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Crise ukrainienne: comment la Russie construit son récit de guerre ?

Cette capture vidéo publiée par le ministère russe de la Défense le 15 février 2022 montre des chars russes partant pour la Russie après des exercices conjoints des forces armées de la Russie et de la Biélorussie.
20 févr. 2022 à 15:46Temps de lecture4 min
Par RTBF

L’Union européenne s’est inquiétée ce samedi d’une intensification des efforts de manipulation de l’information destinés à servir de prétextes pour justifier une escalade militaire en Ukraine. Comment la Russie construit son récit ? Et comment les Américains réagissent ? 

"Biden veut détruire l’Etat ukrainien pour empêcher une enquête sur son fils"

Le Service européen pour l’action extérieure suit de près les campagnes de désinformation russes depuis 2014. Dans son rapport mensuel, il épingle un article publié le 4 février 2022 dans le média Sputnik, une agence de presse multimédia internationale lancée par le gouvernement russe. Le papier affirme que : "Biden veut détruire l’Etat Ukrainien pour empêcher une enquête sur son fils."

L’article assure que le président américain souhaite voir l’État ukrainien disparaître afin d’empêcher les républicains de mener des enquêtes sur les causes du coup d’État ukrainien et la participation de son fils, Hunter Biden, à la corruption.

Il s’agit là d’allégations qui permettent de justifier le renforcement militaire de la Russie à la frontière avec l’Ukraine. En accusant les États-Unis d’être le moteur de l’escalade des tensions, cette histoire de désinformation vise à nier toute responsabilité russe dans la situation.

Récit de la souveraineté perdue

Dans un autre article, le média Sputnik affirme que "la Pologne accepte l’humiliation américaine pour combattre l’impérialisme russe". Le pays n’aurait jamais demandé aux Etats-Unis d’envoyer de nouveaux soldats sur son territoire. Il s’agirait là d’une nouvelle démonstration de la honte que subit la Pologne après avoir cédé sa souveraineté nationale aux mains des dirigeants d’outre-mer.

Selon, le Service européen pour l’action extérieure, ce récit de désinformation pro Kremlin sur la "souveraineté perdue" est récurrent. La Pologne est souvent présentée comme un "État fantoche" des États-Unis. Ce récit comprend un message selon lequel les États-Unis manipulent la Pologne et d’autres alliés européens afin de mener à bien leurs politiques anti-russes.

Un prétexte pour attaquer

Les médias d’Etat russes ont également publié récemment plusieurs articles invérifiables sur des violences dans l’est de l’Ukraine, région tenue en partie par des rebelles prorusses.

Les Etats-membres de l’Union européenne et les Etats-Unis sont persuadés que ces différentes manœuvres de Moscou ont pour but de créer un prétexte pour attaquer l’Ukraine.

Samedi soir encore, des séparatistes pro-russes de l’est de l’Ukraine ont déclaré avoir découvert un plan.
élaboré par Kiev pour s’emparer des territoires sous leur contrôle.

Les autorités ukrainiennes ont rapidement démenti ces déclarations. Mais, Kiev et l’Occident redoutent qu’une "opération sous fausse bannière" – une opération menée avec utilisation des marques de reconnaissance de l’ennemi – ne soit menée dans l’est de l’Ukraine et que la Russie ne l’utilise comme prétexte à une invasion.

Du côté américain : stratégie de communication alarmiste

Le président américain Joe Biden a déclaré ce vendredi avoir la conviction que la Russie pourrait lancer une opération armée "à tout moment".

Samedi 19 février, en visite en Lituanie, le secrétaire de la défense américain, Lloyd Austin, a affirmé que les troupes russes massées à la frontière de l’Ukraine "se déploient" et "s’apprêtent à frapper"

"Ayant moi-même fait cela, je peux vous dire que c’est exactement ce qu’il faut pour attaquer", a déclaré l’ancien général qui a pris part à l’invasion de l’Irak en 2003.

La politique de communication des Américains est fondée sur le concept de transparence pour la dissuasion

Selon Jean Paul, Marthoz, chroniqueur pour le journal Le Soir et professeur de journalisme international à l’UCL Louvain, c’est au moyen de cette politique de communication que l’on peut qualifier d’offensive ou d’alarmiste que les Américains pensent dissuader Moscou d’intervenir.

"Leur politique de communication est fondé sur ce qu’ils appellent 'la transparence pour la dissuasion'. L’idée au sein de l’administration Biden est de déclassifier rapidement toutes les informations qu’ils reçoivent sur le terrain, les informations qu’ils captent à la frontière. En faisant cela, l’objectif est de troubler de manière permanente les plans de la Russie, de montrer qu’ils savent exactement ce qu’il est en train de se passer. " décode, Jean-Paul Marthoz.

"Ils estiment qu’en dénonçant les dangers que toutes interventions pourraient signifier en termes de coût humain, économique et géopolitique, ils pousseront les Russes à ne pas entrer dans une logique militaire et à choisir une logique diplomatique", rajoute le journaliste spécialiste des politiques de communication des gouvernements avec la presse.

Parce qu’ils ont crié au loup que l’opération ne s’est pas déroulée

Une stratégie de communication qui comporte aussi des risques. "C’est un jeu de poker menteur parce qu’évidemment personne n’est certain que cela va fonctionner. En sachant qu’il y a plusieurs éléments qu’ils ont déjà avancés, qui ont été contredits. Par exemple, lorsqu’on a parlé d’intervention imminente le 16 février dernier et que finalement rien ne s’est déroulé. Les Américains vont dire que c’est justement parce qu’ils ont crié au loup que l’opération ne s’est pas déroulée. Mais, dans une certaine mesure, cela commence à créer une question de crédibilité pour la communication américaine", conclut Jean-Paul Marthoz.

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