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D'anciennes cellules de prison de la gestapo dans une école de Tournai

01 oct. 2021 à 16:17Temps de lecture3 min
Par Sophie Mergen

"Une école, c'est un lieu de vie. C'est interpellant de se dire que durant la guerre, les caves de cette-même école étaient un lieu de mort". 

Toute la symbolique du lieu est résumée en une seule phrase, lâchée au détour d'un cours d'histoire par une élève. Il y a encore quelques années, tout le monde ou presque ignorait que les sous-sols de l'Athénée Royal Robert Campin à Tournai avaient été le théâtre d'un pan sombre de l'Histoire. 

Qui aurait cru que les caves de cette école étaient à l'époque des cellules de la gestapo? Qui aurait cru que, durant la seconde guerre mondiale, les nazis enfermaient les résistants dans cette prison de transit? 

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La plupart des élèves l'ignoraient. Mais, emmenés par leur professeur d'histoire, ils découvrent ces lieux chargés de mémoire avec une émotion palpable. Sur les murs, une cinquantaine de mots écrits ou gravés par les résistants : "Mon cher amour, où es-tu?"  ; "Partir, c'est mourir un peu, c'est mourir à ce qu'on aime". 

Ces traces du passé sont la preuve irréfutable de la détention des résistants dans ces caves. 

"Ca fait froid dans le dos. Il y a des griffes partout sur les murs. Chaque mot est touchant. Ca montre que les résistants étaient dans le désespoir total dans ces cellules" dépeint Kévin, élève de rhéto. 

"C'est très impressionnant de se retrouver dans cet endroit où beaucoup de choses se sont passées" décrit Gaby. "Voir les mots qu'ils ont laissés sur les murs, c'est choquant. Je n'ai même pas les mots. Cela m'atteint", ajoute Marie. "Imaginer ce qui s'est passé pour eux, comment ils ont dû vivre ça, c'est vraiment un sentiment très particulier", raconte Arthur.

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Juste au-dessus des caves, les cris joyeux des enfants de l'école maternelle résonnent. Un contraste saisissant. "Ca fait un choc de se dire que des enfants de 5-6 ans jouent et apprennent au-dessus de cellules où s'est passée l'horreur. C'est inimaginable", raconte Kévin. 

De quoi accroître la motivation des élèves à mener un projet pédagogique autour de ce lieu. "C'est important qu'on sache tous, qu'on connaisse notre histoire", expliquent les élèves unanimement.  

"Ces lieux dégoulinent de mémoire et de souffrance" dépeint Benny Heyte, professeur d'histoire à l'origine du projet. "Les élèves sont touchés car ce sont des traces visuelles. C'est le béaba d'un cours d'histoire. Ca m'évite des semaines voire des mois de cours car en visitant ces lieux, les élèves prennent bien conscience de ce qui s'est passé durant la Seconde Guerre mondiale". 

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Pour transmettre cette mémoire aux générations futures, les élèves ont créé des panneaux commémoratifs, placés au sein de l'école. Ils ont également partagé leur ressenti avec Guy Derasse, vice-président de la Confédération nationale des prisonniers politiques et ayants droit de Belgique. Des moments chargés d'émotion. Guy Derasse est lié de très près à l'histoire de ces lieux.

"J'ai enseigné durant dix ans à l'école au coin de la rue. Je ne savais pas qu'il y avait des cellules ici. Je ne l'ai appris qu'il y a deux ou trois ans, via le médecin scolaire. En fouillant dans les archives, j'ai ensuite compris que mon papa était passé par ces cellules. Il a été arrêté par la gestapo sur dénonciation. C'est très émouvant pour moi de revenir dans ces cellules où a été détenu mon père", dépeint Guy Derasse. 

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Pour que les élèves de l'Athénée Royal Robert Campin n'oublient jamais, un arbre a été planté dans la cour de récréation. "Il faut montrer ce qui s'est passé et faire taire ceux qui nient" soutient Arthur, élève de rhéto. "En réalisant ce projet, on fait taire le négationnisme" ajoute Marie.

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"C'est aussi leur montrer qu'il faut oser dire non, ne pas suivre la masse, ne pas suivre un leader charismatique. Oser aller à droite quand tout le monde va à gauche ou à gauche quand tout le monde va à droite, avec bien sûr des raisons louables et  démocratiques", ajoute Benny Heyte, leur professeur d'histoire. 

Avec l'aide du graffeur Kufi San, les élèves ont réalisé une énorme fresque colorée sur le mur situé à l'entrée de l'école. On peut y lire ces mots : "Souviens-toi". Un message directement adressé aux générations futures. 

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