La 113ème édition de Milan-Sanremo s’annonce prometteuse. Malgré les absences et forfaits qui s'accummulent, la liste des candidats à la victoire est très importante. Du pur au sprinteur au puncheur, en passant par un certain grimpeur slovène, des coureurs aux profils bien différents sont persuadés de pouvoir lever les bras sur la via Roma. En aperitivo à la Primavera, on distribue les étoiles et on dresse la liste des favoris.

Les absents : Stuyven, Alaphilippe, Colbrelli, etc.

Avant de se lancer dans le (très aléatoire) jeu des pronostics, voici déjà quelques coureurs qui ne gagneront pas. Une épidémie de maladies traditionnelles se promène dans le peloton depuis quelques semaines et fait des dégâts. À commencer par le vainqueur sortant. Jasper Stuyven, malade, ne pourra pas prendre le départ. 

Julian Alaphilippe fait aussi partie des victimes. Le champion du monde a contracté une bronchite sur les routes de Tirreno-Adriatico, il ne prendra pas le départ.

La bronchite a aussi frappé sur Paris-Nice puisque Sonny Colbrelli avait quitté la course au soleil au lendemain de la 1ère étape. L’Italien n’est toujours pas remis et doit lui aussi renoncer. Tout comme le Belge Oliver Naesen (2ème en 2019).

Ce retour soudain des maladies non-COVID sème le trouble dans le peloton et crée une certaine forme d’incertitude. D’ici samedi, d’autres coureurs pourraient malheureusement développer des symptômes et faire une croix sur le premier Monument de la saison.

Autre coureur italien absent : Matteo Trentin. L’équipier de Tadej Pogacar avait chuté sur les routes de Paris-Nice, il n’est pas encore prêt à reprendre la compétition.

★★★★★ : Wout van Aert et Tadej Pogacar

Après analyse de la liste des inscrits, deux coureurs méritent largement les cinq étoiles et donc le statut de 'super favorito' : Wout van Aert et Tadej Pogacar.

Le champion de Belgique réunit toutes les qualités cyclistes pour remporter cette course. Wout possède le punch et l’explosivité pour passer les capi, voire y attaquer. Et en cas d’arrivée groupée sur la via Roma, il peut aussi miser sur son sprint. Même si la dernière édition de Paris-Nice a montré qu’il était, en ce moment, moins concret dans cet exercice.

Mais van Aert n’a théoriquement pas encore atteint son pic de forme. Il a annoncé la couleur en début d’année, son objectif est d’arriver à 100% entre le Tour des Flandres et Paris-Roubaix. Sa condition du moment lui a tout de même permis de dominer et enlever le Circuit Het Nieuwsblad et de briller sur Paris-Nice. Dans la dernière étape, sur les pentes du col d’Eze, Woutje a été très impressionnant sur les pourcentages les plus faibles, similaires à ceux du Poggio. En activant le mode rouleau compresseur, il était même à deux doigts de sortir Primoz Roglic de sa roue !

Autre élément en faveur du champion de Belgique : son équipe. Avec des garçons comme Christophe Laporte et Tosh Van der Sande (Tiesj Benoot ne sera pas là), van Aert pourra compter sur du soutien. Primoz Roglic sera lui aussi au départ et il a promis d’enfin renvoyer l’ascenseur à Wout.

Dernière donnée d’importance : l’expérience. Wout van Aert sait comment gagner et perdre Milan-Sanremo. Il avait remporté la chaude édition de 2020 (exceptionnellement organisée à cause du COVID) et s’était classé 6ème en 2019 et 3ème l’an dernier.

À côté de Wout van Aert, nous plaçons donc Tadej Pogacar. Le turbo phénomène slovène va participer à sa deuxième Classicissima, en 2020 il s’était classé 12ème. Il arrive sur ce premier Monument de la saison avec un moral gonflé à bloc. Depuis le début de l’année, rien ne lui résiste. Pogacar fait quasiment du 100% puisqu’il a participé à trois courses en 2022 et les a toutes gagnées : le Tour des Émirats, Strade Bianche et Tirreno-Adriatico.

Aussi affamé sur les courses d’un jour que sur les épreuves à étapes, Tadej devra, lui, tout miser sur son explosivité dans les capi. Les dernières courses ont confirmé qu’il aimait partir de loin, Pogacar pourrait donc très bien lancer les hostilités dès la Cipressa. Il pourrait aussi utiliser les descentes où il est très à l’aise et où il n’hésite à prendre des risques.

Même s’il a déjà montré une certaine pointe de vitesse (à Liège-Bastogne-Liège notamment), le leader du Team UAE Emirates ne pourra pas rivaliser avec des adversaires ultrarapides comme Fabio Jakobsen ou même Wout van Aert. Il doit donc utiliser les pentes pour les décrocher. Mais une question se pose, les pourcentages de la Cipressa et du Poggio sont-ils suffisants pour faire la différence ?

Cyclisme – Tadej Pogacar fait sauter le bouchon sur le podium des Strade Bianche.
Cyclisme – Tadej Pogacar fait sauter le bouchon sur le podium des Strade Bianche. © AFP or licensors

★★★★ : Ewan et Jakobsen, les deux meilleurs sprinteurs du moment

Derrière van Aert et Pogacar, nous plaçons un autre duo composé des deux meilleurs sprinteurs du moment. Caleb Ewan (son forfait a toutefois été annoncé ce vendredi midi) et Fabio Jakobsen sont intrinsèquement les plus rapides. Mais ils ne peuvent gagner que dans un seul scénario, celui où ils parviennent à accompagner les meilleurs au sommet du Poggio et où ils sont toujours dans le groupe de tête au moment d’aborder les 250 derniers mètres.

