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Tendances Première

Déconstruisons nos mythologies écologiques !

Déconstruisons nos mythologies écologiques !

Nous sommes trop nombreux sur terre. La Chine est le grand responsable du réchauffement climatique. Le nucléaire est une énergie propre. Le numérique est écologique. La technologie va nous sauver. La décroissance, c'est le chômage pour tous. L'écologie doit se situer au-delà des clivages politiques, etc. Autant d'affirmations qui découlent parfois d'interrogations légitimes, mais qui sont également propagées par des acteurs ayant intérêt à ce que rien ne change.

Questionner ces mythologies écologiques et les déconstruire est un préalable si l'on veut que des mesures adéquates soient prises pour faire face à l'urgence de la situation. C’est ce que Renaud Duterme, qui enseigne la géographie, nous propose de faire avec son livre Nos mythologies écologiques, aux Editions Les liens qui libèrent.

Ces mythologies, ce sont ces idées qui reviennent assez systématiquement dans nos conversations et qui sont propagées parce que minimisées, et qui donc nous poussent à l'inaction.

Il y a souvent un fond de vérité dans ces mythologies, que Renaud Duterme, dans son livre, a tenu à nuancer et à recontextualiser, notamment d'un point de vue spatial et historique.

Le résultat est un outil qui peut être utilisé, par exemple, lors des repas de famille, pour éviter de rester piégé, sans arguments. L'idée est de proposer des arguments valables tout le temps, c'est-à-dire sans chiffres ni statistiques. Des exemples ?

"La technologie va nous sauver"

Dans la catégorie 'la technologie va nous sauver', la voiture électrique est-elle moins polluante ?

Au-delà des avantages certains de la voiture électrique, se rend-on compte de l'ampleur de la tâche pour remplacer un milliard de voitures par un milliard de voitures électriques ?

Le débat n'est donc pas d'être pour ou contre, mais de voir si la technologie nous permettra de continuer comme avant en changeant le moins possible. Or il faudra amener des changements profonds à notre société et recontextualiser la technologie de façon beaucoup plus large et plus globale. On pense par exemple au problème que constitue l'activité minière nécessaire à la production des batteries pour ces voitures électriques.  

Le problème du nucléaire est qu'on ne l'envisage que comme une question technique, déconnectée de tout le reste. Le préalable, avant tout débat sur le nucléaire, est de réduire drastiquement notre consommation d'électricité. Et c'est ça que beaucoup d'écologistes n'ont pas compris.

Si on est contre le nucléaire, mais que, dans le même temps, on promeut la voiture électrique ou la numérisation de la société via des écrans, on voit que se passer du nucléaire ne fonctionne pas. Et le remplacer par le gaz a d'autres impacts. Il n'y a pas d'énergie propre. La question est très complexe.

Renaud Duterme ne nous invite pas à nous positionner mais à mieux comprendre la complexité de ces questions.

"L’humanité est destructrice par nature"

Cette affirmation est encore très présente parmi nous, mais Renaud Duterme ne nous invite pas au oui ni au non, il nous engage à nous servir de l'Histoire. 

"Dire que l'humanité est destructrice par nature, cela conduit à l'inaction, parce qu'à quoi bon ? Nous sommes programmés pour ça. On sait que la nature humaine est complexe, qu'on a des réflexes biologiques qui nous poussent parfois dans la mauvaise direction.  "

Mais il essaie de montrer que cette idée est majoritairement fausse, puisqu'on remarque que l'essentiel des dégradations écologiques proviennent avant tout de modèles économiques et sociaux qui se sont imposés au fil des siècles : l'avènement d'un capitalisme mondialisé, en particulier via un processus colonial, c'est-à-dire via la force. 

Ce qui est certain, à mon sens, c'est qu'on ne pourra pas surmonter les défis qui s'annoncent sans remettre en cause la logique profonde du capitalisme. Cela implique de démarchandiser, de sortir de la logique comptable, pour essayer d'avoir une gestion beaucoup plus en phase avec les équilibres naturels.

"Nous sommes trop nombreux sur Terre"

Il est clair que 8 milliards d'êtres humains sur Terre, c'est beaucoup plus problématique au niveau écologique que si on était 300 millions. Mais cela étant dit, qu'est-ce qu'on fait ? On sait qu'une grande majorité a une empreinte écologique très basse, surtout dans les populations les plus pauvres.

Un biais subsiste, qui consiste à affirmer que ce sont les plus pauvres qui font beaucoup d'enfants, en particulier en Afrique sub-saharienne ou en Inde. Mais ce qu'on oublie, c'est que l'essentiel de l'augmentation de la population ces dernières décennies, ce n'est pas la natalité - dans ces pays-là, elle est en baisse aussi - , c'est l'augmentation de l'espérance de vie. 

"En prenant le problème sous cet angle-là, on en arrive à des solutions différentes, parce qu'on peut dire que le problème, ce n'est pas que les femmes font trop d'enfants, c'est que c'est "les vieux". Je suis provocateur évidemment, sourit Renaud Duterme, mais c'est intéressant parce que ce sont souvent les vieilles personnes qui soulèvent cette question-là."

Si on envisage la démographie comme le problème n° 1, on voit que la seule solution à envisager serait des mesures autoritaires, comme en Chine avec ses restrictions de natalité, ou comme certains écologistes d'extrême-droite aux Etats-Unis qui prônent d'éradiquer une partie de la population ! 

La théorie de la transition démographique nous montre bien que si on veut qu'une population augmente moins vite, il va falloir améliorer les conditions socio-économiques de cette population : sécurité sociale, éducation, moyens de contraception... qui auront un effet beaucoup plus important que des mesures coercitives.

On revient à un problème fondamental, et qui constitue la grille de lecture de tout le livre : la cause profonde de cette crise écologique est une explosion des inégalités et un accaparement des richesses par une minorité. La grande majorité des problèmes écologiques découle de cela. 

Découvrez d’autres mythologies dans la suite de l’entretien

Tendances Première : Le Dossier

Nos mythologies écologiques (ed. Les Liens qui Libèrent) de Renaud Duterme

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