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Dans "France", Léa Seydoux prend l'antenne et vend son âme

Dans "France", Léa Seydoux prend l'antenne et vend son âme

L'info en continu prise à son propre piège : dans "France", qui sort le 27 octobre dans nos salles, Léa Seydoux incarne une journaliste vedette de la télé dans une caricature au trait forcé qui pointe les écueils d'un métier mal aimé.

Dans le film, signé Bruno Dumont, France de Meurs est la présentatrice et reporter vedette d'une chaîne d'info, baptisée "i" - toute ressemblance avec une chaîne ayant existé n'est probablement pas fortuite. Micro en main, France est sur tous les terrains, enchaînant les reportages dans lesquels elle se met en scène, de l'Elysée à une rencontre avec des combattants anti-Daesh au Sahel.

Son omniprésente assistante Lou, incarnée avec brio par l'humoriste Blanche Gardin, représente sa part du diable: obsédée par l'image sur les réseaux sociaux, cynique, insensible, elle considère que tous les moyens sont bons pour accéder à la gloire journalistique. Fred, l'époux de France (Benjamin Biolay), écrivain, balade son spleen existentiel.

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L'affiche de "France" avec Lea Seydoux, Blanche Gardin et Benjamin Biolay.

Sous son vernis d'arriviste sans foi ni loi, prête à tout pour briller, France navigue entre les deux personnages.

Côte farce, "France" en fait des tonnes sur les dérives du journalisme, avec une reporter qui fait prendre tous les risques à ses techniciens, met en scène ses reportages et se pousse du col lors d'une première séquence drolatique en conférence de presse face à Emmanuel Macron.

Mais il se veut aussi une réflexion sur les contradictions d'un métier qui, selon le réalisateur, résume notre société: "Les journalistes sont des spécimens très intéressants de la modernité", a-t-il expliqué à Cannes à l'AFP. "Le journaliste a une mission héroïque de vérité et est embarqué dans une industrie qui a besoin de rendement. C'est un conflit absolument irrésolu et qu'on ne peut pas résoudre".

Les larmes de Léa Seydoux

Pour France, qui évolue dans un univers parallèle, entre ses reportages et son appartement somptueux de la Place des Vosges, les choses commencent à se troubler lorsqu'elle renverse un scooter. Pour la première fois, face au jeune homme qu'elle a blessé, le vernis semble craquer.

Personnage complexe, France choisira-t-elle entre son métier et ses principes? Léa Seydoux, omniprésente à l'écran où elle fond souvent en larmes, est "une vraie héroïne" interprétée par une actrice "magnifique, sensible à ce qu'elle fait", se félicite Bruno Dumont qui a écrit le film pour elle.

"Il y a quelque chose de très humain chez elle, une espèce de coexistence entre la turpitude et la grâce". En reportage avec des migrants, elle va risquer sa peau, puis se filmer au milieu d'eux comme perdue en pleine mer… avant de rejoindre le bateau de son équipe qui navigue à côté.

Bruno Dumont, cinéaste volontiers burlesque, dont les derniers films tenaient de l'Ovni, comme son œuvre en deux parties sur Jeanne d'Arc, livre cette fois un cinéma un peu plus grand public, dont la bande originale est signée Christophe, mort en avril 2020. Mais il assure toujours se méfier des solutions de facilité et des leçons de morale.

"Je ne tape pas sur les médias, je ne suis pas débile", souligne le réalisateur qui entend par contre pointer le "dilemme" dans lequel se retrouveraient les journalistes, "une espèce de culpabilité" entre l'activité "très noble du journalisme" et ce qui est "corrompu par l'industrie".

France, elle, ne "cherche pas l'idéal, mais persévère dans ce qu'elle fait. Elle retourne faire son métier et se dit "je vais faire de mon mieux". Si déjà les gens faisaient ça, ce serait très bien", poursuit le cinéaste de 63 ans.

La critique d'Hugues Dayez sur le film

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