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Débat à la Chambre: 12 heures d'attaques et de contre-attaques

Débats à la Chambre sur la déclaration gouvernementale

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14 oct. 2015 à 08:38 - mise à jour 15 oct. 2015 à 07:378 min
Par Jean-François Herbecq

Après la déclaration gouvernementale de mardi, place ce mercredi au débat au parlement fédéral, un débat un peu plus serein que celui de l'an dernier après le premier discours de Charles Michel (MR) comme Premier ministre, mais un débat tendu, surtout entre N-VA et socialistes, et placé sous le signe des chiffres.

Les travaux ont d'ailleurs débuté par une escarmouche sur la disponibilité des tableaux budgétaires du gouvernement, réclamée par une motion de Kristof Calvo (Groen). La motion a été rejetée, mais le ton était donné. 

La séance a en outre commencé pas une salve d'applaudissements pas tout à fait unanime pour les Diables rouge, à la demande de la première oratrice inscrite, Laurette Onkelinx (PS)... tous les députés battent des mains sauf ceux de la N-VA et du Vlaams Belang.

Laurette Onkelinx: "Vous avez dit 'Jobs, jobs, jobs'. Les gens voient taxes, taxes, taxes"

La cheffe de groupe PS a ouvert le feu en dressant un sombre bilan d'un an de gouvernement Michel : virage fiscal raté, diminution du pouvoir d'achat, augmentation du coût de la vie, des courses, de l'électricité, difficulté d'accès justice, aux soins de santé, pour les femmes, les retraités...

"Taxes, taxes taxes" et non "Jobs, jobs, jobs", martèle Laurette Onkelinx. "Pour baisser les taxes sur le travail, vous augmentez d'autant les taxes sur la consommation".

Denis Ducarme (MR) réplique : "L'enveloppe bien-être, nous l'avons activée à 100% à la différence du gouvernement Di Rupo. Nous sommes plus sociaux que les socialistes".

Revenant sur le "State of the Union" de Charles Michel (MR), Laurette Onkelinx dénonce une allocution "convenue" et surtout l'incertitude : "Que vont-ils nous réserver pour combler les trous du budget?". Elle attaque ensuite la politique environnementale et énergétique du gouvernement, visant également son manque de vision. "Vous augmentez les accises sur le diesel mais réduisez les budgets de la SNCB. C'est une absurdité économique, sociale et environnementale".

La cheffe de groupe PS compare au passage la ministre de la Mobilité Jacqueline Galant (MR) à monsieur Diafoirius, le médecin du malade imaginaire de Molière qui traite tous les maux par des saignées avant de dénoncer le déficit démocratique du gouvernement.

Laurette Onkelinx: "Vous avez dit 'Jobs, jobs, jobs. Les gens voient taxes, taxes, taxes"
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Suite à l'interpellation de Laurette Onkelinx sur l'attitude à prendre face à la crise migratoire, Patrick Dewael (Open Vld) réplique : "Il faut aussi respecter la Convention de Dublin. Contrôler aussi les frontières extérieures à Schengen". Mais pour elle, "il faut prôner le respect des conventions et arrêter avec les discours de préférence nationale ou européenne".

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Pendant cette première intervention, certains montrent cependant plus d'intérêt pour les programmes politiques de la RTBF que pour le moment politique auxquels ils participent.

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La N-VA veut guérir la Belgique du socialisme

La balle passe alors à la majorité avec l'intervention de Hendrik Vuye (N-VA) chargé de défendre le bilan d'un an de gouvernement Michel, tâche chronométrée par le chef de groupe nationaliste flamand, soucieux de gérer au mieux son temps de parole, tant il est régulièrement interrompu par l'opposition.

Il commence par regretter de n'avoir pas reçu de réponse de la part de Laurette Onkelinx à sa première intervention avant de lui lancer "Nous avons reçu un pays malade de votre part​. Nous nettoyons les conséquences de vingt-cinq ans de socialisme".

"Nous faisons le ménage après 25 ans de socialisme. Ce n'est pas d'un malade imaginaire que nous avons hérité de vous mais d'un vrai malade", a lancé Hendrik Vuye tandis que sa collègue Sarah Smeyers qualifiait le socialisme "de maladie qui dure depuis 200 ans".

