US Open

David Goffin est dans sa bulle new-yorkaise, prêt à enfin reprendre la compétition

David Goffin
22 août 2020 à 03:56Temps de lecture6 min
Par Christine Hanquet

Des tournois féminins de tennis sont à nouveau organisés depuis le début du mois d’août. Mais les hommes étaient toujours à l'arrêt, jusqu’à présent. Ca y est, le circuit ATP va enfin reprendre, après plus de cinq mois d’interruption.

Le tournoi de Cincinnati a exceptionnellement lieu à New York, cette année. Et il sera suivi de l’US Open, au même endroit, dans les installations de Flushing Meadows. Les joueurs et les joueuses resteront dans leur bulle pendant plusieurs semaines, sans voir autre chose que leur hôtel et le stade. Sans voir de spectateurs non plus, puisque ces épreuves auront lieu à huis clos.

David Goffin est arrivé sur place, Il est, comme les autres, impatient de rejouer, même si les conditions sont très particulières.

Entretien avec le numéro un du tennis belge…

David, parlez-nous de cette "bulle" qui protège les joueurs. Comment se sont passés vos premiers jours à New York ?

Les premiers jours ont été un peu difficiles. Dès notre arrivée, on a été testés une première fois, et on a dû attendre vingt-quatre heures dans notre chambre, avant de pouvoir sortir de l'hôtel, entrer dans cette bulle, aller s’entraîner. Quant on a pu aller au stade, et on s’est habitués à cette ambiance. C’est un peu spécial, mais c’est plutôt bien organisé. Donc ça roule, pour le moment.

Cela ne fait pas trop "prison" ?

Non, je pense qu’ils n’ont pas mal fait ça. Il y a deux hôtels, et il y a des activités au stade. Ils ont essayé de rendre cela un peu sympa. Il y a à manger, il y a des petits bars, autour de l’hôtel. Ils ont arrangé le parking, pour que l’on se sente bien. Ils ont fait le maximum, et je trouve que ce n’est pas mal. Après, on est tous dans le même hôtel, et on est forcément entre nous, les joueurs de tennis et les coaches. Et on n’a pas grand-chose à faire. Ca fait bizarre, parce qu’il n’y a personne d’autre. Le stade est vide, aussi, et on sait que les spectateurs ne viendront pas. Là aussi, ils ont aménagé les allées, avec des jeux, des paniers de basket, des minigolfs, des salons. C’est pas mal fait.

Vous vous sentez en totale sécurité ?

Oui, franchement. Pour le moment, il n’y a aucun problème. On est tous testés. Au début, on a été contrôlés deux jours d’affilée. Et je me suis encore fait tester ce matin, quatre jours après. On est tous dans le même cas, on reste tous dans la bulle. On porte des masques, sauf quand on s’entraîne. Et oui, je me sens en sécurité. Tout le monde suit les règles, donc c’est bien.

Et votre bulle à vous, elle se compose de combien de personnes ?

On est deux. Il y a mon entraîneur, Thomas Johansson, et moi. Les staffs sont réduits, pour tout le monde.

Quelle est l’ambiance, dans l’hôtel, qui est réservé aux joueurs ?

Ca a fait plaisir de revoir tout le monde. Et puis, c’est marrant, on est tous au même endroit, ce qui n’est jamais arrivé. Pour sortir, pour manger, pour se dégourdir les jambes, c’est tout le monde au même endroit. Et si on en a assez de ne voir que des joueurs de tennis, tant pis, on n’a pas le droit d’aller à Manhattan ou ailleurs. C’est le désavantage de la bulle, on se lève avec les joueurs de tennis, on s’entraîne avec les joueurs de tennis, on mange avec les joueurs de tennis, on voit des joueurs de tennis. On est dans une bulle, et on n’a pas le choix.

Et donc, le circuit reprend. C’est une grande joie, pour vous, sans doute…

Oui, c’est vraiment agréable de pouvoir rejouer des matches. Cela fait longtemps que l’on s’entraîne. C’est bien de revenir ici, et de ressentir l’atmosphère des tournois, de revoir les autres joueurs, de s’entraîner avec tout le monde, de sentir la compétition qui arrive. Ca fait du bien. Et puis, c'est chouette de se retrouver ici, sur le site de l’US Open, et de pouvoir jouer à cet endroit un Masters 1000 et un Grand Chelem. Et avec le système de points mis en place pour l’occasion, les joueurs sont plutôt relax. Et contents d’être là, de tenter de bien jouer, de gagner leur vie. Tout le monde est dans un bon état d’esprit.

Vous parliez de ce système de points. Le classement se fera donc sur un peu moins de deux ans, et vous n’allez pas perdre les points que vous aviez gagnés grâce à votre finale de l’an dernier à Cincinnati. Le fait de ne pas devoir défendre ces points, c’est un poids en moins, c’est une pression en moins ?

