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David Goffin : "Je ne trouve pas le bon timing et la sérénité, mais cela peut vite basculer dans le bon sens"

David Goffin

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25 août 2022 à 23:49Temps de lecture5 min
Par Christine Hanquet

David Goffin n’a vraiment pas vécu une préparation idéale, avant l’US Open. Il a perdu au premier tour de ses quatre tournois nord-américains sur ciment. Il a été battu par l’Américain Jack Sock à Washington, par l’Espagnol Albert Ramos-Vinolas à Montréal, par l’Américain Marcos Giron à Cincinnati (après avoir gagné deux matches en qualifications), et par le Serbe Laslo Djere à Winston Salem. Tout cela, quelques semaines après avoir atteint les quarts de finale à Wimbledon.

Malgré ces déconvenues à répétition, il n’a pas fui les questions. Il a accepté de parler à la presse belge, avant le début de l’US Open. Et après le tirage au sort du grand tableau. Il affrontera l’Italien Lorenzo Musetti au premier tour.

Entretien…

David, que vous manque-t-il, par rapport à Wimbledon, par exemple ? Est-ce une question de tennis, de légèreté, de sérénité ?

Pour le moment, je ne trouve pas vraiment ce que je cherche sur cette surface. Les conditions sont évidemment très différentes, par rapport aux derniers mois. Cela s’était bien passé pour moi sur la terre battue et sur le gazon. Mais maintenant, je ne trouve pas le timing et la sérénité dans mon jeu. On y travaille. On a encore quelques jours avant de commencer le tournoi, et j’espère que cela va venir, que je vais pouvoir me détendre, et mieux me sentir dans ces conditions américaines.

Qu’est-ce qui vous gêne, dans ces conditions ?

Cela va assez vite, les balles sont petites et dures à contrôler. Cela me crispe un peu dans les échanges, de ne pas maîtriser tout ce que je fais. Il est difficile d’être aussi relâché et entreprenant que d’habitude. Ce n’est pas évident, de trouver les bonnes sensations dans la raquette et dans les frappes. Et j’ai pourtant besoin de cela, pour pouvoir me libérer sur le court. Cela n’a pas été le cas, lors de mes derniers matches. On travaille, pour que je me sente mieux, pour essayer de faire un bon tournoi à New York.

Vous avez pourtant souvent joué aux Etats-Unis. C’est très différent, cette année ?

Oui, j’ai l’impression que les balles ne sont plus les mêmes. Et puis, les conditions sont toujours très changeantes, ici. Il peut faire très chaud, ou un peu moins chaud. Ces conditions peuvent être extrêmes. Pour le moment, ça va. Mais je ne sens pas toujours mon tennis, même à l’entraînement, donc ce n’est pas facile. Quand je suis bien dedans, cela peut être vraiment très bon pour mon jeu. Et sinon, c’est compliqué, comme dernièrement. Je n’arrivais pas à trouver mon timing, et le rythme dans mes frappes, pour faire mal aux autres.

Vous venez donc de perdre quatre fois au premier tour de vos tournois sur ciment. Avez-vous malgré tout senti une évolution, et une progression sur laquelle vous pouvez vous appuyer ?

Oui, il y a eu des bons passages. Mais il y a souvent eu des hauts et des bas dans mes matches. Avoir un peu plus de constance m’aiderait déjà. Je serais plus serein, si j’étais plus solide. Contre Djere, lors du dernier de ces matches, j’ai eu un break d’avance dans chaque set. J’ai pris le deuxième, j’ai mené 2/0 dans le troisième, avant de faire quelques mauvais jeux. En étant un peu plus solide, et en tenant mon niveau, quand j’ai de bons passages, j’aurais gagné un peu plus de matches, ces dernières semaines. Je dois réussir à plier mes matches.

Il y a certainement du positif, malgré tout. Vous êtes heureux d’être là, et vous n’avez aucun pépin physique…

Bien sûr, il y a du positif. Et ce que l’on peut aussi retenir de cette année, c’est que ce n’est jamais loin, et cela peut basculer dans le bon sens. A Wimbledon, tout s’est bien mis, et j’ai été à deux ou trois points de réussir le meilleur résultat de ma carrière, une demi-finale en Grand Chelem. En étant bien, en restant positif, et en travaillant, je sais que les bons résultats ne sont pas loin. C’est cela qu’il faut retenir. Et puis, cela reste un Grand Chelem, on va s’accrocher, on va faire le maximum, et essayer d’avancer.