Ces attaques ont occupé une bonne partie du débat, socialistes et nationalistes s'interrompant régulièrement. "Ce pays a pu être hissé au top mondial du bien-être et ça, c'est un acquis aussi des socialistes", a répondu la cheffe de groupe PS et ex-vice première ministre, Laurette Onkelinx.

La majorité a mis en avant l'augmentation du salaire poche qui bénéficiera à de nombreux travailleurs dès le mois de janvier grâce au virage fiscal du gouvernement. "Ce n'est pas un cabinet qui se dispute, c'est un cabinet qui agit", a affirmé Hendrik Vuye.

Groen vise les discordances budgétaires

Le débat se concentre sur les chiffres du gouvernement abondamment discutés depuis des mois, critiqués par l'opposition, mais aussi à l'intérieur même de la majorité entre partis flamands. Et ce mercredi, Kristof Calvo est revenu plusieurs fois à la charge pour obtenir des chiffres transparents de la part du gouvernement, notamment sur la taxe sur la spéculation.

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Pour l'Open VLD, Patrick Dewael, lui répond de façon plutôt directe : "Vous contestez les chiffres chaque année. Changez de disque" .

Les écologistes dénoncent l'indigence du tableau remis aux parlementaires. "Les Grecs feraient la même chose que vous seriez ici à la tribune pour dire que c'est inacceptable", a déclaré Kristof Calvo au ministre des Finances, Johan Van Overtveldt (N-VA). Le président de la Chambre, Siegfried Bracke, a appelé le gouvernement à "réintroduire cette bonne habitude" de fournir les tableaux budgétaires au parlement.

Les calculs sont en voie de finalisation, a répondu le Premier ministre, Charles Michel. D'ici jeudi, le gouvernement doit remettre une épure de son budget aux instances européennes.

Remarquable, le Vlaams Belang donne raison aux socialistes par la voix de Barbara Pas qui constate : "On reçoit 150 euros de plus, mais il faut ensuite payer plus à la caisse". 

La N-VA défend le plan emploi

Hendrik Vuye doit aussi défendre le chapitre emploi de la déclaration gouvernementale, surtout face à un Raoul Hedebouw (PTB) remonté.

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Theo Francken (N-VA) savoure les compliments
... que lui adresse Hendrik Vuye (N-VA)

Passant à la politique d'asile, Hendrik Vuye se lance dans un cortège de louanges pour le secrétaire d’État N-VA Theo Francken, "accusé de racisme il y a un an, mais à présent secrétaire d’État respecté".

Pensions: qui est le plus social ?

Suspendue à 12H15, la séance a repris à 13H30 avec l'intervention de Denis Ducarme (MR) qui a porté elle aussi sur l'emploi avant de dériver sur un échange animé avec l'opposition sur le saut d'index et le tax shift. 

"Les promesses du gouvernement sont aussi mensongères que les promesses électorales du MR. Elles ne valent pas grand chose", commente Ahmed Laaouej (PS) qui dénonce les nouvelles taxes imposées par le gouvernement Michel en calculant que le gouvernement prend en fait deux fois plus aux gens (6,5 milliard d'euros) que ce qu'on leur donne (3,2 milliards d'euros).

Jean-Marc Nollet (Ecolo) enfonce le clou : les 100 euros promis pour tout le monde tout de suite, ce ne sera pas pour tout le monde et seulement dans quelques années, voire en 2100!

"Caricature, insulte, effets de manche", réplique Denis Ducarme, balayant ces objections d'un revers de la main tout en reconnaissant qu"'on doit effectivement 'l'enveloppe bien-être' aux socialistes, mais à 60% seulement".

Laurette Onkelinx insiste : ce sont "les retraités qui sont les mal-aimés de ce gouvernement, car ils subissent le saut d'index et les taxes mais ne bénéficient pas de hausse de revenu".

La discussion entre MR et PS s'envenime et prend un tour technique, le cdH et Ecolo s'en mêlent. L'enjeu : savoir qui est le plus social ?

Pensions et saut d'index: désinformation?

