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Décès du président du Parlement européen : David Sassoli, une vie partagée entre le journalisme et une passion pour l’Europe

David Sassoli
11 janv. 2022 à 05:29 - mise à jour 11 janv. 2022 à 09:46Temps de lecture7 min
Par JFH avec AFP

Le président du Parlement européen, l’Italien David Sassoli, est décédé dans la nuit de lundi à mardi à l’âge de 65 ans dans un hôpital d’Aviano dans la province italienne de Pordenone. Il présidait depuis 2019 le Parlement européen, un mandat décroché à la surprise générale par cet ancien journaliste entré en politique dix ans plus tôt sous les couleurs du centre gauche et pour lequel il s’est totalement impliqué. Ce n’est que ce lundi qu’a été annoncée l’hospitalisation de David Sassoli "en raison d’une complication grave due à un dysfonctionnement du système immunitaire" en même temps que l’annulation de ses activités officielles.

Ayant souffert par le passé d’une leucémie, David Sassoli avait déjà été hospitalisé cet automne pour une pneumonie due à la bactérie Legionella qui l’avait tenu éloigné du Parlement pendant plusieurs semaines. David Sassoli – marié et père de deux enfants - l’avait lui-même expliqué dans une vidéo publiée sur Twitter après la guérison.

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La date de ses funérailles doit être annoncée prochainement. Les drapeaux des institutions de l’Union européenne ont été mis en berne.

Son mandat à la tête de l’assemblée depuis 2019, expirait ce mois-ci, à la moitié de la législature quinquennale. Le nom de son successeur n’est pas encore connu. Il ou elle sera élu(e) la semaine prochaine en session plénière.

David Sassoli à la présentation de TG1, le JT de la RAI

Un visage familier pour les Italiens

Né le 30 mai 1956 à Florence, en Toscane, David Sassoli a fréquenté les scouts et guides catholiques dans sa jeunesse. Après des études de sciences politiques et de journalisme, il a commencé à travailler pour de petits journaux et dans des agences de presse comme ASCA avant de passer au quotidien "Il Giorno". En 1989, il couvre sur place la chute du Mur de Berlin. En 1992, il fait le grand saut à la RAI, la radiotélévision publique italienne où il est devenu un des présentateurs vedettes de la première chaîne puis directeur adjoint du JT.

Le coup de foudre pour la politique s’est produit en 2009 quand l’ex-maire de Rome de gauche, Walter Veltroni, organise la fusion de deux grands partis de gauche et de centre gauche, un projet auquel David Sassoli se rallie, et qui donne naissance au Parti Démocrate.

Candidat aux élections européennes, il est élu sur une liste du PD avec plus de 400.000 voix, un succès qui l’éloigne définitivement des écrans et qui lance sa carrière politique au sein du Parlement européen.

Echec à Rome, expert à Bruxelles

Chef de la délégation du PD au sein de cette institution, il tente une incursion sur la scène politique nationale en se présentant aux primaires de ce parti pour le poste de maire de Rome en 2013, mais est devancé par Ignazio Marino qui sera élu plus tard à la mairie.

Depuis cette tentative avortée, David Sassoli se consacrait à l’assemblée européenne dont il était un des députés les plus experts. Réélu en 2014, il était devenu vice-président du Parlement en charge du budget et de la politique euroméditerranéenne.

Considéré comme un facilitateur, un homme capable de manœuvrer sans faire de vague pour arracher un consensus, il revendiquait la paternité de "la plus importante réforme ferroviaire de l’Union européenne -- la loi européenne Sassoli-Dijksma -- qui a été adoptée en 2017 après trois années de négociations compliquées" sur l’ouverture à la concurrence des marchés nationaux de transport de passagers.

Il disait ne pas avoir "complètement abandonné sa carrière de journaliste" et collaborait encore avec divers quotidiens et revues en écrivant des tribunes.

Il était l’auteur en 2013, avec Francesco Saverio Romano, d’un livre sur les conseils des ministres pendant l’enlèvement d’Aldo Moro au printemps 1978.

"Rien n’est possible sans les hommes, rien n’est durable sans les institutions", avait-il déclaré avant son élection à ses collègues députés, citant la phrase de Jean Monnet, l’un des pères fondateurs de l’UE.

David Sassoli félicité par Ursula von der Leyen pour son élection

Président surprise

Le 3 juillet 2019, David Sassoli, a été élu président du Parlement européen. Peu enclin aux éclats mais tenant d’une main ferme les débats dans l’hémicycle, il a pris la présidence de l’assemblée à l’issue de tractations entre grandes forces politiques et gouvernements pour les présidences des trois institutions européennes.

La Commission était allée au PPE (droite proeuropéenne) avec Ursula von der Leyen, le Conseil aux libéraux avec Charles Michel et le Parlement finalement aux socialistes avec David Sassoli.

Sa nationalité, son parti – deuxième composante du groupe social-démocrate -, et sa connaissance de l’institution, faisaient de lui, à la dernière minute, l’homme de la situation.

Dans son discours inaugural, David Sassoli rappelait l’importance d’agir pour lutter contre le changement climatique, la nécessité d’une politique plus proche des citoyens et de leurs besoins, notamment des jeunes, et l’urgence de renforcer la démocratie parlementaire et de promouvoir les valeurs européennes.

A peine élu, David Sassoli a voulu rendre hommage à toutes les victimes du terrorisme en Europe, en se rendant sur l’un des sites des attentats de Bruxelles de 2016 pour commémorer les victimes à la station de métro Maelbeek à Bruxelles.

