Dans son testament, Mohamed Abrini dit à sa mère: "Ne sois pas triste pour le 13 novembre"

Mohamed Abrini a confié son testament à un ordinateur. L'image qu'il donne est très différente de celle qu'il présente à la police.
18 mai 2016 à 15:57 - mise à jour 18 mai 2016 à 15:57Temps de lecture2 min
Par Fabrice Grosfilley et Patrick Michalle

C'est intéressant un ordinateur. C'est ce qu'ont dû penser les enquêteurs en retrouvant un ordinateur portable dans une poubelle à proximité de l'avenue Max Roos à Schaerbeek, la planque où les kamikazes du 22 mars avaient préparé la bombe qu'ils allaient faire exploser à l'aéroport de Bruxelles.

De cet ordinateur on avait déjà appris que les policiers avaient pu extraire un premier testament sous forme de fichier audio. Ibrahim El Bakraoui y expliquait "être dans la précipitation, ne plus savoir quoi faire",  et "ne plus être en sécurité",  indiquant qu'il allait passer à l'acte plutôt que de terminer sa vie dans sa cellule. Le procureur Frédéric Van Leeuw avait confirmé l'existence de documents audio lors une conférence de presse.

En poussant l'analyse de la machine, les informaticiens de la police ont pu exhumer un second testament. Il s'agit d'un fichier texte cette fois-ci, attribué à Mohamed Abrini. Celui-ci se trouvait dans les fichiers théoriquement supprimés. Son existence, révélée par la chaîne française BFM TV nous a été confirmée à bonnes sources, même si le parquet fédéral se refuse à tout commentaire. Selon les informations recueillies par la RTBF, ce qui ressemble à un projet de lettre n'est pas signé du nom d'Abrini, mais d'un pseudonyme.

La France qui a "pris la tête de la croisade"

Le document, sous format Word, comporte deux pages. L'auteur, qui s'adresse à sa mère, annonce que d'autres documents suivront pour son père et ses frères et sœurs et commence par ces mots :  "Je te demande pardon pour tout le mal que je t'ai fait".  Il évoque la mort de son frère "quand il est tombé en martyr, je n'ai eu que le désir de le rejoindre" et se dit fier d'avoir prêté allégeance à l'Etat Islamique.

Il approuve les attentats de Paris : "Ne sois pas triste pour ce qui s'est passé le 13 novembre, ce n'est que le châtiment d'Allah" et détaille sa haine de la France, "ils vont regretter ces chiens ennemis d'Allah d'avoir pris la tête de la croisade". L'auteur conclut en demandant à sa mère de retourner aux fondamentaux de sa religion : "Etudie, prends soin de toi, sois forte, qu'Allah te récompense"

Un testament en décalage avec l'image de "l'homme au chapeau"

Ecrit le 2 février 2016, un mois et demi avant les attentats, ce testament est donc en complet décalage avec l'image que "l'homme au chapeau" tente de donner de lui-même depuis son arrestation. Celle d'un suiveur qui n'avait jamais eu l'intention de mourir en martyr. Celle qu'il tente de vendre aux enquêteurs lors de ses premiers interrogatoires.

C'est intéressant un ordinateur. Parce que ça a de la mémoire. Parfois plus qu'on ne pourrait le penser.

Le testament d'Abrini

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