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De réalisateur à " réalis-hater "

De réalisateur à " réalis-hater "

" La vie d'Adèle " n'est pas un long fleuve tranquille. Outre le débat en France sur son thème – l'homosexualité féminine – c'est la personnalité du réalisateur Abdellatif Kechiche et ses multiples conflits avec son équipe qui alimentent les journaux depuis plusieurs mois.

Premier round : avant sa Palme d'Or, les techniciens dénoncent des dépassement de temps, des salaires misérables et des méthodes comparables à du harcèlement moral.

Deuxième round : les lumières cannoises à peine éteintes, au tour des deux comédiennes principales de pointer du doigt l'attitude du metteur en scène. Adèle Exarchopoulos déclare dans un journal américain que " Kechiche est un génie mais il est torturé. On voulait donner tout ce qu'on avait mais parfois il y avait une sorte de manipulation, ce qui est difficile à supporter. Pendant une prise, alors que Léa essayait d'empêcher mon nez de couler, Kechiche a crié 'Non, embrasse-là, lèche sa morve'. " De son côté, Léa Seydoux avoue qu'elle ne tournera plus jamais avec lui.

Troisième round : Abdellatif Kechiche répond à Seydoux en lui reprochant d'être née dans le coton, et la tient responsable de l'allongement du tournage dû à son incapacité à rentrer dans son rôle.

Ambiance, ambiance...

Le prochain combat aura-t-il lieu à Namur le 27 septembre prochain? Abdellatif Kechiche et Léa Seydoux sont en effet attendus pour l'ouverture du FIFF, le Festival International du Film Francophone. Viendront ? Viendront pas ? Les paris sont ouverts.

En attendant, cette polémique est une bonne occasion de se pencher sur ces “réalis-haters” qui adorent détester leurs comédiens.

Des frères Lumière aux frères Dardenne

Les rapports amour-haine entre un metteur en scène et ses acteurs sont inscrits dans les fondements mêmes du cinéma. Sur le tournage de “L'arrivée d'un train en gare de La Ciotat” (1895), Louis et Auguste Lumière trouvent que leur scénario – l'arrivée d'un train en gare de La Ciotat - manque cruellement de rebondissements. Ils envisagent dans un premier temps de faire dérailler le train, puis de le faire exploser, et enfin de le faire attaquer par des aliens mangeurs d'enfants venus de la planète Zyrcon 7. Ils optent finalement pour une solution moins coûteuse: pousser les figurants sous le train sans les prévenir, afin de conserver spontanéité et naturel dans leur jeu. Une quinzaine de personnes périront ainsi écrasées.

C'est en développant la pellicule que les Frères Lumière se rendent compte que le plan aurait été bien plus spectaculaire s'ils avaient poussé les gens devant la caméra, et non hors champ.

Quelques années plus tard, Georges Méliès se révèle lui aussi d'une exigence démesurée sur le  tournage de son chef d'oeuvre “Le voyage dans la Lune” (1902). Pour que ses comédiens s'imprègnent au mieux de leur personnage, Méliès les oblige à aller réellement sur la lune. Les avancées en matière de conquête spatiale étant ce qu'elles sont, le réalisateur a l'idée d'accrocher ses acteurs à des ballons géants gonflés à l'hélium. Aucun d'entre eux ne redescendra, ce qui fera dire au réalisateur: “Quelle bande de dégonflés”. L'anecdote fut d'ailleurs rapportée par Martin Scorsese dans son célèbre ouvrage “De quoi je me Méliès ?”

Faisons un bond dans le temps pour nous arrêter à la fin des années 30. Sur le tournage de “Gone with the wind” (1939), Victor Fleming prend en grippe l'actrice Vivien Leigh et en fait son souffre-douleur. Entre chaque prise, le metteur en scène prend un malin plaisir à venir lâcher une caisse sous le nez de la comédienne, en lui criant “Autant en emporte le vent” !

Excédée, Vivien Leigh finira par donner un coup de boule à Victor Fleming. Mais le réalisateur s'écarte juste à temps et c'est Clark Gable qui se ramasse le front de Leigh en plein visage. L'acteur se retrouve avec le nez pété et la moustache de travers. De cette histoire est née une expression encore utilisée de nos jours: “péter un Gable”.

Plus proche de nous, lors de ses essais pellicules pour “La liste de Schindler” (1993), Steven Spielberg trouve que le noir et blanc ne rend pas assez bien à l'image. Il décide alors de tourner son film en couleurs, et de faire repeindre tous ses décors en noir et en blanc. Les choses se compliquent quand il prend la même décision pour ses acteurs. Les odeurs toxiques de peinture affectent durablement le cerveau de Liam Neeson, qui tourne depuis dans des films comme “Taken”, “Le choc des Titans” ou “Battleship”. Quant à  Ralph Fiennes, il en perd carrément son nez et ses cheveux. Ce léger handicap se révèlera être un atout, puisqu'il lui permettra de décrocher le rôle de Voldemort dans la saga des “Harry Potter”.

Enfin, notre cinéma belge n'est pas en reste puisque les Frères Dardenne martyrisent eux aussi leur actrice principale sur le tournage de “Rosetta” (1999). Soucieux de faire un maximum d'économies, ils reconstituent Seraing dans les pays de l'est, et engagent une jeune fille du coin: Emilie d'Ukraine. Native de Tchernobyl, les Frères la choisissent car elle est la seule actrice capable de faire cuire des gaufres sans qu'il soit nécessaire de brancher le gaufrier. Luc et Jean-Pierre Dardenne la payent en lacquemants, et, le tournage terminé, l'abandonnent devant le Forem de Flémalle en lui lançant un cynique “Et maintenant, tire ton plan, Rosetta !”

 
On le voit, Abdellatif Kechiche ne fait que s'inscrire dans une longue tradition de réalisateurs pour qui création rime avec souffrance. Alors que, quand on y réfléchit bien, création rime quand même mieux avec récréation...

 

Dans un prochain billet, je vous raconterai comment certains acteurs manipulent honteusement leurs camarades de jeu. Et je vous révélerai notamment comment Rocco Siffredi est parvenu à coucher avec toutes ses partenaires à l'écran.

 

Christophe Bourdon 

 

 

 

 

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