En 2019, il a réclamé la libération d’Oriol Junqueras, ancien président catalan élu au Parlement européen et emprisonné en Espagne suite à la crise sur l’indépendance de la Catalogne.

Il a vu son mandat de deux ans et demi plombé par la crise sanitaire. Mais l’attention portée à ses équipes, mises en télétravail, son sens de l’organisation, avec un système de vote à distance, et sa capacité à résister aux pressions françaises pour faire revenir les élus à Strasbourg, lui ont valu le respect de l’institution.

Défenseur des libertés, il s’était inscrit dans la défense des droits civiques en Russie, actif notamment sur le sort d’Alexei Navalny, ce qui lui avait valu de finir sur une liste noire de responsables européens boycottés par Moscou avec 7 autres dirigeants européens interdits d’entrée sur le territoire russe.

David Sassoli visite les Restos du Coeur à Paris en compagnie de leur président Patrice Blanc (au centre) et de leur directeur, Francois Oadour (à gauche)

Signe de solidarité en pleine pandémie, il avait mis à disposition les locaux désertés du Parlement, tant à Strasbourg qu’à Bruxelles, pour la préparation de repas destinés aux familles dans le besoin et installer un centre de dépistage du Covid.

Remis d’une leucémie, sa santé était son talon d’Achille. Gros fumeur et bon vivant, il avait été hospitalisé dans un état sérieux en septembre dernier, en raison d’une pneumonie qui l’a tenu éloigné du Parlement pendant plusieurs semaines.

Le 26 décembre, il avait de nouveau été hospitalisé "en raison d’une complication grave due à un dysfonctionnement du système immunitaire", selon son porte-parole.

Fan de l’équipe de football de sa ville natale, la Fiorentina, David Sassoli partageait ses loisirs entre la lecture et le jardinage dans sa maison de campagne de Sutri, bourg médiéval au nord de Rome.

Les dirigeants européens saluent "un champion de la démocratie" et "un leader"

Le président du Parlement européen laisse le souvenir d’un "champion de la démocratie", d’un "combattant de l’Europe", "accessible" et "sympa" selon les hommages d’eurodéputés et dirigeants de l’Union europpéene.

"Européen sincère et passionné, sa chaleur humaine, sa générosité, sa convivialité et son sourire nous manquent déjà", a réagi le président du Conseil européen Charles Michel.

"Je suis extrêmement attristée par cette perte terrible d’un grand Européen et fier Italien, journaliste attentionné, extraordinaire président du Parlement et avant tout un ami cher", a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

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Son groupe, les sociaux-démocrates (S&D), deuxième force politique au Parlement européen, avait renoncé à la mi-décembre à présenter un candidat, ouvrant la voie à l’élection de la candidate du PPE (droite), l’actuelle première vice-présidente du Parlement, la Maltaise Roberta Metsola. "J’ai le cœur brisé. L’Europe a perdu un leader, j’ai perdu un ami, la démocratie a perdu un champion", a indiqué cette dernière sur Twitter.

"C’était un homme proche des gens, pas seulement de ceux qui sont à son niveau de décision mais aussi des petites gens du Parlement, vraiment accessible. Il n’a pas changé en devenant président, il était resté lui-même.", se souvient Marc Tarabella.

"Nous nous souviendrons d’un leader de la démocratie et proeuropéen. Tu étais lumineux, généreux, joyeux", a renchéri son compatriote Paolo Gentiloni, commissaire européen à l’Economie. "Sa gentillesse était une inspiration pour tous", ajoute Frans Timmermans, vice-président de la Commission.

Pionnier des nouvelles technologies au Parlement

En Belgique, quelques eurodéputés ont également déjà réagi, notamment Benoît Lutgen qui salue "un passionné de la construction européenne" qui a conduit l’institution d’une "main ferme mais toujours bienveillante".

Le coprésident du groupe des Verts/ALE, Philippe Lamberts, s’est dit "bouleversé" par le décès de David Sassoli. "Je garderai en mémoire sa gentillesse et son souci du bien commun."

Olivier Chastel a appris "avec beaucoup de tristesse" le décès du président du Parlement. "David Sassoli nous apparaissait comme un Européen convaincu, déclare l’eurodéputé libéral, c’est quelqu’un qui œuvrait sans relâche à cette construction européenne. Il a voulu mettre son poids politique au service du Parlement européen. C’était un grand défenseur de l’Etat de droit et des valeurs européennes. Son mandat n’a pas été facile avec à la fois le Brexit et la crise Covid. […] Il a dû constater des oppositions à ses décisions car certains parlementaires voulaient à tout prix maintenir le débat parlementaire en présence physique même parfois dans des conditions dramatiques. Il a équipé le Parlement européen de nouvelles technologies pour le distanciel ce qui fait du Parlement une institution bien mieux équipée pour l’avenir, pour éviter de revenir à l’ancien système qui était très coûteux. Il restera de l’ère Sassoli un mode de fonctionnement hybride au Parlement européen".

Marc Botenga, eurodéputé pour le PTB, se souviendra "de son engagement sans faille et de sa gentillesse".

Assita Kanko (N-VA) se souvient d’une personne élégante, humble, respectueuse avec qui il était "agréable de travailler" et qui "allait au-delà des clivages politiques, qui cherchait à rassembler".

Pascal Arimont (CSP – PPE) souligne aussi son caractère "souriant, jamais stressé" : "Le gars sympa et compétent". "Il savait arrondir les angles mais aussi se montrer ferme".

En juin 2021, David Sassoli et le pape François
En juin 2021, David Sassoli et le pape François VATICAN MEDIA / AFP

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