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Littérature

Dans la littérature érotique féminine, le cliché du millionnaire vend

Ce roman en trois tomes signé de la Polonaise Blanka Lipinska s'est vendu à 1,7 million d'exemplaires en version originale.

Le châtelain dans "Histoire d’O", le patron milliardaire dans "Cinquante nuances de Grey", et maintenant le richissime mafioso dans "365 jours": dans la littérature érotique écrite par des femmes, le cliché de l’amant archifortuné vend bien.

Baigner dans le luxe

"Histoire d’O" de la Française Pauline Réage, devenu un classique de la littérature, racontait aussi, en 1954, que René puis "Sir Stephen" baignaient dans le luxe.

Quant à Christian Grey, le dominateur de la trilogie dont la Britannique E.L. James a vendu des millions d’exemplaires, il contrôle selon Forbes une fortune de 2,5 milliards de dollars. Le sixième et dernier tome de ses aventures, "Freed", où il épouse Ana Steele, sort le 1er juin en anglais.

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On pourrait multiplier les exemples. Depuis "Emmanuelle" de la Française Emmanuelle Arsan, où le mystérieux Mario navigue dans le milieu des riches expatriés de Bangkok, au "Beautiful Bastard" ("beau salaud") de l’Américaine Christian Lauren, pseudonyme de deux autrices, encore un homme d’affaires qui a réussi.

Blanka Lipinska elle-même s’est expliquée, dans Oprah Magazine, sur son personnage masculin. "Quand j’ai écrit le livre, j’avais vraiment besoin de quelqu’un qui se chargerait de tout pour moi. […] Je me disais : ce serait tellement bien d’avoir un homme fort qui me dirait quoi faire".

"Fort", donc vigoureux, sûr de lui, et doté de gros moyens financiers. Le portrait rappelle celui du "mâle alpha" dépeint par une biologiste allemande, Meike Stoverock : dans la théorie controversée de cette chercheuse, ces hommes-là, un sur cinq selon elle, attirent sexuellement toutes les femmes ou presque.

J'essaie d'être un mâle alpha mais c'est dur -Tanguy Pastureau maltraite l'info

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Au restau en hélicoptère

"Christian Grey, ce n’est même plus un cliché, c’est ubuesque. Il dirige une entreprise avec des milliers d’employés mais il a le temps pour des séances de SM à n’importe quelle heure, il va au restau en hélicoptère…", remarque Olivier Bessard-Banquy, professeur de lettres à l’université Bordeaux Montaigne.

"Ces livres relèvent du schéma archétypal du roman Harlequin. Le cahier des charges, c’est une femme de milieu modeste et un homme charismatique, puissant. Ils ne devaient pas se rencontrer. Ils ne se comprennent pas. Ils ont une relation intense, qui renverse tout. Et à la fin ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Mais la nouveauté, dans les attentes des lecteurs, des lectrices surtout, est que le sexe intense doit intégrer ce récit", ajoute-t-il.

Un éditeur parisien spécialisé en littérature érotique, La Musardine, tente d’éviter le cliché.

"On ne joue pas du tout dans la même cour. Chez nous ce sont des tirages de 1500, 2000 exemplaires", souligne la gérante, Anne Hautecoeur (contre un total de 350.000 pour les trois tomes de "365 jours").

Pour elle, "la classe sociale n’est pas l’enjeu dans la littérature érotique. Dans le meilleur des cas cette question est gommée, et surtout nos auteurs femmes inventent les personnages masculins les plus divers".

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