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Croatie : l'Union européenne n'est pas l'étape finale

Croatie : l'Union européenne n'est pas l'étape finale
01 juil. 2013 à 10:323 min
Par Svetlana Jovanovska

La Croatie a donc rejoint l’Union européenne. Hier encore pays en guerre, la Croatie vit aujourd’hui le " rêve européen " tant convoité par ses voisins de la région des Balkans occidentaux, des pays qui comptent par ailleurs beaucoup sur un effet d’entraînement.

Une transformation en profondeur

C’est en 2003 que Zagreb a déposé sa demande d’adhésion à l’UE; l’année suivante déjà les Européens lui accordaient le statut officiel de candidat mais il était impossible pour le pays de commencer à négocier tant que les autorités nationales n’avaient pas livré à la justice internationale le général Ante Gotovina, alors recherché pour crimes contre l’humanité commis durant la guerre entre Serbes et Croates. Le général fut arrêté en Espagne et enfin livré au Tribunal pénal international de la Haye en décembre 2005. Un mois après, l’Union ouvrait les négociations officielles d’adhésion avec Zagreb.

Sept ans de pourparlers auront été nécessaires pour transformer en profondeur la société croate et lui permettre de laisser derrière elle la guerre et ses séquelles.

" Nous, les journalistes, sommes libérés de l’influence du politique dans notre métier, et nous pouvons enfin dire que nous faisons notre travail librement. Je peux dire que la situation en Croatie est tout à fait comparable à celle des pays membres de l’UE ", c’est ainsi qu’Augustin Palokaj, correspondant pour le quotidien croate, " Jutarnji List ", commente l’entrée de son pays dans l’UE ce 1erjuillet. Et il est vrai que la liberté d’expression, y compris celle de la presse, représente un défi majeur pour l’intégration européenne des anciens pays yougoslaves.

Crise, crime et séquelles de la guerre

La situation croate n’est pas rose pour autant. La crise touche le pays également, des médias ferment faute de moyens, des journalistes perdent leur emploi, les CDI dans le métier sont devenus chose rare.

Le crime organisé aussi reste un problème non négligeable qu’il faudra suivre de près. Rappelez-vous, en 2008, le journaliste croate Ivo Pukanic perdait la vie dans un attentat à la voiture piégée. Certes la Cour suprême croate a confirmé en février de cette année les peines contre les six assassins de Pukanic, le gouvernement de l’époque a pris ses responsabilités politiques, mais les commanditaires restent toujours inconnus et leurs motivations non élucidées.

Corruption, crime organisé, pressions économiques, autocensure et glorification du passé nationaliste, le journalisme croate est en quelque sorte le reflet d’une société qui panse ses blessures de guerre. Si la situation est meilleure que chez ses voisins, ce n’est qu’une maigre consolation pour ce pays ambitieux qui tend à se rapprocher des plus hauts standards européens et à marquer sa différence avec la vague d’élargissement précédente.

Reste que le pays est entouré de voisins dans lesquels la tentation politique de fourrer son nez dans le travail des journalistes, des juges, des syndicats…, est plus forte que nulle part ailleurs. La Croatie le sait, elle en vient. Ce sont des années de négociations ardues avec la Commission européenne, mais aussi avec son voisin slovène, qui auront eu raison de ces tendances destructrices pour la démocratie. Mais que nos amis croates n’oublient pas que l’adhésion à l’UE n’est pas une étape finale, elle reste un processus dynamique dans lequel la vigilance doit être sans cesse de mise. On en veut pour preuve la Hongrie. On n'est jamais entièrement à l’abri d’un retour en arrière à l’est de l’Europe. Et une fois membre du club, l’Union n’a malheureusement plus les instruments nécessaires pour l’empêcher.

Une énorme responsabilité

Pour l’heure, on peut dire que Zagreb a parcouru un long chemin depuis les guerres fratricides de l’ex-Yougoslavie. Son adhésion au club européen est un honneur pour la Croatie autant que pour ses voisins, elle représente aussi une responsabilité énorme vis-à-vis de ces mêmes voisins, cruellement en manque d’un modèle balkanique à suivre. Que les Croates ne l’oublient pas.

Svetlana Jovanovska, Journaliste free lance

En poste depuis des années à Bruxelles pour le journal macédonien Dvernik, Svetlana Jovanovska, connaît bien les arcanes de l'Union européenne. Elle travaille aujourd'hui comme free-lance et a un point de vue très critique sur l'évolution des médias dans les pays de l'ancienne Yougoslavie.

 

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