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Economie

Deltrian, société belge productrice de masques, dans la tourmente face au retour de la concurrence asiatique

Le marché matinal

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24 nov. 2022 à 07:22 - mise à jour 24 nov. 2022 à 09:35Temps de lecture5 min
Par Marie-Laure Mathot sur base du sujet de Guillaume Woelfle

Deltrian. Ce nom vous dit peut-être quelque chose… il s’agit de la société qui en pleine première vague du Covid avait été chargée par le gouvernement wallon de produire des masques à grande échelle. Au plus fort de l’épidémie, un million et demi de masques sortaient chaque semaine de l’usine de Fleurus. Désormais, la réalité est tout autre, les lignes de productions sont quasiment à l’arrêt.

Les rares commandes viennent des hôpitaux. Elles permettent d’entretenir les machines pour ne pas perdre l’outil. Devant les machines à l’arrêt, même le CEO de Deltrian, Timothée De Greift, a une pointe d’amertume.

"Ça fait mal au cœur parce qu’il y a deux ans, on avait une trentaine de personnes qui s’activaient quotidiennement à produire des masques pour la population belge et pour les hôpitaux belges. C’était une belle aventure dans laquelle on a cru, dans laquelle on a beaucoup investi, et aujourd’hui ça fait mal. Tout ça est à l’arrêt."

Le retour de la concurrence

La faute à qui ? Et bien la faute au marché du masque tout simplement. Les prix asiatiques sont impossibles à concurrencer… malgré les belles promesses de commandes ou de stock stratégique wallon du premier confinement. Entretemps, l’investissement n’a pas encore été rentabilisé. Et l’entreprise est à un tournant. Vu le manque de commandes, faut-il définitivement arrêter la production, vendre les machines pour récupérer l’investissement ? ou maintenir l’installation probablement à perte ?

L’entreprise s’est adressée au gouvernement wallon, qui avait injecté de l’argent à l’époque… le gouvernement peut-il assurer à l’entreprise assez de commandes pour garder cette force de production de masque en Belgique ? En d’autres mots, avons-nous retenu la leçon de la capacité de production stratégique, du covid ?

"Je ne sais pas si on a retenu la leçon, répond Thimothée De Greift. C’est la question qui se pose maintenant et c’est ce pour quoi nous sommes en relation avec le gouvernement wallon, pour voir comment vraiment tirer ces enseignements et pérenniser une capacité de production, une réserve stratégique de production sur le territoire wallon."

Et l’outil stratégique ?

Le gouvernement wallon, son ministre de l’Economie Willy Borsus, voudraient garder l’outil actif… mais à quel prix ? Et dans le respect des règles du marché public. Par ailleurs, les machines sont là, mais le personnel est parti… ce qui pourrait poser problème en cas de nouvelle pandémie soudaine.

"Il faudrait réengager, reprendre du personnel et le reformer, enchaîne le CEO. Il faudrait pour ça un peu de temps pour arriver à retrouver une équipe d’une trentaine de personnes pour faire tourner ces quatre machines à temps plein, six à sept jours par semaine. Ça, ça devrait pouvoir se gérer dans un délai de deux à trois semaines en formant à très grande cadence nos équipes."

Deux ans et demi après la crise sanitaire, après les annonces et les promesses, Deltrian fait à nouveau face à la logique du marché : celle où les prix des produits asiatiques rendent impossible, la relocalisation en Belgique, de production essentielle.