Chroniques

Crise énergétique : un plafonnement des prix, quoi qu’il en coûte ?

Les coulisses du pouvoir

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30 sept. 2022 à 05:52Temps de lecture3 min
Par Bertrand Henne

Combien de temps la Belgique va-t-elle attendre avant de plafonner les prix de l’énergie ? Hier l’Allemagne a décidé de le faire et rejoint la France et l’Espagne. C’est le retour du quoi qu’il en coûte, qu’on a connu durant le covid.

Attentisme

Depuis très longtemps la Belgique estime que la solution à la crise de l’énergie réside au niveau européen. Le Premier ministre Alexander de Croo le dit depuis le mois de mars, la ministre de l’énergie Tinne Van der Straeten ne cesse de le répeter. Fidèle à sa ligne, la Belgique a envoyé une lettre avec 15 autres pays européens à la commission pour plaider en ce sens.

Le problème c’est que, si le constat peut se défendre, la Belgique risque bien de se retrouver Gros-Jean comme devant. Plusieurs pays bloquent (le Dannemark, les pays bas, l’Allemagne entre autres) car ils craignent qu’un plafonnement des prix du gaz conduise à des pénuries.

Pourtant, l’Allemagne qui freine des 4 fers pour un plafonnement européen décide d’un plafonnement chez elle. Et les Allemands sortent les bazookas : 200 milliards d’euros. L’Allemagne rejoint la liste de plus en plus longue des pays qui ont décidé de mécanisme de plafonnement (France, l’Espagne, le Portugal, le Luxembourg, le Royaume Uni).

Mauvaise nouvelle

Ce que la Belgique souhaite c’est un plafonnement des prix imposés aux producteurs. L’Allemagne refuse mais paie, comme les autres pays qui y sont passés, un plafonnement des prix pour ses consommateurs à elle, pour protéger son économie à elle. C’est déjà ce que faisait la France avec le bouclier tarifaire, qui coûte très cher à l’Etat français mais qui évite que les particuliers et les entreprises, en tout cas les petites et moyennes, ne soient ravagés par la hausse des prix. Pour 3000 kWh d’électricité un consommateur français paie aujourd’hui 660 euros par an le belge 2500. Ce bouclier freine aussi l’inflation de toute l’économie. En France elle est de 7% environ contre 11% en Belgique.

Chez nous le tarif social joue en quelque sorte le rôle du bouclier tarifaire français pour le 1 million de ménages les plus modestes. Mais le problème reste entier pour ceux qui n’y ont pas droit et pour une partie des entreprises.

Bazooka ?

L’attentisme de la Belgique n’est plus tenable. La Belgique a pris une série de mesures (tarif social, aides directes sur les factures, chômage énergie) dont coût : près de 6 milliards d’euros.

Mais par rapport à l’ampleur de la crise cela apparaît comme trop peu et trop peu efficace, pour sauver nos économies de l’effondrement. Et donc la question devient un peu similaire à celle du premier confinement covid : faut-il sortir le Bazooka ? Faut-il revenir au quoi qu’il en coûte ?

La réponse de l’Allemagne c’est oui. Et le quoiqu’il en coûte ressemble fort ici à un chacun pour soi. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour nous. Sortir le Bazooka nécessitera donc de s’endetter encore plus lourdement et dangereusement ou de parler fiscalité, d’aller chercher des recettes exceptionnelles. C’est politiquement explosif pour la Vivaldi.

L’autre élément qui complique le retour du quoi qu’il en coûte c’est que la Flandre vient d’annoncer pour 4 milliards de mesures d’aides aux ménages et aux entreprises. Le nord du pays, plus protégé, risque d’être moins enclin à sortir le fameux Bazooka. C’est politiquement explosif aussi pour la Vivaldi.

Résumons. La question qui se pose aux pouvoirs publics est un peu la même que lors du covid : qu’est-ce qui coûte le plus cher ? Attendre et utiliser des armes de précision ou intervenir avec le bazooka ? Pour le Covid c’était assez simple. Pour qui savait lire une courbe exponentielle il était évident qu’attendre coûterai plus cher que d’intervenir.

Les réponses à la crise de l’énergie sont beaucoup plus compliquées que celle du Covid. Mais vu la courbe de l’inflation et les dégâts économiques et sociaux, l’Allemagne a choisi, tardivement, d’intervenir massivement. En Belgique on attend…

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