Belgique

Crime organisé : quelles réponses aux nombreux appels à l’aide des bourgmestres, de la police et de la justice ?

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26 sept. 2022 à 12:21 - mise à jour 26 sept. 2022 à 12:36Temps de lecture4 min
Par Jean-François Noulet

Ces derniers jours, le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne, a été placé sous protection. Le ministre est visé par des menaces émanant, vraisemblablement, du crime organisé. Le crime organisé, lié au trafic de drogue, est fortement implanté en Belgique. Le Port d’Anvers, l’un des plus importants points d’entrée d’Europe pour toute une série de marchandises est aussi devenu une plaque tournante du trafic de drogue. 

Anvers est confronté ces derniers mois à des scènes de violence : règlements de compte, explosion de bâtiments, fusillades. Le bourgmestre, Bar De Wever a, plusieurs fois, appelé le niveau fédéral à prendre ses responsabilités. D’autres grandes villes du pays, Bruxelles par exemple, sont aussi confrontées à ce crime organisé lié au trafic de drogue. Les appels à l’aide lancés au fédéral se sont multipliés. Les réponses restent timides.

L’appel à l’aide de la Justice

C’était en mai dernier. Le constat était frappant. "La Belgique n’a pas les moyens de lutter efficacement contre la grande criminalité", c’était en substance le message que les plus grands magistrats du pays étaient venus délivrer. On était alors environ un an après l’affaire Sky ECC, ce vaste coup de filet de la police dans les milieux de la drogue. 

Un millier de policiers avaient été mobilisés pour analyser un milliard de messages cryptés. Des centaines de suspects ont été identifiés, le rôle du Port d’Anvers en tant que plaque tournante du trafic de drogue a aussi été mis en évidence. Mais cette enquête a aussi mis en évidence les faiblesses du système belge en matière d’enquête criminelle en raison des importants moyens qu’elle a nécessité pour aboutir.

Frédéric Van Leeuw, le Procureur fédéral, parlera même de risque de "corona judiciaire", parce que ce dossier Sky ECC "a mis à jour toute une série de vulnérabilités de notre système". C’est le risque que, "vu le nombre d’opérations, on utilise toutes nos capacités, tous les lits de soins intensifs et qu’à un certain moment, le système s’écroule parce que les policiers sont épuisés", expliquera Frédéric Van Leeuw.

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Faire ce qu’on peut avec les moyens policiers à disposition, c’est insuffisant face à l’ampleur du crime organisé. Du côté de la police, en mai dernier, on déplorait la perte de 1000 équivalents temps plein en 20 ans. "Les magistrats nous demandent de ne pas laisser tomber de dossiers, d’avoir une continuité dans les enquêtes, d’avoir des enquêteurs de plus en plus formés et de plus en plus performants, de nous intéresser aux nouvelles formes de criminalité, comme le cybercrime", expliquait Eric Snoeck, le Directeur de la police judiciaire. "Je ne peux pas donner cette garantie", ajoutait-il, en mai dernier.

Quelques semaines plus tôt, c’était le magistrat et président du Collège des procureurs généraux, Ignacio de la Serna qui, sur les ondes de la Première, dans le "Grand Entretien" indiquait qu’en matière de lutte contre la criminalité grave et organisée, certains arrondissements comme Anvers et Bruxelles ne parvenaient plus à mobiliser les moyens indispensables pour mener à bien leurs enquêtes. Et le magistrat de plaider de toute urgence pour un refinancement massif du département de la Justice sur le modèle des Pays-Bas.

Les bourgmestres appellent aussi à l'aide. Celui d’Anvers en particulier

Réclamer des moyens d’action et réclamer une meilleure prise en compte de la grande criminalité par les autorités fédérales, c’est aussi ce qu’on a fait du côté des bourgmestres. En tête de ce combat, le bourgmestre d’Anvers, Bart De Wever. Sa ville abrite l’un des plus grands ports d’Europe qui est devenu la porte d’entrée en Europe de la drogue en provenance d’Amérique latine.

Depuis des mois, Anvers est le théâtre de règlements de compte dans le milieu du crime organisé. Fusillades entre clans rivaux, explosion de bâtiments, attaques à la grenade. Le bourgmestre et la police d’Anvers manquent de moyens et prévoient le pire. "Nous verrons, selon toute probabilité, des choses pires, comme aux Pays-Bas, des meurtres étranges, des meurtres de proches ou de personnes influentes", avertissait Bart De Wever.

"J’ai fait comme bourgmestre ce que je peux faire", a averti Bart De Wever. "On a des chiffres impressionnants, on a fait presque 1000 arrestations par an, mais à un moment, si on touche aux organisations criminelles, cela devient une compétence judiciaire qui revient au fédéral. Là, on a fait des efforts, mais cela ne suffit pas du tout", estimait Bart De Wever.

A plusieurs reprises, le bourgmestre d’Anvers s’est tourné vers le niveau fédéral car il estime que la problématique du trafic de drogue à Anvers dépasse le cadre local. C’est un problème beaucoup plus vaste, européen, même, selon Bart De Wever qui voudrait qu’on y apporte la même attention qu’au terrorisme. "S’il y avait une crise terroriste, le Conseil national de sécurité serait réuni depuis longtemps, comme on l’a fait lors de la crise terroriste de 2016". Et Bart De Wever de réclamer la tenue de ce Conseil national de sécurité pour saisir à bras-le-corps la question du crime organisé lié à la drogue, car "la crise liée à la drogue fait beaucoup plus de victimes, des centaines de morts par an", a martelé Bart De Wever.

La réponse du fédéral : pas un Conseil national de sécurité, mais une table ronde

La dernière réponse en date du niveau fédéral à cette problématique de la grande criminalité liée à la drogue remonte au 15 septembre dernier. Le Premier ministre a convié les bourgmestres des grandes villes du pays à une réunion au Palais d’Egmont. Y étaient présents d’autres ministres tels que ceux de la Justice, de l’Intérieur, des Finances et de la Santé ainsi que des magistrats.

Les réponses apportées par le gouvernement fédéral aux demandes des bourgmestres des grandes villes, en premier lieu l’Anversois Bart De Wever a surtout constitué en un rappel de ce qui a déjà été prévu par le gouvernement. "Entre l’année prochaine et 2024, nous aurons 310 millions en plus et le recrutement de 1000 personnes en plus dont 400 personnes pour la police judiciaire fédérale", annonçait Alexander De Croo. Il a aussi été annoncé que les pouvoirs des bourgmestres seront étendus pour leur permettre de fermer rapidement des commerces qui seraient liés au trafic de drogue.

Pas de quoi emballer Bart De Wever. "J’ai l’impression qu’on n’est pas loin. On a annoncé certaines mesures qu’on connaissait déjà mais dire qu’on a une réponse suffisante, vu le défi, c’est beaucoup trop dire", résumait le bourgmestre d’Anvers à l’issue de la réunion. Bref, pour Bart De Wever, on était encore loin du "plan ciblé sur les deux grandes villes, Bruxelles et Anvers", qu’il espérait.

Le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne, placé sous sécurité renforcée: sujet JT 24/09/2022

Van Quickenborne : Le ministre de la justice sous sécurité renforcée

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