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Crime raciste en 2002 à Schaerbeek: la rue Vanderlinden pourrait devenir la rue Habiba-Ahmed

Ahmed Isnasni et Habiba El-Hajji.
03 mai 2019 à 16:40Temps de lecture2 min
Par Karim Fadoul

Y aura-t-il bientôt une rue Habiba-Ahmed à Schaerbeek? En tout cas, mercredi prochain, une habitante de Schaerbeek, Agnes Pietrak, en fera officiellement la demande à l'occasion d'une interpellation citoyenne, lors du conseil communal. Habiba et Ahmed sont les prénoms des victimes du crime raciste survenu le 7 mai 2002 rue Vanderlinden. Ce jour-là, Hendrik Vyt, militant d'extrême-droite notoire tue ses voisins d'origine marocaine. Les cinq enfants parviennent à échapper au massacre mais se retrouvent orphelins.

Dix-sept ans plus tard, l'aînée des enfants Kenza Isnasni milite pour qu'un hommage plus durable soit rendu à ses parents. Sa demande sera relayée auprès des autorités lors du conseil communal. But: changer le nom de la dernière portion de la rue Vanderlinden en rue Habiba-Ahmed. Il s'agit du tronçon entre la rue du Pavillon et la rue James Watt. Cela concerne les numéros 115 à 151 et 160 à 194.

Il ne faut jamais oublier

"En cette période de montée de l'extrême-droite et des discours racistes, il est temps de tirer la sonnette d'alarme", explique Agnes Pietrak à la RTBF. Pour cette Schaerbeekoise de longue date, "il ne faut jamais oublier ce qui s'est passé le 7 mai 2002 à Schaerbeek. Car il y a toujours un risque, malheureusement. D'où l'importance de se rappeler, de parler de ce drame, dans les écoles, auprès de la population. Une rue qui porte le nom des victimes, c'est l'occasion de se souvenir de ce qui s'est passé et de lancer une réflexion sur ce que nous vivons actuellement." Notons que l'interpellation citoyenne a été précédée d'une pétition qui a récolté plusieurs centaines de signatures dans la commune.

Modifier le nom d'un rue doit répondre à une série de conditions. Mais sur la principe, les autorités schaerbeekoises ne sont pas contre. Le cabinet du bourgmestre Bernard Clerfayt (DéFI) explique que "nous sommes favorables à l'engagement d'une procédure". Concrètement, les services vont analyser la faisabilité du changement de nom tel que proposé. "S'il s'agit de n'indiquer que les prénoms, c'est plus simple que de mettre les prénoms et noms de famille en entier." L'analyse portera sur les aspects techniques et pratiques comme la présence d'entreprises "ou encore si la modification porte sur un début de rue (nécessitant une nouvelle numérotation) ou une fin de rue. Ici, c'est une fin de rue, ce qui engendre moins de problèmes."

Ensuite, la proposition sera soumise à la Commission royale de Toponymie qui valide les changements d’appellation des rues en Belgique.

Consultation populaire

En cas d'aval de la Commission, un référendum auprès de la population sera mené dans la portion concernée. Pour que cette consultation soit validée, 60% des riverains doivent y participer et 60% de réponses favorables doivent parvenir à la commune pour entériner le changement et procéder au placement des nouvelles plaques de rues.

En cas de refus de la Commission, la commune réfléchirait alors à un autre hommage. Une plaque commémorative a été été placée à à hauteur du 121 rue Vanderlinden, lieu du drame. Mais une plaque non officielle Habiba-Ahmed pourrait être placée sous la plaque officielle de la rue Vanderlinden.

Mercredi soir, Kenza Isnasni sera présente dans la salle du conseil communal lors de l'interpellation citoyenne. La veille, à 10 h, celle-ci déposera une gerbe de fleurs au pied de son ancien immeuble.

 

 

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