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Crise politique en Roumanie: la justice dans l'oeil du cyclone

Crise politique en Roumanie: la justice dans l'oeil du cyclone
10 juil. 2012 à 13:23 - mise à jour 10 juil. 2012 à 13:30Temps de lecture3 min
Par Jean-François Herbecq

Le président suspendu Traian Basescu a accusé la majorité de centre-gauche d'avoir pour but ultime, au-delà de sa destitution, "la mise sous contrôle de la justice".   

De son côté, la coalition sociale-libérale (USL) arrivée au pouvoir en mai, reproche aussi à Traian Basescu des interventions sur la justice.   

"Dans toute l'Europe, la justice joue un rôle de plus en plus politique notamment en raison de la crise du système démocratique", explique à l'AFP Jean-Michel De Waele, spécialiste de l'Europe de l'Est à l'Université libre de Bruxelles. "Dans des pays post-communistes comme la Roumanie, cette tendance est d'autant plus forte que les élites politiques sont peu légitimes, il y a donc besoin d'une médiation, de quelqu'un qui dise ce qui est juste ou pas", ajoute-t-il, notant que les hommes politiques tentent d'instrumentaliser la justice.   

Mais après des années de soumission ou de complaisance, la justice roumaine, surveillée de près par Bruxelles depuis l'entrée dans l'Union européenne en 2007, montre de sérieux signes d'indépendance.   

Tout d'abord au niveau du Parquet national anticorruption (DNA), loué depuis des années par Bruxelles pour son "bilan convaincant" dans les affaires de haut niveau.   

L'affaire Nastase, une première

Après des critiques dans le passé, le président du Parti social-démocrate (PSD), Victor Ponta, avait reconnu en mars, alors qu'il était encore dans l'opposition, que cette institution fonctionnait de manière efficace "en poursuivant aussi des gens en fonction".   

Mais le signal le plus fort a été donné le 20 juin avec un verdict historique de la Haute Cour de Justice condamnant à deux ans de prison ferme pour corruption l'ex-Premier ministre Adrian Nastase, ténor du PSD et mentor en politique de Victor Ponta.   

Jamais en Roumanie, un aussi haut responsable n'avait été mis derrière les barreaux pour corruption. "Le fait qu'un responsable politique du rang de M. Nastase ait été condamné à une peine de prison ferme a été un message d'alarme absolu pour toute la classe politique", a déclaré à l'AFP Mircea Toma, directeur de l'organisation de défense des droits de l'Homme Active Watch.   

Pour lui, le fait que la justice traite avec de plus en plus de célérité et de sévérité les dossiers de corruption de haut niveau "explique la hâte avec laquelle l'Union sociale-libérale (USL) a agi" dans la procédure de destitution. "Ils auraient pu le faire plus calmement. Cette agitation qui écorne leur image et qui est contre-productive pour leurs intérêts politiques montre qu'il y a des objectifs plus importants que ceux politiques, c'est à dire 'rapidement, arrêtons le robinet de la justice'", accuse-t-t-il.   

Le ministre de la Justice Titus Corlatean (USL) dément catégoriquement: "Il n'y a absolument aucun blocage des dossiers. Vous avez vu qu'il existe des cas de condamnations récentes contre de hauts responsables. La justice suit son cours indépendamment de qui est au pouvoir", a-t-il déclaré à l'AFP. "Tant que la justice faisait des progrès mais ne mettait personne en prison, ce n'était pas gênant. Maintenant qu'elle met en prison cela devient gênant pour les deux camps: pour Basescu qui a un nombre de casseroles incroyable dans son parti et pour ses adversaires", juge Jean-Michel De Waele.   

S'il reconnaît à Traian Basescu d'avoir permis un fonctionnement du DNA plus efficace que dans le passé, Mircea Toma estime qu'il a essayé lui aussi de protéger certains alliés, notamment des hommes d'affaires véreux dans le secteur de l'énergie.   

Mardi, la Commission européenne a indiqué avoir encore "beaucoup de questions pour ce qui est du respect de l'indépendance de la Cour constitutionnelle et du pouvoir judiciaire" au vu des événements des derniers jours. 

 

AFP

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