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Crimée: violences entre pro-russes et partisans du nouveau pouvoir

Crimée: violences entre pro-russes et partisans du nouveau pouvoir
26 févr. 2014 à 13:12 - mise à jour 26 févr. 2014 à 17:215 min
Par AFP

Les pro-russes réclament la tenue d'un référendum sur le statut de la Crimée, dans le sud de l'Ukraine, en proie à des tensions séparatistes qui se sont accrues depuis la destitution la semaine dernière du président Viktor Ianoukovitch. Une hypothèse rejetée par le président du parlement de Crimée, Volodymyr Konstantinov. "Le parlement ne va pas discuter d'une sortie de Crimée de l'Ukraine. Il s'agit d'une provocation visant à discréditer le parlement autonome de Crimée", a indiqué son porte-parole.

Les Tatars, une communauté locale de tradition musulmane, installée depuis le XIIIe siècle en Crimée, déportés en Sibérie et en Asie centrale sous Staline puis revenus en Crimée après la chute de l'URSS en 1991, représentent aujourd'hui 12% des 2 millions d'habitants de la péninsule. Ils ont activement soutenu la contestation anti-Ianoukovitch en Ukraine.

La Crimée, d'abord appartenant, au sein de l'URSS, à la Russie, a été rattachée à l'Ukraine en 1954. Elle continue d'héberger la flotte russe de la mer Noire dans ses quartiers historiques, la ville portuaire de Sébastopol.

Poutine ordonne des manœuvres militaires

Le président russe Vladimir Poutine a ordonné mercredi une inspection surprise des troupes des districts militaires de l'Ouest, non loin de l'Ukraine, et du Centre pour vérifier leur aptitude au combat, a indiqué le ministre de la Défense Sergueï Choïgou.

"Le commandant en chef a été chargé de vérifier l'aptitude des troupes à agir pour faire face à des situations de crise menaçant la sécurité militaire du pays", a déclaré Sergueï Choïgou, cité par l'agence Interfax. Les troupes du district militaire de l'Ouest - un vaste territoire à la frontière de l'Ukraine, du Bélarus, des Etats baltes, de la Finlande et de l'Arctique - ainsi que la deuxième armée du district militaire du Centre, le commandement de la défense spatiale et les troupes aéroportées ont été "mis en alerte à 14h00", a-t-il indiqué.

L'opération durera jusqu'au 3 mars, a-t-il précisé. Cette annonce intervient en pleine crise en Ukraine, qui inquiète les autorités russes. Toutefois, Vladimir Poutine a déjà ordonné à plusieurs reprises des inspections surprise des troupes russes depuis son retour au Kremlin en 2012, la dernière, visant les troupes d'Extrême-Orient, avait eu lieu en juillet dernier.

La Russie a également renforcé sa flotte en Crimée. "Nous étudions attentivement ce qui se passe en Crimée et autour de la flotte de la mer Noire", a déclaré le ministre, Sergueï Choïgou, cité par les agences russes. "Nous prenons des mesures pour garantir la sécurité de nos installations, nos infrastructures et notre arsenal sur la mer Noire", a-t-il ajouté, sans donner plus de détails sur ces mesures.

Mardi, le président avait dirigé une réunion du Conseil de sécurité russe consacrée à la situation en Ukraine. Vladimir Poutine ne s'est pour l'heure pas exprimé publiquement sur la destitution en Ukraine du président Viktor Ianoukovitch et l'arrivée d'un nouveau pouvoir à Kiev. Le Premier ministre Dmitri Medvedev a jugé lundi que c'était "une aberration de considérer comme légitime ce qui est en fait le résultat d'une révolte". "Il nous sera difficile de travailler avec un tel gouvernement", a-t-il dit.

La Grande-Bretagne s'oppose à toute ingérence

La Grande-Bretagne a dit mercredi s'opposer à toute ingérence étrangère en Ukraine. "Nous allons (...) évidemment prendre connaissance des activités des forces russes", a-t-il déclaré à la presse, interrogé sur ces manoeuvres.

"Nous exhortons toutes les parties à laisser le peuple ukrainien régler ses divergences internes et décider de son avenir sans ingérence étrangère", a ajouté le ministre.

L'Otan pour le respect de la souveraineté et l'indépendance de l'Ukraine

Les 28 pays de l'Otan sont attachés à la souveraineté et à l'indépendance de l'Ukraine, ainsi qu'au respect de son intégrité territoriale et à son développement démocratique, ont indiqué les ministres de la Défense alliés dans une déclaration publiée mercredi et qui apparaît comme une discrète mise en garde aux tentations séparatistes que pourrait soutenir la Russie.

"Une Ukraine souveraine, indépendante et stable, fermement engagée en faveur de la démocratie et de l'état de droit, est essentielle à la sécurité (de la région) euro-atlantique (...). Les alliés de l'Otan continuent à soutenir la souveraineté et l'indépendance de l'Ukraine, son intégrité territoriale, son développement démocratique et le principe d'inviolabilité des frontières comme facteurs clés de la stabilité et de la sécurité en Europe centrale et orientale et sur le continent dans son ensemble", précise cette déclaration.

Sa publication par les ministres de la Défense des 28, réunis pour deux jours à Bruxelles, intervient alors que les autorités provisoires au pouvoir à Kiev après la destitution la semaine dernière du président Viktor Ianoukovitch - un allié de Moscou - luttent pour prévenir une faillite du pays et faire obstacle aux tentations séparatistes dans le sud et l'est de l'Ukraine, des régions russophones et russophiles.

La Russie dispose également d'une importante base navale à Sébastopol, en Crimée, une péninsule russophone du Sud de l'Ukraine qui est donc considérée comme stratégique par Moscou puisqu'elle abrite sa flotte de la mer Noire et lui donne accès aux "mers chaudes".

L'Otan rappelle encore qu'elle a depuis 2007 un partenariat distinct avec l'Ukraine, par le biais de la Commission Otan-Ukraine, dont une réunion a été inscrite en dernière minute au programme de la ministérielle de Bruxelles. Elle aura lieu jeudi matin.

L'Alliance atlantique insiste également sur "l'importance d'un dialogue politique" fondé sur "les valeurs démocratiques, le respect des droits de l'homme et des minorités" pour "répondre aux aspirations démocratiques de l'ensemble du peuple ukrainien".

Elle rappelle ainsi sa disponibilité à continuer à assister l'Ukraine dans la mise en oeuvre de réformes, en particulier de la Défense du pays.

La déclaration se félicite encore de la décision des forces armées ukrainiennes de "ne pas intervenir dans le conflit politique".

A son arrivée à la réunion, mercredi midi, le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, avait assuré que l'Alliance était prête à "continuer à soutenir dans ses réformes démocratiques" l'Ukraine.

"Il revient au peuple ukrainien de déterminer ce que devrait être l'avenir de son pays. Nous considérons comme acquis que tous les pays respectent la souveraineté, l'indépendance et l'intégrité territoriale de l'Ukraine. C'est un message que nous avons également transmis à toutes les parties qui pourraient être concernées", avait-il ajouté, sans citer nommément la Russie.

La Commission Otan-Ukraine existe depuis 1997 et l'Alliance a déclaré l'année suivante que l'Ukraine pouvait être considérée comme candidate à l'adhésion si elle le souhaitait, même si cette perspective reste très éloignée.

AFP et Reuters

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