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Coronavirus

Derrière les chiffres : une troisième dose de vaccin contre le coronavirus, qu’est-ce que ça peut changer ?

Derrière les chiffres : une troisième dose de vaccin contre le coronavirus, qu’est-ce que ça peut changer ?
19 nov. 2021 à 11:18 - mise à jour 20 nov. 2021 à 09:474 min
Par Johanne Montay

Chaque semaine, Derrière les chiffres décrypte des données ou des informations chiffrées. Après avoir fait un détour par la COP26 et le climat, notre rubrique revient ce vendredi à la pandémie de Covid-19, en raison de la 4e vague qui frappe l’Europe et notre pays.

Extrait de notre 19h30 :

Outre le renforcement et la réinstauration d’une série de mesures de protection, la Belgique mise sur la programmation d’une 3e dose de vaccin pour toute sa population vaccinable, afin de renforcer l’immunité face à un variant delta deux fois plus contagieux.

A l’heure actuelle, seules les personnes de 65 ans et plus, dont l’immunité acquise a le plus faibli avec le temps, les personnes ayant des facteurs de risque, ainsi que les membres du personnel soignant, sont admis à cette 3e dose. D’après la taskforce vaccination, plus de 936.500 doses de rappel ont été administrées jusqu’à présent et 79% des personnes immunodéprimées y ont eu accès. Mais l’intention est bien, au printemps 2022, d’inviter l’ensemble des plus de 12 ans à recevoir un "booster" vaccinal.

L’expérience d’Israël

A cet égard, il est intéressant d’observer ce qui s’est produit en Israël. Le 30 juillet 2021, les autorités y ont approuvé l’administration d’une 3e dose pour les personnes de 60 ans et plus qui avaient reçu leur 2e dose au moins 5 moins plus tôt. Ensuite, elles ont progressivement appelé les autres tranches d’âge à recevoir ce "booster" jusqu’à admettre les Israéliens à partir de 12 ans, à la fin du mois d’août. Et que s’est-il passé ? Des études observationnelles permettent d’avoir un avant-goût de l’effet du "booster" sur la production d’anticorps neutralisants.

Dans une étude parue récemment dans le journal médical The Lancet, les chercheurs ont comparé une population de personnes qui avait été vaccinée avec 2 doses, il y a plus de 5 mois, avec une population (elle aussi vaccinée avec 2 doses, 5 mois plus tôt) mais qui elle, avait reçu, en plus, une troisième dose ("booster").

Résultats : dans le groupe qui n’avait pas reçu le "booster" mais seulement deux doses, le risque d’être hospitalisé était de 220 personnes sur 100.000, tandis qu’avec une 3e dose, ce risque descendait à 14 sur 100.000. Une 3e dose entraîne donc, d’après cette étude, une réduction du risque de 93%.

En ce qui concerne les décès, le risque diminuait de 80% : 31 décès sur 100.000 dans le groupe "2 doses", contre 7 seulement chez ceux qui avaient reçu la 3e. Enfin, pour les infections sans sévérité, qu’elles soient symptomatiques ou non, l’étude montre la même tendance avec une réduction du risque de 88% (infection) ou 91% (infection symptomatique).

L’immunité diminue

A cause du variant delta et de la baisse de l’immunité acquise au fil du temps, l’efficacité des vaccins contre l’infection symptomatique a notablement diminué. Si les vaccins à ARN messager de Pfizer-BioNtech ou Moderna annonçaient initialement des efficacités contre l’infection symptomatique de l’ordre de 94 – 95%, cela ne correspond plus à la situation actuelle. Quelle est la protection offerte ? Difficile à évaluer. Cela dépend du type de vaccins, de l’âge de la personne, et du temps écoulé depuis la 2e dose. Les publications ne sont pas toutes univoques. En Israël, l’efficacité du vaccin Pfizer serait tombée à 41% ; et au Royaume Uni, à moins de 70%. Elle diminue d’autant plus vite chez les aînés et les personnes présentant un affaiblissement du système immunitaire.

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Une étude parue dans Science a comparé l’efficacité dans le temps de 3 types de vaccins contre l’infection et le décès chez des vétérans américains. Cette efficacité a diminué au fil des mois entre février 2021 et octobre, pour tous les vaccins. Mais le déclin le plus rapide a été constaté pour le vaccin monodose de Janssen (Johnson & Johnson), suivi par PFizer-BioNtech et Moderna. "La plus grande urgence", estime le professeur émérite en immunologie Michel Goldman, "est de revacciner ceux qui ont reçu une dose unique du vaccin Johnson & Johnson il y a deux mois ou plus." Il recommande en 2e dose l’administration d’un vaccin Pfizer ou Moderna mais avec une demi-dose dans ce cas, comme aux USA et en France, car le vaccin Moderna est 3 fois plus dosé que le Pfizer et expose au risque d’une réaction inflammatoire plus importante. Si on a fait le Covid malgré une vaccination à deux doses, "dans ce cas, aucune urgence à se faire revacciner", estime le professeur Goldman.

Science

Une autre étude, parue dans le New England Journal of Medicine, s’est justement penchée sur l’effet de la 3e dose chez les 60 ans et plus. L’équipe a comparé le taux d’infection confirmée et celui de maladie sévère entre le groupe qui avait reçu une injection de "booster" au moins 12 jours plus tôt, et ceux chez qui on ne l’avait pas administrée. La 3e dose diminuait le risque d’infection par 11,3, et le risque de maladie sévère, par 19,5.

Dans la discussion, les auteurs poursuivent le raisonnement : "Supposons, tout d’abord, que l’effet combiné de la diminution de l’immunité et de la prévalence accrue du variant delta diminue l’efficacité d’un vaccin administré 6 mois plus tôt d’environ 50%, comme le suggèrent de récents rapports. Supposons ensuite, que, comme le suggèrent nos résultats, la dose de "booster" réduise le taux d’infection de chaque bénéficiaire par un facteur 10. Cela signifierait que la vulnérabilité d’une personne qui reçoit une 3e dose diminuerait à 5% (50% divisés par 10) par rapport à une personne non vaccinée et porterait l’efficacité vaccinale chez les bénéficiaires d’une 3e dose à environ 95%, une valeur similaire à l’efficacité vaccinale rapportée à l’origine contre le variant alpha".

Mais à quel point cette immunité remonte-t-elle après une 3e dose ? Et surtout, combien de temps cette protection dure-t-elle ? A la 2e question, nous n’avons pour l’instant pas de réponse claire. A la première, on observe chez les personnes ayant bénéficié d’une 3e dose, une remontée du niveau d’anticorps au moins équivalente, et même généralement supérieure au niveau qu’ils avaient atteint lors de leur 2e dose. Nos anticorps neutralisants ne sont pas seulement "remis à niveau". Ils sont "boostés". Le tableau ci-dessous, réalisé par le Financial Times, est éloquent.

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1, 2, 3, … 4 ? Où cela va-t-il s’arrêter ? Faudra-t-il encore une 4e dose, voire des rappels réguliers ? C’est très difficile à dire à ce stade. Ce virus nous invite à l’humilité et la science et les connaissances évoluent au fur et à mesure. C’est une zone d’incertitude qu’il faut pouvoir reconnaître et accepter.

 

Nature.com

Déclic

La faute aux non-vaccinés ? / La troisième dose peut-elle vraiment changer la donne ? / Christophe Fauré, pour " Mourir n'est pas te perdre ".

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