Le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine (MR) apporte quelques chiffres supplémentaires, dénonçant la "désinformation" pratiquée par l'opposition et affirmant que le saut d'index n'était pas attendu avant l'an prochain.

Socialistes et PTB rappellent que le saut d'index a bel et bien déjà eu lieu en juillet dernier, sans être compensé par ailleurs pour les pensionnés. Et le ministre des Pensions qui parle de désinformation l'ignore... "Il faut le faire", tweete en français dans le texte la députée sp.a Karin Temmerman.

Denis Ducarme défend la majorité
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Incident "citoyen"

C'est le moment choisi par des militants pacifistes opposés au remplacement des F-16 par des F-35 pour dérouler un calicot et lancer quelques tracts dans l'hémicycle, une action signalée par le PTB comme émanant de "citoyens" et chaudement applaudie par son député Marco Van Hees.

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Réfugiés au statut temporaire?

Denis Ducarme passe alors au chapitre sécurité et international, traçant un tableau encourageant des départs de candidats jihadistes belges, saluant l'action du gouvernement face à la crise des migrants, annonçant un PNR belge (système de transmissions automatique des renseignements voyageurs) et avançant surtout la piste d'un statut de réfugié temporaire, une idée déjà lancée par Bart De Wever (N-VA) qui fait bondir les partis d'opposition francophones.

La concertation sociale en jeu

L'intervenant suivant, Servais Verherstraeten pour le CD&V, a surtout du se justifier face à l'opposition flamande sur la politique fiscale du gouvernement comme pour la régularisation fiscale (qui ne figurait pas au programme de son parti).

CD&V et Open Vld ont aussi l'occasion d'échanger, en public, dans l'hémicycle de la Chambre, leurs visions réciproques de la concertation sociale : impérieuse et importante pour un Servais Verherstraeten très assertif, à la carte pour Patrick Dewael qui n'exclut pas de progresser si cela ne fonctionne pas avec l'accord des partenaires sociaux.

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C'est donc au Premier ministre de mettre tout le monde d'accord : pour Charles Michel, "il y a une seule ligne au sein du gouvernement sur le sujet. Nous devons lui donner toutes les chances. Nous voulons donner toutes ses chances à la concertation. Mais nous savons prendre nos responsabilités".

En conclusion, Servais Verherstraeten peut constater avec satisfaction que cette coalition a survécu, elle qu'on surnommait à ses débuts "kamikaze".

De l'oxygène dans l'économie et des cadeaux à Noël

Au nom de l'Open Vld, Patrick Dewael a ensuite défendu ce gouvernement notant que "les gains d'aujourd'hui créent les investissements de demain et les emplois d'après demain".

"Ce gouvernement insuffle une quantité jamais vue d'oxygène dans l'économie. Nous créons des jobs, des jobs, des jobs", assure Patrick Dewael qui ajoute que le tax shift est "un bonus qui permettra d'acheter des cadeaux de Noël".

Débat à la Chambre: Patrick Dewael (VLD)
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Et les grosses fortunes?

Pour Meryame Kitir, fraîchement promue chef de groupe sp.a, succéder à la tribune à un orateur né comme Patrick Dewael n'est pas nécessairement un cadeau. Le débat dévie vite sur l'action ou l'inaction des gouvernements précédents, avec participation socialiste : Zuhal Demir (N-VA) demande pourquoi ces gouvernements n'ont pas pu prendre de mesures fiscales contre les grandes fortunes.

Mais pour la députée limbourgeoise, les choses sont claires : le bilan d'un an de gouvernement Michel, ce sont des charges pour les gens et des cadeaux pour les grosses fortunes. Donc pas de confiance au gouvernement Michel.

Meryame Kitir, sp.a
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Quand vient le tour d'Ecolo de parler, Jean-Marc Nollet estime que "tout n'est pas à jeter. Nous soutiendrons certaines mesures."

La Chambre a achevé mercredi peu après 22h00 le débat sur le discours de politique générale du gouvernement. Les discussions thématiques qui devaient suivre ont été annulées, vu la longueur du débat et les nombreuses interventions et les longs échanges qui ont eu lieu pendant près de douze heures.

Le vote de la motion de confiance aura lieu jeudi à 11h00.

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