunes, en moyenne 24 ans. Selon une étude de l’ULiege, un étudiant liégeois sur cinq a subi une tentative de viol. De plus, 6% ont déjà entretenu une relation sexuelle non voulue. Il n’existe pas d’étude similaire pour les étudiants de l’UCLouvain mais ces chiffres donnent une idée de l’ampleur du problème dans une population étudiante.

" La population jeune, concentrée à un même endroit au sein de l’université, qui participe à des activités festives à une période où les personnes sont plus à risque d’être victime de violences sexuelles. A cet âge, on se met dans des situations plus à risque dans les soirées où on consomme une quantité importante d’alcool ", explique Serge Garcet, docteur en psychologie et auteur de l’étude. Avoir un CPVS à proximité de l’UCLouvain, la plus grande université de Wallonie avec ses 30.000 étudiants aurait donc un sens. Alors pourquoi pas de centre à Louvain-la-Neuve ?

Un centre à une heure de route

Les CPVS sont gérés par le fédéral. C’est la secrétaire d’Etat à l’Egalité des genres, à l’Egalité des chances et à la Diversité, Sarah Schlitz (Ecolo) qui est compétente.

Contactée par la RTBF, Sarah Schlitz justifie cette répartition : "Nous ne répartissons pas les centres en fonction des provinces. L’objectif, c’est que les victimes aient toutes un CPVS à moins d’une heure de route." Mais alors, pourquoi un CPVS à Leuven qui n’est pas plus éloigné de Bruxelles que le Brabant wallon ? "Pour Leuven, la question de la langue joue. A Bruxelles, une partie du personnel est bilingue mais ce n’est pas la même chose que d’avoir un service entièrement en néerlandais", explique la secrétaire d’Etat. Elle précise par ailleurs que les centres de Bruxelles, Gand et Liège vont être agrandis et adaptés.

Former du personnel compétent

"Il y a aussi la difficulté de former du personnel compétent", développe Sarah Schlitz. "Le personnel doit être formé et ça ne doit pas être pris à la légère. Il faut aussi préciser que les CPVS sont toujours liés à un hôpital. Il faut mettre en place des infrastructures nécessaires dans les établissements." Et tout ça prend du temps et de l’argent.

Le Brabant wallon n’est pas oublié

"Je suis favorable à l’ouverture d’un centre dans le Brabant wallon. Ce déploiement s’est décidé il y a plusieurs années, et certaines zones étaient prioritaires. Par exemple, dans le Luxembourg, il n’y avait rien à proximité. Après la phase actuelle, on pourrait espérer l’ouverture d’autres centres. L’idéal selon moi, c’est qu’il y ait quatre centres supplémentaires pour en avoir un dans les quatorze parquets", explique Sarah Schlitz.

D’ici là, Louvain-la-Neuve et ses étudiants ne sont pas oubliés : "Nous sommes en train de travailler sur un projet sur le campus avec des acteurs de terrain pour la rentrée prochaine", annonce la secrétaire d’Etat. "La difficulté à Louvain-la-Neuve, c’est qu’il n’y a pas commissariat à proprement parler (NDLR : il existe une antenne de la police d’Ottignies) et il n’y a pas non plus d’hôpital sur le site. Donc même s’il y avait un CPVS dans le Brabant wallon, il ne serait pas sur le campus". Il faudrait donc penser à l’accessibilité du centre.

Miser sur la prévention

Sans CPVS à Louvain-la-Neuve, Bertrand Renard, professeur en criminologie à l’UCLouvain, estime qu’il est "nécessaire de développer des points de relais avec les autres centres et de renforcer les liens avec les acteurs de proximité". Une proposition que Sarah Schlitz souhaite mettre en place. "Les CPVS, on s’y rend une fois dans l’urgence. Mais il existe d’autres acteurs de terrain comme des groupes de parole ou des centres d’accueil de victimes de violence conjugale qui doivent aussi être mobilisés", précise-t-elle.

La secrétaire d’Etat souligne également l’importance de travailler en amont pour prévenir les agressions sexuelles. "Quand les victimes se rendent dans un CPVS, l’agression a déjà été commise. L’ouverture de nouveaux CPVS ne va pas résoudre tous les problèmes. Il faut que d’autres acteurs comme les communautés, les régions et le monde de la nuit mettent en place des actions fortes pour empêcher les violences sexuelles."

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