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Crise du lait, dix ans après : les mesures prises par la Commission européenne sont-elles satisfaisantes?

Prix du lait : pas de réelle embellie en 10 ans

JT 13h

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16 sept. 2019 à 17:09 - mise à jour 16 sept. 2019 à 17:093 min
Par W. Fayoumi, avec M. Baele

Il y a dix ans, le 16 novembre 2009, des dizaines de producteurs laitiers wallons déversaient plus de trois millions de litres de lait dans un champ de Ciney. Un acte de désespoir, qui devait frapper les esprits et alerter sur une filière agricole qui ne rapportait plus de quoi vivre pour beaucoup d’entre eux.

Cette semaine, le message est le même : des dizaines de producteurs se sont rassemblés au même endroit, pour dénoncer l’absence de réponse adéquate de la part des autorités européennes. Le prix du lait reste trop bas, déplorent-ils, un prix bas dû à la surproduction dans les pays de l’Union, où se trouvent beaucoup de grands producteurs, comme le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas ou l’Irlande.

Qu’ont donc fait les autorités européennes en 10 ans ?

Après la forte crise des années 2010, les autorités européennes ont choisi d’agir sur deux tableaux : en amont de la production laitière, et en aval de celle-ci.

Les premières mesures choisies par l’exécutif européen visaient à réduire la production de lait sur les territoires des pays membres. Au plus fort de la crise, en 2016, les producteurs étaient invités à produire moins. S’ils acceptaient, ils recevaient des compensations par litres de lait non produit. 150 millions d’euros ont ainsi été débloqués par la Commission européenne. Mais pour ne pas tordre la concurrence, pas question de rendre ce mécanisme pérenne : cette mesure a bénéficié aux producteurs pendant 4 mois seulement.

La deuxième solution mise en place par la Commission européenne était de l’ordre du soutien financier, en aval de la production. 850 millions d’euros ont été octroyés, pour différents types d’aides aux producteurs, via des initiatives prises par les États membres.

Dans le même temps, la commission a aussi tenté de jouer sur les prix, sans mettre des quotas. Elle a donc racheté elle-même l’excédent de lait produit qui aurait inondé le marché, l’a stocké, pour l’écouler au compte-gouttes sur les marchés. Au total, 4 milliards de litres de lait ont été ainsi stockés, et 380.000 tonnes de lait en poudre ont, après transformation, été écoulées en deux ans, jusqu’au printemps dernier.

Cette stratégie a évidemment coûté le prix du stockage, mais aussi une partie du prix plein du lait frais : la commission a donc vendu le lait à perte. Pour les autorités européennes, l’opération a malgré tout été bouclée avec succès, malgré un coût de 145 millions d’euros.

Des stocks transformés et exportés? L'inquiétude des ONG

Ces stocks ont été vendus à qui, et pour quel usage ? Impossible de le savoir, car la commission est tenue par un système d’adjudication qui est secret. Mais Thierry Kesteloot, expert de l’ONG Oxfam Solidarité, a son idée : "Ce qu’on constate c’est que, en même temps que les produits laitiers stockés étaient vendus, les augmentations des exportations de lait en poudre, ou de substitut de lait en poudre, ont augmenté énormément, explique-t-il. C’est une politique affirmée de la Commission européenne : plutôt que de diminuer les montants de production pour garantir un prix équitable aux producteurs européens, c’est 'produisez un maximum, et essayons de trouver de nouvelles parts de marchés à l’étranger'. C’est inquiétant parce que les prix du lait en Europe restent très bas, les prix d’exportation des produits laitiers restent aussi très bas. Cela déstabilise très fortement des régions qui elles-mêmes ont une production laitière importante, même si elle n’est pas suffisante. Ces populations font donc face à l’importation de produits laitiers très bon marché".

Cela déstabilise très fortement des régions qui elles-mêmes ont une production laitière importante

Ces dernières années d’ailleurs, ajoute Thierry Kesteloot, il y a "un substitut de produits laitiers, substitut dans lequel on remplace le beurre, qui est vendu en Europe à un prix élevé, par de l’huile de palme qui est 10 à 12 fois moins chère que le beurre." Un produit très maniable, explique Thierry Kestreloot, ces sachets souvent de 10 grammes, intraçables selon l’expert, sont vendus partout en Afrique de l’Ouest.

"La dernière tendance montre que les mesures de la commission, mises en place en 2015-2016 ont été efficaces et profitables", expliquait cependant le commissaire à l’Agriculture, Paul Hogan en janvier dernier. Le prix du lait au producteur a en effet augmenté depuis la crise. En Belgique, il s’est stabilisé à plus ou moins 35 centimes/kg en 2017, alors que les prix avaient plongé en dessous des 30 centimes/kg en 2016, selon les chiffres de la commission.

Ce prix reste cependant insuffisant pour les producteurs.

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