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Décès de Papa Wemba: de Bruxelles à Ouaga, d'Abidjan à Kigali, le monde pleure un monument

Décès de Papa Wemba: de Bruxelles à Ouaga, d'Abidjan à Kigali, le monde pleure un monument
25 avr. 2016 à 14:50 - mise à jour 25 avr. 2016 à 14:506 min
Par Wendy Bashi

Sa voix unique ne résonnera plus... L'Afrique a perdu l'une de ses plus grandes voix. Papa Wemba de son vrai nom  Jules Shungu Wembadio est décédé sur scène, le micro en main.

Invité à Abidjan dans le cadre du Festival des Musiques Urbaines d'Anoumabo (Femua), c'est aux alentours de cinq heures du matin que le leader du groupe Viva La Musica monte sur scène et décède peu de temps après avoir annoncé aux festivaliers qu'il allait les conduire aux cieux de la Rumba. La nouvelle est ensuite très vite relayée, Vieux Bokoul comme aimaient l'appeler certains n'est plus. Il est parti comme il l'a toujours souhaité... sur scène, devant ses fans!

De la Rumba fiesta à la Rumba Rock, un génie hors pair!

Né un certain 14 juin 1949, Papa Wemba était le fils d'une pleureuse professionnelle qu'il accompagnait souvent dans ses prestations selon le site d'information Radio Okapi. C'est surement de là qu'est née sa passion pour la musique. Après un passage dans des chorales, très vite il intègre le groupe Zaiko Langa Langa avant de former le désormais très célèbre Viva la Musica, explique le producteur et animateur Klay Mawungu. "Papa Wemba en quittant Zaiko Langa Langa, a intégré chronologiquement plusieurs groupes. Il participe avec d'autres à la création de ISIFI, puis ISIFI Lokolé, ensuite Yoka Lokolé avant de former Viva la Musica, son groupe. En créant Viva la Musica avec des musiciens talentueux, qui étaient jusque-là peu connus du grand public, il apporte un lifting au style de la rumba saccadé qu'il a appris chez Zaiko. Il crée le style Rumba Rock qui lui ressemble plus. C'est un style où la cadence de la batterie, le jeu de la guitare basse mais également le style de chant vont se démarquer de Zaiko Langa Langa et vont influencer considérablement des jeunes musiciens comme Fally Ipupa, Werrason et d'autres".

L'introduction du Lokolé dans la musique, un héritage qu'on lui doit!

Un style à part, une innovation et surtout l'utilisation d'instruments tout droit sortis du patrimoine musical congolais des deux rives, c'est aussi ce que retiendra Fredy Massamba, musicien et compositeur d'origine congolaise qui reconnait avoir été influencé par Papa Wemba. "Vous savez les deux rives du fleuve Congo se sont fortement nourries de son influence musicale et son parcours personnel a beaucoup inspiré les jeunes générations. En quittant son village pour aller tenter sa chance à Kinshasa, il nous a montré que la réussite était possible" poursuit Fredy Massamba. Le musicien insiste aussi sur l'aspect du partage et de la transmission des connaissances dont a fait preuve papa Wemba. "Il a donné aux deux rives un sens de "koyekola et kokabola". Chez nous ça veut dire la connaissance et le partage. Papa Wemba incarnait la réussite pour nous tous".

Une réussite qui s'est surtout manifestée par son style particulier construit essentiellement autour de l'introduction d'instruments comme le lokolé dans sa musique. "Il a été un grand maître du traditionnel! Il est le premier à amener le lokolé  dans nos musiques. Le lokolé, c'est un téléphone africain. Il permettait de communiquer entre les villages. Vous vous imaginez qu'il a pu introduire dans la musique cet instrument fait avec du bois qui se joue avec des baguettes. C'était l'invention du moment, un peu comme ce que font les musiciens ouest-africains aujourd'hui en introduisant la Kora dans leurs morceaux".

"Musicalement, c'était un dieu!"

Show me the way, Maman, Maria Valencia, Wake up, Fula Ngenge des morceaux dont se souvient Ika Dejong l'animatrice de Gltv une web tv spécialisée entre autre dans l'actualité culturelle de la RDC.  Ika Dejong préparait une émission spéciale avec Papa Wemba.

"Je suis triste, la semaine prochaine je devais être en tournage avec Papa Wemba dans le cadre de la série sur laquelle je travaille. Elle est dédiée aux grands noms de la musique congolaise. C'est dommage! Ceci étant dit ce que je retiens de lui, c'est d'abord et avant tout un homme qui acceptait la critique. De par mon métier, je fréquente de nombreux musiciens et je peux vous dire que lui, c'était un homme à part. Ce que je veux que le monde retienne c'est que musicalement, Papa Wemba c'était un dieu! Quelqu'un qui a investi la World Music et qui a ouvert la voie à d'autres musiciens comme Fally Ipupa et tant d'autres".

