Environnement

Dangers des eaux contaminées au tritium à Fukushima : "Il y en a 500 fois plus en Mer du Nord !"

Fukushima : dangers des eaux contaminées au tritium (O. Boulenc - LP 05/07/23)

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Par Olivier Boulenc

Depuis la catastrophe nucléaire de 2011, le Japon doit gérer la centrale de Fukushima-Daiichi. À l’époque, un séisme de magnitude 9,1 avait provoqué un tsunami. La vague, haute de 15 mètres, avait provoqué la fusion des cœurs des réacteurs. Le site est désormais à l’arrêt et sous haute surveillance, son démantèlement est prévu sur quarante ans.

Dans le même temps, il faut continuer de refroidir sans discontinuer les réacteurs pour éviter qu’ils ne reprennent feu. Pour cela, il faut beaucoup d’eau. Cette eau doit être relâchée dans l’océan les jours prochains. Faut-il s’en inquiéter ? Vincent Massaut, directeur émérite au centre d’étude nucléaire à Mol a répondu à nos questions.

Pourquoi rejeter l’eau contaminée maintenant ?

C’est très simple : c’est parce qu’il y a un stockage extrêmement élevé d’environ 1,3 million de mètres cubes d’eau et les zones de stockage arrivent à saturation. Il faudrait en reconstruire et étendre les zones existantes. Or, cela n’a pas beaucoup de sens. Cela fait plus d’un an que le gouvernement japonais et TEPCO (l’exploitant de la centrale) ont l’intention de rejeter l’eau dans l’océan Pacifique pour résoudre ce problème de stockage. Les centaines de grands réservoirs qui stockent l’eau ne suffisent plus, la solution la plus simple est donc de rejeter peu à peu cette eau contaminée au tritium dans l’océan.

Qu’est-ce que le tritium ?

C’est un isotope de l’hydrogène ! Chimiquement, c’est exactement la même chose que l’hydrogène qui est un constituant de l’eau. Le tritium est le même élément chimique mais il a deux noyaux en plus. Ses propriétés physiques et radiologiques sont donc un peu différentes. C’est un élément légèrement radioactif.

Ce qu’il faut savoir, c’est que le tritium est aussi produit naturellement : il se crée grâce aux rayonnements cosmiques dans la haute atmosphère. Il retombe ensuite avec la pluie sur la terre.

Le tritium est aussi produit dans les centrales nucléaires et il est habituel qu’il soit relâché dans la mer. C’est en fait dans les années 50 et 60 que le plus de tritium a été relâché dans la nature, lors des essais atomiques des Américains et des Soviétiques durant la guerre froide. Heureusement, le tritium a ses atomes radioactifs qui disparaissent de moitié tous les treize ans. Le tritium des années 50 a donc quasiment totalement disparu !

Il n’y a donc pas de danger comme le dit l’AIEA ?

En effet, je pense qu’il n’y en a pas. On rejette du tritium dans la nature depuis très longtemps en Europe et on le fait à des niveaux beaucoup plus importants que ce qui est prévu à Fukushima ! Par exemple, l’usine de retraitement de la Hague en Normandie remet dans l’eau de la Manche et en Mer du Nord 500 fois plus de quantité de tritium ! Il y a évidemment un suivi scientifique complet des effets sur la faune marine et les écosystèmes. Ces études ont prouvé qu’il n’y a pas d’influence mesurable. Aux abords des côtes françaises et belges, on arrive chaque fois aux limites de détection des appareils.

Vue de l’usine de retraitement de combustible nucléaire de la Hague, dans la Manche, France.
Vue de l’usine de retraitement de combustible nucléaire de la Hague, dans la Manche, France. © Getty Images

Il ne faut donc pas voir ce qu’il se passe au Japon comme quelque chose d’extraordinaire : c’est une goutte d’eau de tritium qui va être rejeté dans l’océan Pacifique. Il faut aussi se rappeler que la radioactivité zéro n’existe pas : nous sommes tous radioactifs ! Dans l’eau, il y a aussi toujours un peu de radioactivité et c’est tout à fait normal.

Sujet de notre JT de ce mercredi

Japon: eau de Fukushima rejetée dans l océan

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Les pêcheurs japonais et coréens s’inquiètent, le prix du sel s’envole : doit-on craindre une contamination de la nourriture ?

Non, je ne pense vraiment pas. Encore une fois, en Europe, nous ne constatons aucune contamination des poissons. L’augmentation du prix du sel en Corée est une réaction qui est politique. La dilution dans l’océan est tellement forte et ce qui reste de tritium est tellement petit que les risques de contamination de la nourriture sont proches de zéro. En revanche, l’impact psychologique peut être plus grand. Il faut expliquer aux pêcheurs et aux gens qui vivent le long des côtes de quoi il s’agit. Dans le détail, un réacteur rejette 0,03 gramme de tritium par an, ce n’est quasiment rien. À Fukushima, ce seront 70 milligrammes qui seront rejetés dans l’océan. En fait, Il faudrait qu’une personne boive des milliers de litres d’eau avec du tritium pour constater un effet sur sa santé. Heureusement, les baignades ne craignent rien non plus, que ce soit au Japon… Comme en Normandie ou sur nos plages d’ailleurs !

SEOUL, COREE DU SUD – 5 juillet : Un poissonnier découpe des filets de poisson sur le marché aux poissons de Noryangjin le 5 juillet 2023 à Séoul, Corée du Sud.
SEOUL, COREE DU SUD – 5 juillet : Un poissonnier découpe des filets de poisson sur le marché aux poissons de Noryangjin le 5 juillet 2023 à Séoul, Corée du Sud. © Getty Images

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