Belgique

Dérèglement climatique, guerre en Ukraine : les cultivateurs de fruits de plus en plus sous pression

Les invités de Matin Première: Olivier WARNIER, du Centre d'Essais Fruitiers & Serge FALLON, producteur et président de la fédération horticole wallon

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01 avr. 2022 à 07:12 - mise à jour 01 avr. 2022 à 08:30Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck sur base de l'Invité de Matin Première de Thomas Gadisseux

Après des températures trop hautes pour la saison, c’est la neige qui pointe le bout de son nez ce vendredi premier avril. Une vague de froid qui inquiète les cultivateurs. D’autant plus qu'à cette menace sur les récoltes s’ajoute un contexte de hausse de prix et de tensions sur les marchés internationaux.

Olivier Warnier est cultivateur et responsable d’un Centre d’Essais Fruitiers. Son job : analyser les moyens de protection à installer au regard des changements climatiques. Bâches, bougies… le Centre est un véritable laboratoire.

"Depuis cinq ans, il n’y a pratiquement plus d’hiver et donc la végétation redémarre très tôt." La floraison a donc lieu avec dix à quinze jour d’avance. Et c’est bien cela le problème, car la fleur est sensible au gel.

Des bâches et des bougies

Dans ce verger, les poiriers et les abricotiers ont donc déjà fleuri. Comme l’explique Olivier Warnier, ces fleurs ne peuvent supporter des températures de l’ordre de -1,5 °C. Or, les températures pourraient descendre jusqu’à -4 °C ce week-end, ce qui pourrait être néfaste pour les jeunes fruits.

C’est là qu’interviennent les différents moyens de protection mis en place dans le Centre d’Essais Fruitiers. "Les bâches plastiques au-dessus des arbres font partie de ces moyens de protection. Elles vont permettre de gagner entre 1 et 1,5 °C."

Autre moyen de protection : l’utilisation de pots de cire, comme dans les vignobles français. "On va en disposer entre 200 et 300 potes à l’hectare. Et on va les allumer dès que les températures descendent en dessous de -1 ou -1,5 °C", ajoute Olivier Warnier.

"Tous ces moyens peuvent nous permettre d’essayer de sauver une récolte." Sans cela, le cultivateur peut perdre de 10 à 100% de sa production.

Des coûts exorbitants

Bien entendu, ces immenses installations ont un certain coût… Et cela se répercute sur celui du fruit. "Pour certaines cultures à forte valeur ajoutée, ça vaut la peine", reconnaît Olivier Warnier.

Presque 2500 euros à l’hectare par nuit de chauffe

Il est par contre plus réticent concernant des cultures telles que les pommiers ou les poiriers. "On va être très réticent à investir dans des pots à paraffine. Parce que le coût représente presque 2500 euros à l’hectare par nuit de chauffe. Si vous devez chauffer deux nuits, ce sont donc des coûts exorbitants."

Dans le cas de cultures spécialisées comme l’abricot ou la cerise, par contre, ces coûts peuvent être récupérés.

Alors, comment faire pour vendre des pommes et des poires en Belgique ? "C’est une question qu’on se pose déjà depuis quelques années", admet Serge Fallon, cultivateur de pommes et de poires mais également président de la Fédération horticole wallonne.

"Nous sommes soumis au régime de concurrence. Surtout avec les pommes polonaises qui représentent 40% de la production en Europe, avec des coûts moindres", ajoute-t-il. "Beaucoup de collègues se demandent s’ils vont continuer, parce qu’ils ne voient pas d’avenir dans ce type de culture."

La crise russo-ukrainienne

Aux tensions climatiques s’ajoutent les tensions géopolitiques qui ont elles aussi des répercussions sur les prix. En effet, ce qui se passe en Russie et en Biélorussie a un impact jusque dans nos exploitations wallonnes.

"La Belgique est un gros producteur de poires. On exportait 20 à 25% des poires belges vers la Biélorussie jusqu’il y a quelques semaines. Le marché est désormais bloqué et on a connu une perte de 30% du prix en une semaine." La rentabilité des exploitations est donc à nouveau mise en péril. 

Par ailleurs, comme les poires et les pommes ne sont plus vendues vers la Russie et la Biélorussie, elles sont plus nombreuses en Europe. Résultat : le prix baisse pour les marchés européens… et rapportent moins aux producteurs.

"Les prix baissent. Mais on a quand même de la chance cette année-ci, parce que nos concurrents en poires que sont l’Italie et l’Espagne ont eu une petite production. Donc on parvient à écouler les poires actuellement." Mais cela reste à un prix moindre par rapport à celui d’il y a cinq semaines.

Par ailleurs, le secteur a trouvé de nouveaux marchés comme la Roumanie et la Moldavie.

Un laboratoire contre le dérèglement climatique

A côté de la vague de froid et de la guerre en Ukraine, d’autres phénomènes climatiques préoccupent les cultivateurs. Différents scénarios sont donc étudiés par le Centre d’Essais Fruitiers, et les défis sont nombreux. 

"On a des problèmes de sécheresses, qui se sont installées depuis 2-3 ans. On a dû éventuellement investir dans des systèmes d’irrigation. Et puis il y a également les excès de chaleur, avec des températures au-dessus de 35 °C, lors desquels les fruits peuvent brûler."

Sans oublier la grêle, le problème ennemi des vergers. Face à ce phénomène, "on peut éventuellement installer des filets anti-grêle, mais cela a aussi un coût. Et cela a fortement augmenté depuis un an."

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