Dassault lance son jet Falcon 6X à 47 millions de dollars: l'aviation d'affaires tire son épingle du jeu malgré la crise

Le nouveau Falcon 6X fabriqué par Dassault

© ADRIEN DASTE - AFP

11 déc. 2020 à 16:03 - mise à jour 11 déc. 2020 à 16:29Temps de lecture3 min
Par Philippe Antoine

La famille des avions d’affaires n’en finit pas de s’agrandir : après l’impressionnant ACJ 220 d’Airbus en octobre dernier, capable d’emmener 18 passagers à plus de 10.000 km sans escale, voici le tout nouveau Falcon 6X fabriqué par Dassault et conçu quant à lui pour transporter jusqu’à 16 passagers d’un continent à l’autre grâce à une identique autonomie de 10.000 km.

Proposé au prix catalogue de 47 millions de dollars, ce dernier-né des jets d’affaires est composé de plusieurs pièces fabriquées par la SABCA, telles que l’un des réservoirs ou encore des éléments du fuselage et de la queue, ce qui représente environ une cinquantaine d’emplois au sein de l’entreprise belge.

Le secteur a rapidement rebondi

Dans l’industrie du transport aérien, l’aviation d’affaires est un secteur pas tout à fait comme les autres. Il n’a bien sûr pas échappé aux conséquences du Covid-19, mais alors qu’il n’est pas exagéré de parler de tsunami économique pour l’aviation commerciale qui enregistre des pertes par milliards de dollars, ce secteur très pointu - qui emploie, de façon directe ou indirecte, environ 380.00 personnes en Europe dont 6650 en Belgique – semble avoir rapidement trouvé le moyen de rebondir, avec une nouvelle clientèle.

"Entre les deux confinements, nous avons réalisé en deux mois de temps pratiquement 40% de notre volume annuel habituel" explique par exemple Denis Petitfrère, directeur de la société belge EAPC (European aircraft private club). La compagnie britannique Private Fly précise quant à elle dans son dernier rapport que 44% de ses passagers entre juillet et septembre 2020 étaient des nouveaux clients, soit une hausse de 10% par rapport à l’année précédente. La société ajoute qu’il y a aussi eu une augmentation des vols emmenant des familles ou des animaux domestiques.

Ce public a découvert un moyen de transport, plus abordable que ce qu’il imaginait

 

"La très forte diminution des vols commerciaux a poussé toute une série de gens à faire appel à l’aviation privée pour pouvoir rendre visite à leur famille ou encore pour se déplacer jusqu’à leur résidence secondaire" poursuit Denis Petitfrère, "et ce nouveau public ne connaissait pas forcément l’aviation d’affaires ou n’en avait pas une image qui correspondait à la réalité. Ce public a découvert un moyen de transport, plus abordable que ce qu’il imaginait et surtout nettement plus pratique et efficace, non seulement en termes d’organisation mais aussi en termes de sécurité puisque toute une série de protocoles ont été mis en place, de la désinfection des avions au testing des équipages. Depuis le début de la pandémie, il n’y a pas eu un seul cas de contamination chez EAPC" se réjouit le directeur de la société, qui avance encore un élément pour expliquer l’arrivée de cette nouvelle clientèle : "l’aviation " à la demande " comme nous le faisons permet d’optimiser les déplacements et dans certains cas, en évitant par exemple les nuits d’hôtels, de réduire fortement les coûts mais aussi les risques sanitaires. Dans le contexte actuel, se rendre dans certains pays en n’y restant que quelques heures permet aussi d’éviter une quarantaine".

Cela va-t-il durer ?

Si personne aujourd’hui ne peut répondre avec certitude à cette question, deux éléments méritent d’être soulignés : le possible changement de comportement des passagers – que ce soit en aviation commerciale ou en aviation privée – et les contraintes climatiques. "Il y a toute une série d’entreprises qui envoyaient leur personnel à l’étranger dans des avions d’affaires ", explique Waldo Cerdan, expert aéronautique, "mais suite à la pandémie et à la diminution de l’activité économique et donc la diminution des moyens ou des ressources disponibles, et l’existence d’alternatives qui permettent les visioconférences, il y aura peut-être une influence sur la poursuite ou la reprise de ce genre de vols, cela se vérifiera avec le temps. Mais il y a aussi la contrainte climatique : il est évident que si l’on fait une analyse de l’empreinte écologique de ce genre de vol, si l’on fait un calcul d’émissions de CO2 par passager au kilomètre sur ces avions-là, c’est une aberration écologique. S’il est question à un moment de faire payer les " pollueurs ", cela pourrait devenir une cible. Il faudra donc voir l’évolution à moyen et à long terme".

Les Etats-Unis, très loin devant tous les autres

Pour bien comprendre la différence – abyssale – entre les continents, rien ne vaut un coup d’œil sur le nombre d’avions d’affaires dans le monde : avec 22.000 appareils, les Etats-Unis où le vol en jet privé n’est plus tabou depuis longtemps se situent très loin devant le Brésil (1500) et le Mexique (1450).

En Europe, c’est en Allemagne (780) que l’on en trouve le plus, devant le Royaume-Uni (525) et la France (482). Selon le rapport 2018 de l’association européenne des opérateurs d’aviation d’affaires (EBAA), la Belgique en aurait 76 enregistrés alors que 102 y seraient basés en permanence.

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