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Dany, ce prisonnier français devenu influenceur culinaire !

Tandis que la ganache au chocolat prend tranquillement dans son bain-marie. Dany la lisse d'une main assurée, filme de l'autre. Et pas moins de 30.000 internautes suivent son compte Instagram, Dany Hellz Kitchen, clin d'œil au programme télévisé de G
20 avr. 2021 à 16:00Temps de lecture3 min
Par RTBF TENDANCE avec AFP

La ganache au chocolat prend tranquillement dans son bain-marie. Dany la lisse d'une main assurée, filme de l'autre. Puis coupe une banane, avec un couteau à bout rond, les seuls autorisés en cellule.

30.000 personnes suivent ses vidéos culinaires tournées en cellule

"Pour la pâtisserie, je retourne la plaque chauffante que je pose sur quatre canettes et ça fait un four. Avant j'en avais deux, donc j'avais de quoi faire une cuisson uniforme dite 'en sandwich' mais on me l'a prise, donc maintenant, il faut faire en deux temps et bien maîtriser la chaleur", explique le détenu, qui souhaite s'exprimer sous pseudonyme.

Près de 30.000 internautes suivent son compte Instagram, "Dany Hellz Kitchen", clin d’œil au programme télévisé Hell's Kitchen de l'irascible chef britannique Gordon Ramsay.

La cuisine de Dany est du genre réconfortante, voire un peu décadente. Dans la ligne de la "comfort food" et autres "food hacks", qui inondent les réseaux sociaux.

A son répertoire, des tiramisus XXL, des millefeuilles, des tartes aux fruits de saison. Tajines au poulet et citrons confits, pizzas à la poêle, aubergines farcies, pour le salé.

"On essaie de varier les plats. Après quelques années, la bouffe de prison, c'est trop redondant, c'est toujours les mêmes goûts", dit le cuisinier, qui aime farfouiller dans les recettes du site Marmiton.

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Une bouffée d'oxygène au cœur du milieu carcéral

Ces petites vidéos ouvrent une rare fenêtre sur la vie carcérale. On y retrouve, en fond, les bruit métalliques, le brouhaha viril, la lumière hachée par le grillage de la fenêtre, le froid des murs de béton de sa cellule individuelle.

Elles font aussi prendre conscience de la place accordée à la nourriture et à "l'amélioration du quotidien" dans ce tunnel d'isolement et d'ennui.

"Pour moi, c'est une thérapie : je me lève, j'installe tout mon équipement", dit-il.

"Cela me permet de me concentrer sur quelque chose qui me plaît et qui va plaire aussi à d'autres personnes."

Dany reçoit des commandes et partage avec "ceux avec qui il tourne" en promenade ou avec des codétenus moins bien lotis. "Un petit gars" lui a demandé une "loubia", un plat aux haricots nord-africain. Dany l'a agrémenté d'une salade de poivrons grillés - à même la plaque de cuisson- qui a embaumé toute l'aile de sa prison.

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Les "miracles" de la sauce tomate

Ce détenu soutenu financièrement par ses proches a largement de quoi "cantiner" (acheter à la cantine de la prison) via le catalogue qui donne accès à l'épicerie mise en place par l'Administration pénitentiaire.

Son ingrédient magique, c'est le concentré de tomate, "une excellente base pour plein de sauces différentes". "La cantine, c'est pas à la portée de tout le monde, c'est très, très cher et j'ai beaucoup de chance", recadre le détenu.

Depuis sa prison, Dany a actuellement accès à la "cantine extérieure", les colis envoyés par ses proches. Le dernier contenait une bouteille de sauce soja dont il rêvait pour se lancer dans des nouilles sautées ou des currys.

Auparavant, il était en maison d'arrêt et parvenait à se procurer illégalement des produits au moment du parloir : "J'ai déjà fait rentrer un gigot ou des produits bios", se vante-t-il.

Le défi quotidien : sophistiquer sa gamelle

Et la "gamelle", la nourriture distribuée par l'administration pénitentiaire ? "Je vais prendre les légumes, qui sont souvent cuits à la vapeur et le poisson, les laver, rajouter de l'ail, un filet d'huile d'olive, je vais les retravailler, et complètement les revisiter."

Le détenu draine avec son compte alimenté en anglais une vaste communauté, fascinée par les prouesses culinaires et le ton sulfureux de ce cuistot gangster.

Même si la possession et l'utilisation des téléphones portables sont strictement interdites aux détenus, qui risquent des sanctions disciplinaires si l'administration en découvre la présence dans leurs cellules...

Lui mise sur sa petite notoriété pour "son projet de réinsertion" : "Ketamaoil", une huile culinaire au CBD, "le cannabis légal", insiste-t-il.

A sa libération, espérée dans l'année, son premier repas dehors, il ne veut surtout pas le cuisiner : "Ce sera, je pense, une pizza au feu de bois !".

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