Cyclisme

De la Tizanidine détectée chez des coureurs Bahrain Victorious, "c'est typiquement du dopage légal"

Matej Mohoric polémique lors de sa victoire d'étape sur le Tour de France

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22 oct. 2021 à 10:34Temps de lecture3 min
Par Giovanni Zidda

Les coureurs de l'équipe Bahrain Victorious pourraient avoir fait usage de Tizanidine lors du dernier Tour de France. C'est ce que révèlent les analyses toxicologiques effectués après la perquisition subie par l'équipe World Tour lors de la 17e étape du dernier Tour de France.

Des traces de cette substance ont en effet été trouvée dans les cheveux de trois coureurs, rapporte le média français Ouest-France en citant un rapport des chercheurs de l'université de Strasbourg. 

Précisons-le tout de suite, cette substance commercialisée sous l'appellation de Sirdalud ou Zanaflex n'est pas interdite par l'agence mondiale anti-dopage. Son utilisation pose tout de même question. Notamment du point de vue éthique. La Tizanidine est habituellement utilisée dans le milieu médical pour soigner des maladies comme la sclérose en plaques. Elle agit sur les muscles et permet de les relaxer. 

C'est cette caractéristique qui intéresse principalement les sportifs. Le but recherché : réduire les douleurs musculaires, les crampes et/ou récupérer plus facilement.

Le Dr. Pierre Sallet, physiologiste du sport, est engagé depuis de nombreuses années dans la lutte-antidopage, notamment via son association 'Athletes for transparency'. Pour lui, l'utilisation de ce produit s'apparente à du dopage.

"C'est typiquement ce qu'on appelle du Legal-Doping. Le produit n'est pas repris sur la liste des produits interdits par l'agence mondiale antidopage (AMA) mais sert sans doute à améliorer les performances. Pour nous, ce produit devrait figurer dans la liste des substances interdites. Cette liste devrait d'ailleurs inclure 40 autres substances qui améliorent la performance et qui n'y figurent actuellement pas", estime Pierre Sallet.

"Un médicament pour soigner des pathologies fortes, pas des sportifs de haut niveau"

Le peloton en action sur les routes de l'UAE Tour
Le peloton en action sur les routes de l'UAE Tour © AFP or licensors

Les coureurs de l'équipe Bahrain Victorious ont-ils donc fait usage de Tizanidine lors du dernier Tour de France? C'est très difficile à déterminer. "Grâce aux analyses capillaires, on peut plus facilement détecter la prise de produits exogènes (extérieurs à l'organisme). Les substances peuvent être détectée très longtemps après leur absorption. La difficulté, c'est l'incapacité à dater la prise. La présence dans le corps de ces médicaments n'est donc pas liée à un usage immédiat", nous explique Pierre Sallet.

Rappelons tout de même que Bahrain Victorious avait remporté 3 étapes lors de la dernière Grande Boucle (2x Mohoric, 1x Teuns), remporté le classement par équipes et porté le maillot à pois pendant 5 jours. L'équipe bahreïnie s'est également distinguée avec un podium final sur le Giro (Caruso, 2e) et sur la Vuelta (Haig, 3e) en plus des 30 victoires récoltées en 2021.


►►► À lire aussi : Matej Mohoric sur la perquisition subie par Bahrain : "Je me suis senti comme un criminel"


Ce qui est sûr, c'est que la prise de médicaments de ce genre peut influencer sensiblement les prestations des sportifs. "Quand on est au top de son sport, la différence entre les meilleurs est de l'ordre de 1 à 3%. On a constaté qu'en prenant certains médicaments, on pouvait avoir un gain de 1 à 5%...Et l'utilisation de ces produits est actuellement libre. C'est bien ça le problème. Quand on lit la notice du médicament, on parle parfois de pathologies fortes, handicapantes voire parfois létales... Comment en arrive-t-on à voir des sportifs de haut niveau qui utilisent cela?" s'interroge Pierre Sallet. 

Au-delà du cas de l'équipe Bahrain Victorious - qui a semble-t-il su jouer avec les limites mieux que les autres - le débat ne concerne pas une seule équipe, une seule substance (voir débat sur les cétones) ni un seul sport. C'est une problématique qui s'étend à l'ensemble des sports de haut niveau. "Le problème est uniquement politique", rappelle Pierre Sallet. Espérons que les dirigeants du sport mondial s'en rendent compte rapidement.

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