Politique

Dans un lieu tenu secret, le ministre Van Quickenborne se livre à la RTBF : "Nous n’allons jamais abandonner" la lutte contre la mafia de la drogue

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27 sept. 2022 à 17:00 - mise à jour 27 sept. 2022 à 17:09Temps de lecture4 min
Par RTBF

Le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open Vld), placé sous sécurité renforcée depuis samedi a accordé des interviews ce mardi à plusieurs médias, dont la RTBF pour revenir sur les raisons pour lesquelles lui et sa famille font l’objet de cette mesure de protection. C’est visiblement une tentative d’enlèvement fomentée par la mafia de la drogue qui serait à l’origine des menaces encourues par le ministre.

Où se trouve le ministre Van Quickenborne ? Où vit-il avec sa famille. Nous ne le saurons pas. Depuis samedi, le ministre, son épouse et leurs deux enfants de 3 et 6 ans sont placés sous sécurité renforcée. Aujourd’hui, le ministre a tenu à accorder des interviews en visioconférence pour rassurer et informer sur sa situation et pour s’exprimer sur le contexte.

A l’image, le ministre est apparu avec un fond d’écran prétexte : une image de plateau de bureau dans une tour, avec le logo du "Team Justice". "Bien évidemment, je ne peux pas dévoiler où je me trouve pour le moment, pour des raisons de sécurité", précise Vincent Van Quickenborne.

Voici la retranscription de l’interview qu’il a accordée à notre rédaction :

Craignez-vous pour votre sécurité et celle de votre famille ?

"Pour le moment, nous nous portons bien et nous dormons bien. Cela peut surprendre, mais nous ne nous sommes jamais sentis autant en sécurité, grâce au travail remarquable de la police et de nos agents de sécurité".

"En tant que ministre de la Justice, on a du recul. Je travaille sur ces dossiers depuis deux ans, mais pour être sincère, pour ma famille, c’est difficile à saisir. Ils n’ont pas choisi cette situation et c’est un choc. J’ai deux enfants, une fille et un fils de 6 ans et 3 ans. Aux enfants, nous avons expliqué qu’il y avait de méchants bandits qui menacent papa et qu’ils ne doivent pas avoir peur parce que la police nous protège bien".

Quel est le quotidien de votre famille ? Vous êtes enfermés ?

"On connaît cette situation. On a tous vécu le Covid. Je continue à travailler à travailler d’une autre manière. Demain commencent les discussions sur le budget 2023 et je suis bien évidemment les demandes des services de sécurité qui nous donnent des avis et évaluent la sécurité heure par heure".

Qui vous menace ? Des narcotrafiquants ?

"Je ne pense pas qu’il faille chercher bien loin. A partir de novembre 2020, un mois après mon entrée en fonction, tout était sur le pont. Nous avons tout mis en œuvre pour porter un coup dur à cette mafia de la drogue avec le démantèlement du système SKY ECC, le réseau crypté par lequel les criminels de drogue communiquaient. Nous avons pu arrêter 1200 personnes. Des centaines d’entre eux sont dans nos prisons et, grâce à SKY ECC, nous avons pu exposer les réseaux de drogue au plus haut niveau. Cela montre bien que nombre de ces barons de la drogue se cachent à Dubaï entre autres. Nous avons conclu des traités avec des pays pour qu’ils puissent être extradés et rien que l’année dernière, nous avons intercepté pour plus de 13 milliards de drogue à Anvers. Cela démontre l’envergure".

Quel mobile se trouve derrière ceux qui semblent avoir tenté de vous enlever ?

"C’est difficile à dire. L’enquête est en cours. Mais on sait très bien quelles sont les méthodes qu’ils utilisent. Il y a les criminels qui se trouvent en bas pour exécuter et il y a des criminels qui organisent, qui veulent se cacher. Sur le dossier lui-même, je n’ai pas à m’exprimer. J’ai toute confiance dans les services de sécurité, la police, le parquet fédéral qui font un travail remarquable".

Avez-vous fait l’objet de menaces auparavant ?

"J’ai fait l’objet de menaces dans le passé, mais pas de menaces de mort. Je n’aurais jamais pu m’imaginer que ceci allait se développer d’une telle manière".

"Ce qui est important, c’est que nous poursuivions cette lutte avec encore plus de convictions. Nous n’allons jamais abandonner". "Regardez ce qu’ils ont fait en Italie. Ils pensaient aussi là qu’ils ne feraient jamais tomber cette mafia. Des magistrats ont été explosés, des voitures piégées, mais regardez où se trouve l’Italie. Donc moi, j’ai beaucoup de confiance en nos services".

A-t-on sous-estimé la menace des groupes criminels en Belgique ?

"Je pense qu’on est arrivé dans une nouvelle situation. C’est la situation du narcoterrorisme. C’est le monde souterrain, criminel, qui essaie de déstabiliser la société et qui essaye de s’en emparer. Nous avons plus d’enquêteurs que jamais qui y travaillent. Nous avons plus de magistrats que jamais qui y travaillent et nous sommes encore en train de recruter à la police et à la justice. Il y aura un procureur pour le port d’Anvers qui va diriger tout. Nous avons voté une loi importante avant l’été pour sécuriser mieux nos ports. Il y a jusqu’à 20 ans (ndlr de prison) pour le personnel portuaire qui se laisse berner par ces criminels. On a fait voter avant l’été des traités importants, notamment avec Dubaï, pour extrader ces criminels de drogue. Et il y a encore beaucoup de mesures que nous avons déjà prises et que nous sommes en train d’exécuter. C’est une lutte qu’on mène depuis le début de ce gouvernement avec beaucoup de convictions".

La gravité de la situation amène-t-elle à réévaluer les moyens de la police et de la justice ?

"On a déjà pris beaucoup de décisions importantes, notamment ma collègue de l’Intérieur, pour renforcer la police judiciaire fédérale, pour renforcer la police portuaire. On a eu une réunion avec les bourgmestres des villes les plus importantes de notre pays, il y a deux semaines, sous la présidence du Premier ministre. Là aussi, on a pris des décisions. Donc, tout est sur la table. On est en train de l’exécuter et pour moi, c’est le plus important".

Vos activités ministérielles et privées sont annulées. Les criminels n’ont-ils pas gagné ?

"Non, pas du tout. Je continue à travailler, encore avec plus de convictions, mais d’une autre manière. Ce soir, au moment où nous parlons, il y a une importante réunion à Anvers sur la sécurité de nos ports, contre la drogue et normalement, j’y participais. Mais tous les partenaires sont présents, la police, la justice, les autorités portuaires, les armateurs, les entreprises portuaires avec plus de 300 personnes et nous venons d’adopter une loi importante avant les congés pour rendre plus difficile aux criminels de passer la drogue par le port. Les pourparlers pour le budget 2023 vont commencer demain et j’ai encore discuté avec le Premier ministre. Donc, non, le travail continue. Ils n’ont rien gagné".

Quel est votre état d’esprit ? Et celui de vos proches ?

"Soyons clairs. Dans notre état de droit, nous ne plierons jamais devant la violence, jamais. Plus que jamais, nous allons mener cette bataille. C’est ne bataille que nous menons avec tout ce gouvernement Vivaldi, avec le Premier ministre en tête, mais aussi avec la collègue Annelies Verlinden à l’Intérieur, avec Vincent Van Peteghem aux douanes, avec le collègues Pierre-Yves Dermagne sur l’économie et la protection de nos ports. Ensemble, avec les services de la police et de la justice, j’ai vu énormément de gens talentueux qui sont engagés dans cette lutte. Nous n’allons jamais plier, jamais".

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