Ewan et Jakobsen auront chacun une équipe quasiment entièrement dévouée à leur cause. Chez Lotto-Soudal, on sait que Philippe Gilbert rêve toujours dans un coin de la tête d’accrocher son dernier Monument. Mais Phil est réaliste sur ses propres chances. La meilleure carte de l’équipe reste le sprinteur de poche australien. Surtout s’il parvient à reproduire sa montée du Poggio de 2021. Très à l’aise et impressionnant, Ewan avait même répondu à une attaque de van Aert. Et lors de la bascule à la cabine téléphonique, il était 2ème ! Deux fois 2ème sur la via Roma, Caleb tourne autour de la victoire.

Du côté des Quick Step-Alpha Vinyl, le forfait de Julian Alaphilippe a considérablement changé la tactique. La formation belge a réagi en rappelant Jakobsen qui n’était pas prévu à la base. Il devient donc l’atout numéro un et, théoriquement, oblige Quick Step à contrôler plutôt que de se lancer dans des offensives.

★★★ : De Pedersen à Ganna, des outsiders en bonne forme

Suite à l'absence de Jasper Stuyven, le tenant du titre, l'équipe Trek-Segafredo a rappelé Mads Pedersen. Le Danois n'était pas prévu sur la liste des partants. Mais il est en très bonne forme et son équipe a besoin d'un leader. 

La formation INEOS Grenadiers présente de son côté un sacré collectif pour cette Primavera. Filippo Ganna prépare ce Milan-Sanremo depuis le début de l’année et en a fait un gros objectif. Moins puncheur et moins sprinteur que les autres, il devra se jeter sur la moindre occasion. Mais ne lui laissez pas un seul mètre d’avance dans le final car vous ne le reverrez pas. À ses côtés, Tom Pidcock débarque avec peu de courses dans les jambes et donc de l'incertitude. Le prodige britannique n’était ni à Paris-Nice, ni à Tirreno-Adriatico, mais il reste un candidat sérieux. INEOS qui alignera aussi Michal Kwiatkowski (vainqueur en 2017) et Elia Viviani.

Comme Pidcock, Matej Mohoric n’est pas passé par Paris-Nice ou Tirreno-Adriatico. Le Slovène a pris le temps de se remettre après son implication dans la grosse chute des Strade Bianche. Bon dans les bosses, efficace quand il s’agit de rouler et de conclure, il pourrait profiter d’une certaine rivalité entre les favoris pour signer une victoire 'à la Stuyven'. Attention à lui. Même analyse pour Soren Kragh Andersen, un terrible finisseur.

Dans cette catégorie des 3 étoiles, nous ajoutons encore deux coureurs. Christophe Laporte, qui pourrait très bien profiter du jeu d’équipe chez Jumbo-Visma et Japser Philipsen, lui aussi très rapide. Mais le Belge pourrait payer son inexpérience puisqu’il n’a participé qu’une seule fois à Milan-Sanremo.

★★ : La petite surprise

Voici une liste de coureurs qui ont des raisons d’espérer, mais dont la victoire constituerait tout de même une légère surprise. Michael Matthews ne cesse de tourner autour d’une éventuelle victoire à Milan-Sanremo. Sa régularité est impressionnante (9 participations et 6 fois dans le TOP 20), à tel point qu’on peut se demander s’il n’est tout simplement pas trop juste pour enfin parvenir à conclure.

Mais que dire alors de Peter Sagan ? En 11 participations, il s’est classé 7 fois dans le TOP 5 ! Malheureusement, le Slovaque semble sur la pente descendante. Son transfert chez TotalEnergies n’a toujours pas réveillé le fantasque Peter. Il s’est classé 5ème de Milan-Turin ce mercredi.

Quatre autres coureurs rapides miseront sur leur pointe de vitesse pour obtenir un bon classement : Nacer Bouhanni (2ème derrière Cavendish à Milan-Turin), Alexander Kristoff, le Milanais Giacomo Nizzolo et le très souvent placé Alex Aranburu.

★ : Sur un malentendu…

Les derniers noms que nous couchons dans cette catégorie 1 étoile devront profiter d’un scénario très favorable s’ils veulent s’imposer.

Maximilian Schachmann était dans le bon groupe l’an dernier, au sommet du Poggio. Mais le champion allemand vit un début de saison très compliqué, il ne s’est aligné que sur Paris-Nice où il n’a pas pu aller au bout de la course. Son équipe BORA-hansgrohe pourra aussi miser sur le sprint de Sam Bennett, mais l’Irlandais n’a toujours pas pu retrouver la grande forme époque Quick Step.

Elia Viviani, Bryan Coquard et Arnaud Démare sont eux aussi véloces mais, en ce moment, moins rapides que d’autres sprinteurs.

Enfin, terminons avec deux coureurs belges plutôt en retrait ces dernières saisons, mais qui courent toujours derrière cette Primavera. Les meilleures chances de victoire de Greg Van Avermaet et Philippe Gilbert sont sans doute derrière eux, mais ils sont toujours là.

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