Cyclisme

Cyclisme – Quand Quick-Step Alpha Vinyl change sa philosophie pour construire autour de Remco Evenepoel

17 janv. 2022 à 06:00Temps de lecture4 min
Par Jérôme Helguers avec Jean-Pol Hanse

L’équipe cycliste Quick-Step Alpha Vinyl a lancé sa saison 2022 à l’occasion du traditionnel stage hivernal de Calpe, en Espagne. Un noyau rajeuni par les arrivées de quelques grimpeurs. Comme si la formation belge changeait progressivement sa philosophie afin de poursuivre le projet autour de Remco Evenepoel.

Il y a un an, le stage hivernal de Remco Evenepoel se limitait à un peu de marche et de natation. La faute à une rechute et une reprise un peu trop précipitée après sa chute sur le Tour de Lombardie. Aujourd’hui, le jeune coureur a retrouvé le plaisir d’une vie de coureur 'normale'. Remco savoure et lance sa saison avec une bonne résolution : "être plus mature".

L’équipe et le coureur ont tiré les leçons et les enseignements du dernier Tour d’Italie. Trop d’ambition d’un côté et de l’autre, la pression médiatique. "Les circonstances et le contexte avant ce Giro étaient ce que l’on peut faire de pire. Suite à sa chute et sa revalidation, sa préparation au Tour d’Italie n’a pas été idéale. Le timing était trop court", explique Patrick Lefevere. "Et puis, il y avait une ambiance créée autour de ce retour sur le Giro. Peut-être moins dans la presse wallonne que dans la presse flamande, mais c’était comme s’il avait déjà gagné avant même le départ. C’est un peu comme si vous roulez en voiture, vous voyez un mur en face de vous et vous freinez trop tard. Moi j’ai essayé d’appuyer sur le frein, mais j’ai compris que c’était trop tard. On allait droit dans le mur", confie le manager de Quick-Step Alpha Vinyl.

Quick-Step construit une équipe pour les grands tours

Cette fois, Remco Evenepoel testera ses aptitudes sur un grand tour en fin de saison, à la Vuelta. Et pour l’encadrer, l’équipe semble changer sa philosophie. De tradition, Quick-Step a toujours construit des équipes pour essentiellement briller sur les classiques et dans les sprints. Mais depuis l’éclosion de Remco, le recrutement est plutôt axé sur les grimpeurs et coureurs de courses à étapes. Cette année encore, Louis Vervaeke (20ème du dernier Giro), Ilan Van Wilder (jeune rouleur-grimpeur prometteur et souvent 2ème, derrière Evenepoel, chez les juniors) et Mauro Schmid (vainqueur de la fameuse étape empruntant les Strade Bianche sur le dernier Tour d’Italie) ont rejoint les Mauri Vansevenant, Mattia Cattaneo ou Fausto Masnada.

Même si Patrick Lefevere botte encore un peu en touche quand on lui pose la question, l’analyse de ce mercato est assez limpide. Au sein de Quick-Step, on croit aux chances de Remco sur les grands tours et progressivement, on construit un noyau de domestiques et équipiers autour de lui.

Remco est une création particulière de la nature

"Je veux grandir dans cette équipe et trouver ma place en tant que bon domestique pour mes leaders", annonce le nouveau transfuge Louis Vervaeke. "À côté des classiques, le manager Patrick Lefevere rêve aussi de gagner un grand tour. Moi, j’aimerais aider, faire ma part de boulot, pour concrétiser ce rêve. Tout n’est pas encore écrit noir sur blanc et entériné mais je serai régulièrement sur les mêmes courses que Remco. J’espère pouvoir lui apporter mon expérience et lui amener de la tranquillité. J’ai déjà 28 ans et, comme lui, j’ai été professionnel très tôt. J’ai connu beaucoup de bas dans ma carrière. Je sais que tout ne va pas toujours très bien et si facilement dans le vélo. J’espère pouvoir l’aider dans des moments plus difficiles. Physiquement, il est impressionnant. C’est une création particulière de la nature. C’est un talent impressionnant, de la folie ! En dehors du vélo, il est très naturel et aimable. Dans les médias, il peut peut-être paraître dur et arrogant mais c’est un super chouette gars".

Ilan Van Wilder, celui qui était souvent deuxième derrière Evenepoel chez les Juniors

Autre renfort de qualité avec le talentueux et prometteur Ilan Van Wilder. Une vieille connaissance de Remco puisqu’ils étaient adversaires et rivaux chez les juniors. Très souvent, Van Wilder terminait les courses à la deuxième place, derrière Evenepoel. "Moi, je vois moins Remco comme un phénomène car je le connais très bien et depuis ses débuts. Je ne suis donc pas surpris par tout ce qui lui arrive. On a partagé pas mal de choses ensemble chez les juniors, notamment dans les sélections nationales. Être de nouveau avec lui, dans cette équipe, c’est chouette", estime Ilan Van Wilder.

"Je ne vais pas dire que c’est moi qui ramène les coureurs. Patrick et le staff sont là pour ça. Mais on en discute ensemble", raconte Remco Evenepoel. "Par exemple, pour Ilan, vu que je le connaissais, j’ai insisté sur le fait que ce serait très bien de le faire venir chez nous. Finalement il est là et je suis très heureux d’avoir mon copain dans l’équipe. Les grimpeurs qu’on a engagés sont de très bons coureurs, des gars qui peuvent aussi gagner des courses et ça, ça me plaît. On aura plus de pions et ce sera notre force, la philosophie du Wolfpack quoi ! Gagner un grand tour c’est le rêve de l’équipe. Et pour y arriver, il faut un groupe très fort et des grimpeurs très forts. Ça n’arrive pas tout de suite, il faut du temps, peut-être des années. On a besoin de ce temps et on verra ce que ça va donner".

Serai-je un coureur de grand tour à la fin de la saison ? J’attends encore 'la' grande réponse

Evenepoel prendra donc le départ de la Vuelta avec un solide entourage. De quoi peut-être répondre à cette question, toujours en suspens : est-il un coureur de grand tour ? "J’espère que j’aurai les réponses à cette question à la fin de la saison", répond Remco. "Comme je n’ai pas eu de bonne préparation pour le Giro et que je ne suis pas allé au bout, on ne sait pas. Mais j’ai quand même déjà montré des choses qui disent que je peux performer dans des courses de trois semaines. Il y a les tests, les chronos, mes victoires dans des arrivées en montées. Certaines réponses sont là mais il manque juste 'la' grande réponse".

"On doit encore apprendre et le découvrir", répond lui Patrick Lefevere. "Beaucoup de gens oublient qu’il ne va avoir que 22 ans fin janvier. On est nerveux et on compare toujours. On va me dire que Tadej Pogacar est très jeune aussi mais qu’il a déjà gagné deux fois le Tour de France. C’est vrai… On constate. Mais Pogacar est Pogacar et Remco est Remco. Laissons-lui le temps".

Pour le jeune coureur belge, la longue route de préparation vers la Vuelta commencera justement par un déplacement en Espagne. Remco Evenepoel ouvrira sa saison 2022 début février, sur les routes du Tour de Valence.

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