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Cyclisme

Cyclisme : pour ou contre le gravel et les chemins de terre sur les courses cyclistes ?

Cyclisme : Image du Tour de France 2020, quand le peloton a emprunté les routes non asphaltées du Plateau des Glières. Le recours à ces chemins de terre est devenu une mode chez les organisateurs de courses cyclistes sur route. Mais est-ce que ce genre de
15 févr. 2022 à 11:304 min
Par Jérôme Helguers

Le recours à des parcours contenant des routes et chemins de terre non asphaltés est une mode chez les organisateurs de courses cyclistes sur route. Le vélo façon gravel apparaît de plus en plus chez les professionnels. Dernier exemple avec la Clásica Jaén, nouvelle course espagnole que l’on pourrait résumer comme la version andalouse des Strade Bianche. Mais est-ce que cette mode du chemin de terre plaît aux coureurs ? Réponse avec les Belges Loïc Vliegen et Sébastien Grignard.

Le coureur kazakh Alexey Lutsenko a remporté la première édition de la Clásica Jaén en Andalousie. Cette nouvelle course proposait un parcours fait de chemins de terre au milieu des oliviers. Soit une version espagnole des jeunes mais célèbres Strade Bianche italiennes.

Le recours à ces chemins de terre sur des courses professionnelles sur route est devenu une mode chez les organisateurs. La tentation, on le comprend, est assez irrésistible. Ces passages renvoient à une certaine nostalgie du cyclisme héroïque d’antan. Les chemins de terre apportent aussi leur lot de belles images, de spectacle, et de facteurs imprévus comme les chutes et les problèmes mécaniques. N’oublions pas aussi l’effet de mode du gravel qui agite en ce moment le monde des cyclotouristes amateurs.

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On connaissait depuis une quinzaine d’années les Strade Bianche. Les Italiens proposent aussi épisodiquement des passages sur des chemins de terre dans le Giro. Sur les routes blanches de Toscane en 2010 et 2021, mais aussi dans quelques montées de cols se terminant par une route non asphaltée. En France, le Tro Bro Leon est populaire grâce à ses 'ribinoù', des chemins de traverse bretons. Et Paris-Tours a récemment changé sa philosophie pour aller visiter les chemins de terre à travers les vignes de la Loire. La Belgique n’échappe pas à la mode avec la semi-classique Dwars door het Hageland, mais aussi Gand-Wevelgem qui a introduit en 2017 les 'plugstreets', des chemins de terre et de gravier.

L’organisateur propose et les coureurs disposent. Mais justement, dans le peloton, que pensent les coureurs de ces chemins de terre qu’on leur impose ? Pour essayer de répondre à la question, nous avons fait réagir deux coureurs belges qui ont participé à la Clásica Jaén.

Loïc Vliegen s’est plutôt bien débrouillé à travers les oliviers andalous. Le coureur Intermarché-Wanty-Gobert Matériaux est monté sur le podium, troisième derrière Alexey Lutsenko et Tim Wellens. "J’adore ça", confie Loïc Vliegen. "J’aime les Strade Bianche, la Clásica Jaén ou encore Dwars door het Hageland chez nous, où j’avais terminé 4ème d’ailleurs en 2019. Pour moi, c’est une belle chose de proposer ça aux coureurs. C’est vrai que ça devient clairement une mode. Cette nouvelle course espagnole était une super organisation, avec un joli parcours similaire aux Strade Bianche et aussi exigeant. Si j’ai l’occasion de revenir l’an prochain, je le ferai. Pas parce que j’ai terminé 3ème, mais parce que j’ai apprécié. Le site et la ville d’arrivée ont un aspect mythique et touristique, comme à Sienne", détaille le Liégeois de 28 ans.

Sébastien Grignard a lui aussi découvert cette nouvelle course espagnole. "C’était une course très difficile et très nerveuse dès le début car le premier secteur se situait après 25 kilomètres de course. Je trouve que les secteurs non asphaltés ajoutaient vraiment quelque chose à la course. Ceux situés sur les circuits locaux étaient les plus durs. Surtout à cause de la pente, car l’état des secteurs était à peu près similaire pour la plupart. Je n’ai jamais roulé les Strade Bianche mais je pense que les chemins ici en Espagne étaient beaucoup moins techniques. Il y avait moins de virages et nous les empruntions quasiment toujours en côte. Personnellement, étant un coureur de classiques, j’apprécie ce genre de course. Mais je reconnais que, oui, ces dernières années, les organisateurs voient par ces chemins un moyen de rajouter du spectacle", estime le coureur de l’équipe Lotto Soudal.

Oui pour les courses d’un jour, un grand NON pour les courses à étapes

Cette dernière réflexion de Sébastien Grignard permet de plonger au cœur du débat. Car ces chemins de terre posent en fait problème quand ils sont proposés sur une course à étapes. Le Tour de France avait fait ce choix en 2018 et en 2020 sur le Plateau des Glières. Mais en veillant toutefois à positionner ce secteur non asphalté assez loin de l’arrivée. Les organisateurs du Giro ont choisi de passer sur une partie des Strade Bianche en 2010 et 2021. En 2010, on était proche de la catastrophe avec de la pluie et de la boue. Les coureurs avaient été poussés vers leurs dernières limites. L’an dernier, côté belge, on se souvient surtout des déboires de Remco Evenepoel, complètement paralysé et paniqué au moment de poser ses roues sur les chemins en gravier. Evenepoel qui maudit ce genre de routes puisque cette saison, il a perdu son maillot de leader du Tour de Valence dans une très raide montée comportant des portions de terre.

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Si les coureurs taillés pour les classiques apprécient l’idée d’intégrer du gravel dans les courses d’un jour, ils sont aussi les premiers à dire STOP pour les courses à étapes. "Je suis pour l’introduction de chemins de terre lorsque c’est bien fait et que ça ne rajoute pas de danger supplémentaire, comme ça peut parfois être le cas", explique Sébastien Grignard. "Je comprends donc aussi certains de mes collègues qui ne sont pas favorables à ce genre de parcours sur des courses par étapes. Car il est vrai que ça peut de temps en temps rajouter un facteur chance, qui peut s’avérer difficile à gérer pour les coureurs de classement général".

"Attention, on ne doit pas dire oui à tout", ajoute Loïc Vliegen. "Je suis ok avec ça pour les courses d’un jour. Par contre, pour les courses à étapes, je ne suis pas d’accord. Ce n’est pas nécessaire. On a vu ça, il y a quelques semaines, sur le Tour de Valence. J’ai du mal à me faire à l’idée que l’on puisse perdre un classement général d’une course à étapes à cause d’un problème mécanique ou d’une chute sur ces chemins de terre. Je préférerais que l’on garde ça exceptionnellement et sur les courses d’un jour", conclut Loïc Vliegen.

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