On sait aussi combien la confiance est importante pour vous. Comment allez-vous pouvoir oublier vos récents résultats, avant ce Grand Chelem ?

Je vais tout donner, avec l’envie, la motivation, et le physique, puisque je me sens bien de ce côté-là. Je vais essayer de monter en confiance. Et si cela se passe bien, il y aura une première victoire, et je pourrai tenter d’avancer dans le tournoi. Il n’y a pas de miracle, c’est en y allant à fond, en étant courageux et serein que cela peut marcher.

Vous rencontrerez l’Italien Lorenzo Musetti, au premier tour. Il vous avait battu à Roland-Garros, l’année dernière. Vous voyez ce match comme une revanche ?

Non, je vois ça comme un autre match. Il est certain qu’à Roland-Garros, ce n’était vraiment pas top. Ici, c’est une autre surface, un autre contexte. Il est en forme. Cela reste un super-match, un joli premier tour. C’est un jeune joueur, avec un très beau jeu. Je vais essayer de faire un bon match, de bien l’ennuyer. Et de m’en sortir, face à cet adversaire qui joue de mieux en mieux, qui progresse, et qui est très talentueux.

Vous aviez arrêté votre saison tôt, l’année dernière. Le fait de ne pas avoir beaucoup de points à défendre, d’ici à la fin de l’année, vous y pensez ?

Je n’y pense pas, mais je le sais. Je ne me pose pas 36.000 questions. Je continue, tournoi après tournoi, d’essayer d’être bien dans mon tennis. Et je sais que les résultats suivront, qu’il y ait des points à défendre ou pas. Et je sais que ce ne sera que du bonus si j’en prends.

On sait que le coaching est autorisé, depuis le début de la tournée américaine. Vous en servez-vous ? Trouvez-vous cela utile ?

Bien sûr, cela peut être utile. Et je m’en sers, quand je passe devant mon entraîneur, Germain Gigounon. Je n’hésite pas à lui dire un petit mot. C’est chaque fois très court, c’est "ça c’était bien, ça ce n’était pas bien, j’ai mal fait ça". Les petits mots d’encouragement rassurent, et j’aime ça. Mais on ne fait pas de longs monologues. C’est bien de ne plus devoir faire attention, de ne plus faire de messes basses pour que l’arbitre n’entende pas.

Il y a un joueur dont on parle en ce moment, mais qui n’est pas là, c’est Novak Djokovic. L’année dernière, il avait gagné trois Grands Chelems et joué une finale. Cette année, il se prive de deux Grands Chelems, et il a gagné Wimbledon. Qu’en pensez-vous ?

C’est son choix, et il l’assume jusqu’au bout. Je respecte, il assume tout ce qu’il fait. Et il assume son choix de vie et son choix sportif. Mais c’est vraiment dommage que celui que je considère encore comme le meilleur joueur du monde ne joue pas tous les plus grands tournois du monde. Quand il joue, il gagne Wimbledon d’une façon incroyable. Et il est encore sixième mondial, tout en loupant des tournois. C’est dommage qu’il ne soit pas là. Mais c’est son choix, et je le respecte.

On sait que la joueuse dont on va le plus parler en début d’US Open, c’est Serena Williams. Que représente-t-elle, pour vous ? Et avez-vous beaucoup échangé avec elle, ou bien vivez-vous dans deux mondes à part ?

Elle a un palmarès énorme, évidemment. Mais, je la voyais surtout comme la plus grande rivale de Justine et Kim. Leurs demi-finales et finales de Grand Chelem, quand elles jouaient l’une contre l’autre, je les regardais. Il y avait toujours un gros contraste entre son jeu et celui de Justine, et c’était sympa à voir. Sinon, non, on n’échangeait pas. Je ne la connais pas du tout. Il y a trois ou quatre ans, je me suis retrouvé dans le même hôtel qu’elle, en vacances. Je ne savais pas si elle allait me reconnaître. Elle m’a reconnu, mais on n’a pas échangé plus que cela. On s’est dit bonjour pendant trois minutes, et c’est tout.

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