Le Pape de la SAPE (Société des ambianceurs et des personnes élégantes)

Pour Ika Dejong, il est aussi difficile voire impensable de parler de Papa Wemba sans mentionner la sape et la sapologie. "Vous savez, si aujourd'hui des musiciens comme Maitre Gims (auteur du célèbre tube Sapé comme Jamais) peuvent se permettre de chanter devant un stade remplit de 80 000 personnes c'est surtout grâce à Papa Wemba. Il a apporté la sape à la culture africaine. Aujourd'hui, un africain peut être élégant, bien habillé, bien parfumé, c'est grâce à Papa Wemba. Le BCBG à l'africaine c'est Papa Wemba et personne d'autre" conclut l'animatrice dont la voix est encore entrecoupée par l'émotion.

C'était aussi un comédien talentueux...

Une émotion que partage également Barly Baruti, bédéiste, chanteur, acteur, peintre  qui a personnellement connu Papa Wemba avec qui il a joué et collaboré dans le film "La vie est belle" de Mwenze Ngangura et Benoit Lamy. Barly Baruti qui était décorateur en chef sur cette célèbre fiction sortie en 1987 s'occupait en plus de la décoration, de la logistique et d'autres aspects technico-artistiques. Barly se souvient surtout d'un jeune comédien assoiffé de connaissance, de quelqu'un d'humble et fort attentif pendant le tournage de ce film qui a réuni à l'époque une belle fourchette d'artistes dont le célèbre musicien Pépé Kalé.

"Je me souviens tout particulièrement d'une scène pendant le tournage de "La vie est Belle", raconte Barly Baruti. Il y a cette fameuse séquence où Kuru, le personnage de Papa Wemba, invite Kabibi (actrice principale) à manger à Lolo La crevette, un endroit huppé de l'époque, qui se trouvait à Ma Campagne. Donc Kuru et Kabibi mangent un liboke (plat cuit à l'étouffée). Au début du tournage c'était un vrai liboke. Mais il y a eu tellement de prises, qu'à la fin c'était un liboke pas cuit. Je revois Papa Wemba qui le mange et qui s'exclame "hum c'est bon", je rigole encore parce qu'on savait tous que ce n'était pas bon du tout. Toujours dans le même film, il y avait une autre séquence où nous avons bien rigolé. Kuru (qui était en réalité l'amant de Kabibi) vient offrir à sa chère et tendre une machine à écrire. En arrivant il la trouve avec son mari, il doit donc vite déguerpir avant que ce dernier ne se rende compte de sa présence. Dans le scénario, il jette la machine à écrire par la fenêtre avant d'y passer lui-même. Sauf que de l'autre côté de la fenêtre il y avait une flaque d'eau. Nous avons repris la séquence plus de trois fois, je vous laisse imaginer la suite".

Un homme qui était finalement très à l'aise avec les caméras comme le rappelle Laura Kutika, scénariste et réalisatrice du film "Abeti Masikini, le combat d'une femme".

"J'ai eu à l'interviewer pour mon film et je retiens l'image d'un homme humble, un père. C'était mon premier film et il m'a toute suite mise à l'aise pendant le tournage" confie-t-elle.

Kinshasa, Kigali, Ougadougou, Bruxelles, les hommages pleuvent de partout !

"Papa Wemba était quelqu'un de très humble, il était accessible, c'était vraiment un papa qui prodiguait des conseils. Artistiquement, il a révolutionné le monde de la musique africaine" s'exclame Narsix Baya, fondateur du site de musique en ligne Baziks. Narsix était lui-même au Femua récemment, mais il est parti plus tôt, il aurait souhaité rencontrer Papa Wemba à Abidjan.

"Kigali s'est réveillé dimanche avec la gueule de bois...Plusieurs Rwandais ont vécus en RDC, il leur reste un fort attachement à leur ancienne contrée d'adoption, et à la rumba congolaise en particulier" confie le journaliste Régis Isheja. "De Jossart Nyoka Longo et son Zaiko Langa Langa, à Koffi Olomide et son quartier Latin, aux plus jeunes comme Fally Ipupa et Ferre Gola, la musique kinoise reste très consommée au pays des Mille collines. Papa Wemba était un monument à Kigali depuis La vie est belle" achève-t-il.

"C'est une triste nouvelle, Papa Wemba était un artiste adulé ici" mentionne Cheick Yvhanne directeur des programmes à Radio Nostalgie en Côte d'Ivoire. "Pour ma part, c'est surprenant. L'un de mes collaborateurs, qui le suivait depuis son arrivée jusqu'à sa montée sur scène avoue n'avoir rien remarqué d'anormal..."

"Pour moi, Papa Wemba est un artiste d'un talent rare qui a marqué incontestablement sa génération même si je déplore le fait qu'aucune de ses chansons (à ma connaissance) n'ait interpellé l'opinion publique sur la situation intolérable que vit depuis toujours le Congo... Il y a comme un gout d'inachevé" insiste Smockey, artiste musicien et cofondateur du groupe le Balais Citoyen au Burkina Faso.

Papa Wemba, c'était une soixantaine d'album, plusieurs récompenses sur le continent et en dehors mais surtout un timbre musical unique!

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