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Danemark : une ex-ministre en procès de destitution pour avoir séparé des couples de migrants

Inger Støjberg, l’ex-ministre danoise en charge de l’immigration, à son arrivée jeudi au tribunal à Copenhague.

© Martin Sylvest – AFP

04 sept. 2021 à 12:03Temps de lecture3 min
Par Myriam Baele

Un procès historique a commencé cette semaine à Copenhague. Une ex-ministre, Inger Støjberg, fait face à une procédure de destitution, un événement rare au Danemark : cela ne s’était plus produit depuis 25 ans.

Les audiences dureront 36 jours, avec 26 juges. Il s’agit d’une cour spécifiquement prévue pour juger des membres ou d’anciens membres de gouvernements.

Et c’est une pointure de la politique danoise qui a pris place sur le banc des accusés cette semaine. Inger Støjberg, visage du parti libéral danois (Venstre), plusieurs fois ministre. Lors de son dernier mandat ministériel de 2015 à 2019, elle détenait le portefeuille de l’immigration et l’intégration dans un gouvernement de centre droit soutenu par les nationalistes du Parti populaire danois. Elle était en charge de l’immigration et de l’intégration.

Elle avait alors adopté de nombreuses restrictions du droit des étrangers. Et c’est l’une de ces mesures qui l’amène aujourd’hui face à la justice.

Séparer les couples quand un conjoint est mineur d’âge

Inger Støjberg a décidé en 2016 de faire séparer systématiquement, à leur arrivée, les couples de migrants dont l’un des conjoints était mineur d’âge.

23 couples, surtout des Irakiens ou des Syriens fuyant la guerre, ont ainsi été physiquement séparés en 2016, l’homme et la femme étant dirigés vers des centres différents pour demandeurs d’asile, sans que leur dossier ne soit examiné. La présence d’enfants n’était pas prise en compte ni la différence d’âge des conjoints, faible dans la majorité des cas.

Inger Støjberg défend son initiative en expliquant que maintenir ces couples ensemble signifierait que le Danemark tolère plutôt que combat le mariage d’enfants sur son territoire.

"Imaginez que vous arriviez dans un pays comme le Danemark, un pays de parité, en tant que jeune fille victime d’un mariage forcé, et que vous découvriez qu’au lieu de vous donner la possibilité de rompre votre mariage forcé, l’État vous y force en vous logeant ensemble dans un centre d’asile", avait-elle plaidé face au Parlement danois.

Le Parlement qui avait néanmoins voté en faveur de cette procédure de destitution : 139 des 179 députés avaient voté pour qu’elle comparaisse. Le caractère systématique de ces séparations, sans examen de la situation particulière des familles avait choqué, y compris au sein de sa propre famille politique libérale.

La cour va devoir estimer si l’ex-ministre a ainsi enfreint la loi danoise et la Convention européenne des droits de l’homme.

Début du procès d'une ex-ministre danoise à Copenhague ( le 2 septembre)

Début du procès d'une ex-ministre danoise à Copenhague, (2 septembre)

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Une mesure parmi 100 autres

Cette mesure est un exemple de la centaine de restrictions aux droits des étrangers décidées par Inger Støjberg au cours de son mandat ministériel, avec une volonté assumée de porter un message : "Ne venez pas au Danemark, votre vie n’y sera pas facile".

Inger Støjberg avait ainsi obtenu en 2016 le vote d’une loi qui permettait de saisir des biens de migrants pour leur faire financer une partie de leur prise en charge. Elle avait allongé la durée des procédures de regroupement familial. Elle avait opté également pour qu’une centaine de migrants jugés indésirables, des demandeurs d’asile déboutés mais ne pouvant pas être renvoyés dans leurs pays ou des personnes avec un casier judiciaire, soient envoyés sur la petite île isolée de Lindholm, ce qui revenait à les couper de la société.

Elle avait aussi fait polémique en déclarant que les musulmans qui font le ramadan peuvent représenter un danger pour la société danoise et devraient suspendre leur travail le temps du jeûne.

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En mars 2017, Inger Stojberg célébrait sur sa page Facebook ses 50 premières restrictions des droits des migrants, une photo qui avait fait scandale.

Au fil de son mandat à l’immigration, Inger Støjberg a ainsi amorcé plus d’une centaine de restrictions. Ce qu’elle avait célébré à mi-parcours en posant derrière un gâteau d’anniversaire. Cette photo, publiée sur sa page Facebook en mars 2017, avait à la fois fait scandale et le buzz.

Sortie du parti libéral, mais pas de vie publique

Cette procédure en destitution pour la séparation des couples pourrait empêcher Inger Støjberg de se représenter aux élections. Elle encourt également une amende et théoriquement une peine de prison.

Aujourd’hui elle a quitté le parti libéral où elle avait jusqu’ici fait carrière.

Mais même si la cour lui retirait la possibilité de se présenter aux élections, ce ne serait pas pour autant la fin de sa vie publique. Ses réseaux sociaux et son site internet en témoignent : Inger Støjberg fait feu de toutes les polémiques que son mandat a semées. Elle relaye et commente des articles de presse qui la ciblent. Et depuis l’ouverture du procès cette semaine, qu’elle qualifie elle-même d'"historique", elle produit une vidéo de commentaire pour chaque jour d’audience, façon chroniqueuse depuis le banc des accusées.

Son site internet appelle aux dons de soutien. Sa page Facebook compte 191.000 abonnés. Perdre son accès aux listes électorales n’impliquerait pas la perte ce poids politique qu’elle a et qu’elle entretient.

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