Déconfinement : "On ne peut pas réduire les gens à des travailleurs et des consommateurs", dénonce Barbara Trachte (Ecolo)

28 avr. 2020 à 07:49 - mise à jour 28 avr. 2020 à 07:50Temps de lecture3 min
Par P.V.

"L’économique ne doit pas passer avant l’humain". Depuis quelques jours, c’est ce que reproche avec véhémence Ecolo au plan de déconfinement annoncé par le conseil national de sécurité (CNS) pour l’après-crise du covid-19. "Ce qui a surpris, c’est l’ordre de priorité", estime la secrétaire d’Etat bruxelloise à la Transition économique Barbara Trachte (Ecolo), invitée du 6-9 Ensemble.

"Qu’on décide de relancer l’économie, j’en suis soulagée, mais ce qu’on ne comprend pas c’est pourquoi les relations sociales ou familiales ne recommencent pas. C’est à la fois absurde, on ne peut pas réduire les gens à des travailleurs et des consommateurs, et c’est illogique, ça va poser un certain nombre de problèmes", ajoute-t-elle. Pour la secrétaire d’Etat, les questions sanitaires et de lien familial sont "logiquement prioritaires" à la reprise de l’activité.


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Le problème, c’est qu’une telle critique survient à un moment où la tendance est plutôt à l’union nationale et régionale… d’autant plus qu’Ecolo fait partie de la majorité à Bruxelles. Le parti est donc représenté au conseil national de sécurité, par son ministre-président Rudi Vervoort. "Ce n’est pas une question de désolidarisation ou de manque de confiance, c’est l’expression d’une opinion politique par rapport à une décision qui a été prise, se justifie Barbara Trachte. C’est bien le rôle des hommes et des femmes politiques de dire quel est le monde qu’ils souhaitent et de l’indiquer à la population."

La secrétaire d’Etat bruxelloise rappelle d’ailleurs que son cabinet et son gouvernement ont déjà pris de nombreuses mesures pour soutenir l’économie dans la région, notamment la restauration et le secteur culturel : primes à 4000 euros ou prêts à des taux avantageux pour les fournisseurs et les grands établissements Horeca, via la société régionale d’investissement. Encore faudra-t-il pour cela que suivent les banques, plutôt frileuses en ce moment.

Nous ne travaillons pas pour aider l’économie avec un grand E et les multinationales

Autre question importante : celle de la reprise des transports en commun à Bruxelles. Les habitants de la région auront-ils tous un masque en tissu le 4 mai ? "On espère, en tout cas on s’active au maximum, répond Barbara Trachte. En réalité, ça fait des semaines que le gouvernement fédéral nous annonce qu’il doit produire des masques, à chaque fois on nous annonce qu’un nouveau ministre est compétent pour nous les produire." Aux dernières nouvelles, cette tâche reviendra à la Défense.

En parallèle, la secrétaire d’Etat affirme avoir mis en place au niveau bruxellois une "chaîne de production" de masques, et avoir réussi à en produire 200.000 pour le moment, distribués au secteur de la santé et du social. "On va essayer de professionnaliser et d’étendre encore cette production mais nous ne faisons que pallier les carences du gouvernement fédéral sur ce point-là", note Barbara Trachte.


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Idem pour les travailleurs du secteur des titres-services : les employés de ménage devront pouvoir travailler dans des bonnes conditions sanitaires, mais est-ce que ce sera vraiment le cas en mai ? "C’est pour cela que nous avons prévu une prime spécifique pour les entreprises : pour qu’elles puissent fournir du matériel, comme des masques ou du gel", précise la secrétaire d’Etat.

De manière plus globale, Ecolo veut tirer les conclusions de cette crise sur le plan économique. "Nous ne travaillons pas pour aider l’économie avec un grand E, les multinationales, mais pour aider des hommes et des femmes qui se lèvent tous les jours pour répondre à nos besoins et qui font vivre leur famille", affirme Barbara Trachte. La secrétaire d’Etat plaide pour une remise en cause du système actuel, et une relocalisation de notre économie : "cette crise a montré notre dépendance à des pays lointains pour des biens de première nécessité."