Non, parce que chaque année, on doit défendre nos points, et on a l’habitude, c’est notre boulot. Mais c’est vrai que si j’avais dû jouer mon tournoi de reprise en étant obligé de défendre les points d’une finale dans un Masters 1000, cela n’aurait pas été évident. Ce n’est jamais facile de devoir le faire sans repères, sans matches dans les jambes. Donc là, avec ce système de points, on est plutôt relax. On joue des gros tournois, on ne craint pas de faire moins bien que l’année d’avant, on essaye juste de faire mieux. C’est sûr que pour prendre des points la semaine prochaine, je dois gagner le tournoi. Mais je n’en perdrai pas, donc je suis tranquille.

Il y a un peu d’appréhension, quant à votre niveau ? Les entraînements ne suffisent pas forcément à vous situer…

Oui, c’est clair, on ne sait pas du tout ce que cela va donner. J’ai fait des très bons entraînements, et j’ai fait des moins bons. Ca fait longtemps que je m’entraîne, et maintenant ça y est, je peux jouer des matches. Les conditions vont être complètement différentes, sans public, avec juste nos deux coaches. Ca va ressembler à des entraînements, mais ce seront des matches officiels. On est sur le site d’un tournoi qui est habituellement bondé, donc l’atmosphère sera complètement différente. Mais, comme d’habitude, je vais essayer de jouer du bon tennis, et de me donner à fond. Et puis, on verra bien.

Une si longue interruption, des matches à huis clos, énormément d’inconnues, vous pensez que cela peut redistribuer les cartes ? Certains joueurs pourraient avoir plus de mal à s’adapter que d’autres ?

Oui, c’est vrai que certains pourraient avoir du mal. Des joueurs pourraient aimer, et se dire que cela ressemble à des conditions d’entraînement, quand on joue plus relâché. D’autres jouent mieux avec du public, utilisent le public pour se motiver et se surpasser, dans les grands stades. Et pour eux, ce sera compliqué, parce qu’il n’y aura aucun bruit. J’ai vu comment se passent les qualifications. Les joueurs disputent des matches les uns à côté des autres, et il ne se passe pas grand-chose. Il faut rester dans son match, et essayer de se booster soi-même. Parfois, dans des moments difficiles, cela peut aider, d’avoir du public. Et parfois pas. Je vous dirai, après mes matches, si l’absence de spectateurs m’aura aidé ou pénalisé.

Il y a des changements auxquels il faut s’habituer, anecdotiques ou importants ?

Les ramasseurs ne nous donneront plus nos serviettes pendant les matches. On aura des crochets pour les pendre, et il faudra le faire nous-mêmes. C’est un changement mineur. Sinon, il n’y aura pas de juges de ligne, c’est le hawk-eye qui officiera partout. L’arbitre sera sur la chaise, et on suivra les décisions de l’ordinateur. Dès qu’une balle est dehors, c’est comme si un juge de ligne criait, mais c’est une machine qui "criera". Si une balle est proche, un écran affichera l’image, sans qu’on ait à la demander avec un "challenge".

Les loges du Central sont des salons, voire des mini-appartements, et sont habituellement réservées aux vedettes et aux hommes d’affaires. Elles sont "offertes" aux meilleurs joueurs et aux meilleures joueuses, pendant ces deux tournois. Vous avez déjà pris possession de la vôtre ?

Oui, et ils ont eu une super-idée, en faisant cela. Il y a 80 loges, et toutes les têtes de série en ont une. Cela permet d’aller se reposer, de manger là, de regarder les entraînements sur le Central. C’est une ambiance sympa, parce qu’on est les uns à côté des autres, dans sa loge.

Peut-on avoir des ambitions précises, quand on reprend après si longtemps ?

En termes de résultats, non. Mais en termes de niveau de jeu, j’espère que ce sera bon. A l’entraînement, ce n’est pas si mal. Je vais me focaliser sur les points qu’on a travaillés, ou qu’on veut bien faire. C’est comme d’habitude, je vais essayer de faire le maximum.

Il y a beaucoup de forfaits chez les dames. Moins chez les messieurs, dans le top 10. Certains disent que l’US Open sera un tournoi du Grand Chelem dévalorisé. Qu’en pensez-vous ?

Chez les hommes, il n’y a que trois ou quatre joueurs du top 20 qui ne seront pas là. Et les autres se sont préparés à fond. Cela va être un Grand Chelem aussi dur que les autres. Il sera long, il fera chaud, ce sera difficile, comme chaque année. Nadal et Federer ne sont pas là. Cela fait deux gros morceaux qui ne sont pas dans le tableau, mais cela reste très fort. Et chaque match sera compliqué à gagner.

Vous allez rester un petit mois dans votre bulle new-yorkaise. Et après ? Vous avez un programme précis ?

Non, c’est encore compliqué. Cela dépendra de mes résultats à l’US Open. Le passage du dur à la terre battue est assez difficile. Pour le moment, je suis inscrit partout. Mais je ne sais pas encore ce que cela va donner. On ne sait même pas si tous les tournois auront lieu. Il faut faire tournée après tournée, et on verra bien comment se fera le changement de surface. Mais il est certain qu’après l’US Open, l’objectif sera Roland-Garros.

Vous avez la garantie qu’en quittant les Etats-Unis et en rentrant en Europe, il n’y aura pas de quarantaine ?

Normalement oui. Mais on ne sait jamais, ça peut changer tous les jours.

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