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Belgique

Démantèlement d’un laboratoire de drogues à Herstal : opération délicate

Démantèlement d’un laboratoire de drogues à Herstal : opération délicate
07 juin 2021 à 05:004 min
Par Sébastien Georis

Pas un bruit. Sauf celui de l’averse qui s’abat sur les tôles déjà délavées qui couvrent le hangar planqué en retrait d’une rue en pente de Herstal. La vitre de la porte d’entrée brisée en mille morceaux témoigne d’une entrée fracassante des unités spéciales aux petites heures du jour, le 26 mai. Aucun suspect n’a pu être interpellé. Au moment de l’intervention de la police, l’endroit était vide de ses occupants.

Restent les nombreuses et encombrantes traces de leur passage. A gauche en entrant dans le bâtiment, deux caravanes déglinguées, des matelas jaunis et des ustensiles de cuisine en vrac : une "pièce de vie". A droite, ainsi que le laissaient présager les indices récoltés lors de l’enquête menée par la police judiciaire et le parquet de Bruxelles, un laboratoire clandestin de production de drogues de synthèse, des méthamphétamines, substances très addictives sans doute destinées à l’exportation.

Les producteurs de drogues ont divisé le hangar en deux parties. D’un côté, le "lieu de vie". De l’autre côté, le laboratoire

Démantèlement d’un laboratoire de drogues à Herstal : opération délicate

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"C’est le type de laboratoire qu’on trouve de plus en plus régulièrement", confie Etienne Dans, l’officier responsable du Clan Lab Response Unit (CRU), l’unité de police fédérale chargée de l’analyse et du démantèlement des laboratoires découverts en Belgique. L’année dernière, 28 laboratoires de production de drogues synthétiques, dont plusieurs de méthamphétamines, ont été démantelés ; un record malgré des mois de confinement. "C’est d’autant plus inquiétant que la production s’étend en quantité et sur le plan géographique", alerte Etienne Dans.

Une production " industrielle "

Alors que les provinces du Limbourg et d’Anvers étaient jusqu’ici pratiquement les seules touchées, les criminels installent désormais des sites de production dans d’autres coins de Flandre et en province de Liège. La proximité avec la frontière est un critère d’attractivité pour les producteurs trafiquants car les réseaux criminels néerlandais sont souvent à la manœuvre. "Il est question ici de production à grande échelle, industrialisée", souligne le responsable du CRU. "Ce ne sont pas des personnes qui produisent dans leur cuisine pour une consommation personnelle". Le chiffre d’affaires d’un laboratoire de méthamphétamines peut atteindre plusieurs millions d’euros en une semaine.

Le laboratoire clandestin inspecté par l’équipe du Clan Lab Response Unit (CRU) de la police fédérale.
Le laboratoire clandestin inspecté par l’équipe du Clan Lab Response Unit (CRU) de la police fédérale. RTBF

Le laboratoire clandestin découvert par la police sur les hauteurs de Herstal, "d’une dimension moyenne et classique" selon Etienne Dans, permet d’estimer l’organisation et l’ampleur des moyens déployés par le crime organisé. A l’intérieur même du hangar, les malfrats ont agencé une architecture en "poupées russes". Un vaste caisson construit avec des panneaux de bois renferme une immense tente dans laquelle l’unité de production principale est installée avec son lot de fûts, des produits chimiques et un système d’extraction d’air.

"La tente isolante sert à masquer l’activité illicite, avec un système d’extraction d’air pourvu de filtres à charbon actif qui empêchent les odeurs de se répandre à l’extérieur", explique le policier. Le système vise aussi à minimiser les risques d’intoxication pour les fabricants de drogues eux-mêmes car "la production de drogues synthétiques génère énormément de vapeurs à cause l’utilisation de substances chimiques, toxiques, corrosives, mortelles dans certains cas".

Des dangers multiples

Outre l’utilisation de produits dangereux, le matériel bricolé pour la production défie les normes de sécurité et représente un danger en cas de trop fortes contraintes de chaleur ou de pression. Etienne Dans insiste sur le fait que "cela représente des risques non négligeables pour les petites mains du réseau qui travaillent à l’intérieur du laboratoire mais aussi pour les riverains".

D’autre part, la production de drogues de synthèse génère une grande quantité de déchets. "Les bidons sont parfois abandonnés dans le laboratoire lors d’un déménagement des installations ou entassés dans un véhicule volé que les criminels laissent ensuite au bord d’une route. Dans certains cas, les déchets sont largués dans un bois ou même directement déversés dans un ruisseau ou un égout lorsqu’il s’agit de produits liquides" s’inquiète le responsable de l’unité de démantèlement des laboratoires clandestins.

Dans un communiqué diffusé fin mai, le parquet du Limbourg, régulièrement confronté à la problématique, indiquait que deux employés d’une société flamande de traitement des eaux usées avaient été blessés alors qu’ils prélevaient des échantillons dans une station d’épuration après le rejet de substances chimiques toxiques vraisemblablement issues d’un laboratoire de drogues.

La police travaille avec des experts de l’Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC), ici en train de prélever des échantillons de produits.
La police travaille avec des experts de l’Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC), ici en train de prélever des échantillons de produits. RTBF

Le démantèlement d’un laboratoire de drogues de synthèse est une opération délicate. A Herstal, les policiers spécialisés du CRU ont mis plusieurs heures pour sécuriser les lieux avec l’appui de conseillers en substances dangereuses, pour réaliser l’inventaire de tout le matériel retrouvé et pour prélever des échantillons sur les produits, en coopération avec l’Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC).

Les déchets ont ensuite été évacués avec l’aide de la protection civile et acheminés vers une entreprise spécialisée dans le traitement des matériaux dangereux.

Au niveau judiciaire, l’enquête se poursuit. Le parquet de Bruxelles indique que "trois personnes ont été placées sous mandat d’arrêt dans le cadre de celle-ci, du chef d’infractions à la loi sur les stupéfiants".

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