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36, quai des orfèvres

Crime : on a volé la Joconde (épisode 7)

Un crime, une histoire : 36, Quai des Orfèvres

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09 août 2022 à 13:00Temps de lecture4 min
Par Christian Rousseau

Au cœur de Paris, sur l’île de la Cité, se trouve l’une des plus célèbres adresses de l’histoire de la police. Elle a vu défiler les plus grands criminels, elle a vu travailler les plus grands enquêteurs : le "36, Quai des Orfèvres". À Paris et au-delà, dans la France entière, Jean-Louis Lahaye vous fait revivre les plus grandes affaires criminelles des 19e et 20e siècles, dans leur époque.

Episode 7 : le vol de la Joconde (1911)

The Louvre Museum Reopens To Public
The Louvre Museum Reopens To Public 2021 Getty Images

Cette histoire insolite nous plonge en plein cœur du Paris de la Belle-Époque, et fait revivre certaines de ses figures les plus emblématiques… réelles ou imaginaires.

On rencontre, au début de ce récit, la figure de Louis Lépine, le préfet de police de Paris, une personnalité qui a beaucoup œuvré pour la Ville Lumière.

Son nom est surtout passé à la postérité, dans le grand public, en raison du fameux “concours Lépine”, un concours d’inventions encore organisé en France de nos jours. Lors de sa première édition, en 1902, il portait le nom d exposition des jouets et articles de Paris ". Initialement créé pour contrer la concurrence étrangère, cet événement majeur voit défiler les inventions de l’année. C’est par le biais du concours Lépine qu’entrèrent dans le quotidien le mouchoir jetable, le fer à vapeur, le grille-pain ou, bien plus tard… les lentilles de contact.

Si Louis Lépine a donné son nom à un concours d’inventions, c’est loin d’être sa seule réalisation. Jérôme de Brouwer, historien du droit et de la justice à l’ULB, évoque la part qu’a pris cette personnalité historique dans le développement de la police parisienne :

Louis Lépine est nommé préfet de police de Paris en 1893. A ce titre, il est responsable de l’ordre public pour la Ville de Paris mais pas seulement, puisque sa compétence s’étend aux départements qui entourent Paris. Sa contribution au maintien et à l’amélioration de l’ordre public se décline sous des aspects très divers : depuis l’organisation de la circulation, à une époque qui voit la multiplication des moyens de locomotion et l’apparition de la voiture (passages piétons, sens uniques et sens giratoires), jusqu’à la création d’une brigade de police fluviale et d’une brigade de police cycliste.

Il est à l’origine, en 1912, dans le domaine qui nous occupe plus particulièrement, de la naissance de la " Brigade du Chef ", une section de la sûreté parisienne, mieux équipée, qui sera spécialement affectée à la répression des crimes, dans un contexte d’insécurité, celui de la Bande à Bonnot ou des bandes d’’Apaches” - des bandes de jeunes “voyous” – qui sèment la peur dans certains quartiers de la capitale.

C’est la future “Brigade criminelle”, la “Crim” qui sera établie également au 36 quai des orfèvres. Et puis, Lépine est aussi celui qui donnera une impulsion décisive au développement de ce qu’on appelle la police scientifique. Il assure, au sein de la police parisienne, le développement du service de l’Identité judiciaire, en encourageant les travaux d’Alphonse Bertillon, sur le classement anthropométrique des criminels.

 

Sur cette affaire rocambolesque qu’est le vol de la Joconde plane aussi l’ombre d’une figure de la littérature policière. Alors que des copies de Mona Lisa apparaissent brusquement, et étrangement, aux quatre coins de l’Europe, une rumeur commence à circuler. La presse ne peut s’empêcher de songer à… Arsène Lupin. Qui d’autre que le héros de Maurice Leblanc aurait pu voler une œuvre d’art aussi importante que la Joconde ? La première aventure du célèbre gentleman-cambrioleur paraît en 1905. Les aventures d’Arsène Lupin rencontrent un succès immédiat. L’année du vol de la Joconde, en 1911, il est donc bien intégré dans le paysage littéraire, et dans l’esprit des Français. Cette notoriété l’a installé dans le patrimoine culturel français jusqu’à nos jours. En témoigne, le récent succès auprès du public de la série Lupin, avec Omar Sy.

Mais ce dossier criminel révèle qu’on est loin, en réalité, d’un vol ayant nécessité l’ingéniosité, les moyens intellectuels et techniques d’un Arsène Lupin. Ce que cette histoire met en exergue, c’est avant tout l’extrême négligence dans laquelle sont conservées les œuvres d’art dans les musées à la Belle-Epoque. Mais ce n’est pas seulement la sécurité qui fait défaut. L’enquête elle-même révèle d’importantes négligences. Comme Jérôme De Brouwer nous l’explique :

Au-delà du problème de la sécurité de la conservation des œuvres dans les musées, cette histoire révèle des failles dans l’enquête menée par la sûreté parisienne. La prise des empreintes digitales, en particulier, n’a manifestement pas été menée avec toute la rigueur attendue. L’auteur du vol, qui avait travaillé au Louvre comme ouvrier-vitrier, a été convoqué en vue d’apposer ses empreintes digitales, comme tous ceux qui avaient exercé une activité au Louvre au cours des semaines ou des mois qui avaient précédé le vol. Il ne s’est jamais rendu à la convocation.

Ni à la première, ni à la seconde. Il a, étrangement, échappé aux mailles du filet. Il faut dire que le service de l’Identité judiciaire, en charge de la dactyloscopie, était dirigé par Alphonse Bertillon, avec lequel Octave Hamard, le chef de la sûreté, n’était pas en bons termes. Par ailleurs, la dactyloscopie elle-même n’était pas alors au centre des moyens de l’identification criminelle. Pour Bertillon lui-même, la dactyloscopie n’était pas aussi centrale que pour d’autres polices européennes, comme Scotland Yard par exemple.


Un crime, une histoire : 36, Quai des Orfèvres, c’est 10 épisodes en diffusion hebdomadaire, le dimanche de 18h00 à 19h00 dès le 4 juillet et en diffusion quotidienne du 16 au 27 août de 12h00 à 13h00.

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