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Littérature

Dans son nouveau roman "Anéantir", Michel Houellebecq se fait l'oracle de notre époque

L'auteur Michel Houellebecq lors du 67e Festival international du film de Saint-Sébastien le 25 septembre 2019 à Saint-Sébastien, en Espagne.

La campagne présidentielle 2027, au terme d’un deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron, dans une France "en déclin", permet à Michel Houellebecq dans son huitième roman, "Anéantir", de se faire l’oracle de notre époque.

Cette longue fiction (736 pages) du romancier français le plus influent au monde, à paraître le 7 janvier, ne devrait pas manquer de susciter exégèses et débats politiques.

Houellebecq avait prouvé, notamment avec "Soumission" en 2015, qu’il adore l’anticipation, en imaginant l’élection d’un président de la République musulman. Sa sortie avait coïncidé avec l’attentat commis par deux djihadistes contre Charlie Hebdo, qui a fait 12 morts.

Pour lire un extrait de "Soumission"

Jamais nommé dans "Anéantir", Emmanuel Macron est bien reconnaissable quand une conseillère en communication le qualifie de "magnifique animal politique", toujours sémillant "depuis le début de sa fulgurante ascension".

Il a dirigé un pays "en déclin", miné par les inégalités, la mort lente des petites villes et des campagnes, et un chômage persistant. "Le décalage entre les classes dirigeantes et la population avait atteint un niveau inouï", s’alarme le narrateur.

En 2027, la gauche n’existe que difficilement, le Rassemblement national est toujours fort au premier tour mais en peine au second, et la personne d’Éric Zemmour n’attire que haine ou admiration. Autant d’éléments qui rappellent 2022.

"Anéantir" s’intéresse à un tandem au cœur de cette campagne, le ministre de l’Économie Bruno Juge, et son conseiller spécial Paul Raison.

Cet homme de 49 ans, serviteur de l’État et de la majorité présidentielle, d’humeur égale bien qu’enfoncé dans une crise conjugale sans fin, désabusé par son propre fatalisme et son goût conscient du confort bourgeois, sera le protagoniste du roman.

Le personnage de Bruno Juge, "probablement le plus grand ministre de l’Économie depuis Colbert", rappelle quant à lui un certain Bruno occupant les mêmes fonctions, Bruno Le Maire.

Le "vrai" ministre est un ami personnel de l’écrivain, se disant "très lié" avec lui. Fin octobre, il avait révélé devant un parterre d’industriels que le roman à venir défendrait l’industrie.

Question de la mort

C’est en effet l’un des thèmes d'"Anéantir", à son début surtout, où est louée l’action de Bruno Juge, par exemple "son succès le plus impressionnant": redresser la marque automobile Citroën, nationalisée de fait et réorientée vers le haut de gamme.

Autres oracles : à la télévision Cyril Hanouna a disparu, victime d’une sombre affaire judiciaire, et Michel Drucker a enfin pris sa retraite. Jean-Marie Le Pen est toujours en vie, à près de 99 ans, et sa fille Marine laisse la place à plus jeune qu’elle pour cette présidentielle 2027. Le réchauffement climatique rend les étés très longs. Le terrorisme islamiste est bien moins menaçant sur le territoire français, et d’autres mouvements l’ont supplanté dans la violence politique.

Mais "Anéantir", qui sortira en pleine résurgence de l’épidémie de Covid-19, est surtout un grand roman sur les questions de santé, de médecine et de fin de vie.

Le Covid a-t-il été vaincu en 2027, ou n’est-ce plus qu’un virus dont on ne parle jamais, comme la grippe ? Le mot n’apparaît pas une seule fois.

Le narrateur, positionné en surplomb, est travaillé par la question de la mort dans nos sociétés occidentales : comment nous la repoussons, comment nous vivons celle de nos proches, comment nous appréhendons ce qui viendra après elle. Houellebecq y plaide une fois de plus contre l’euthanasie.

Ces sujets finissent par rattraper un Paul Raison qui s’était contenté de vivre sans foi, sans interrogation spirituelle, et qui ressent le vide laissé par l’effondrement du christianisme. Ils offrent au roman une fin sublime, lyrique, où s’efface l’intrigue politique.

"Cette mort solitaire, plus solitaire qu’elle ne l’avait jamais été depuis les débuts de l’histoire humaine, avait récemment été célébrée par les auteurs de différents ouvrages de développement personnel", déplore-t-il.

"Anéantir" est imprimé à 300.000 exemplaires.

Pour plus d’informations sur le livre "Anéantir" de Michel Houellebecq

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15 oct. 2021 à 12:20
1 min

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