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36, quai des orfèvres

Crime : la femme coupée en deux ou le mystère à Clichy (épisode 6)

Un crime, une histoire : 36, Quai des Orfèvres

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08 août 2022 à 15:00Temps de lecture4 min
Par Christian Rousseau

Au cœur de Paris, sur l’île de la Cité, se trouve l’une des plus célèbres adresses de l’histoire de la police. Elle a vu défiler les plus grands criminels, elle a vu travailler les plus grands enquêteurs : le "36, Quai des Orfèvres". À Paris et au-delà, dans la France entière, Jean-Louis Lahaye vous fait revivre les plus grandes affaires criminelles des 19e et 20e siècles, dans leur époque.

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Episode 6 : la femme coupée en deux ou le mystère à Clichy (1876)

Cette histoire nous ramène dans la capitale française. Aux environs de Paris. Ce n’est pas le Paris des beaux quartiers qui nous intéresse. C’est le Paris des petites gens, des oubliés, des laissés-pour-compte. Ceux qui n’ont pas leur place dans la modernité, dans l’effervescence urbaine qui s’est développée depuis le Second Empire. A Clichy, les fiacres et les habits bourgeois font place aux charrettes, aux ouvriers en sabots et en blouse.

Et ce n’est pas pour rien que la victime a été abandonnée dans les eaux de la Seine à cet endroit précis. De l’autre côté de ce qu’on appelle aujourd’hui… “le périphérique”. Loin de la Seine “romantique” qui traverse le cœur de Paris. On souhaitait assurément qu’elle ne soit jamais retrouvée. D’ailleurs, on a bien failli ne jamais la retrouver… Et encore moins la reconnaître…

Nous voici au cœur du problème que doit résoudre la police, la sûreté parisienne. Pour bien mener une enquête, pour remonter des pistes et poser des hypothèses, il faut aussi… une victime qu’on puisse identifier. Or, l’identification de la victime pose problème aux enquêteurs. Pourquoi ont-ils autant de mal ? Jérôme de Brouwer, historien du droit et de la justice à l’ULB, nous livre des explications :

Les moyens du XIXe siècle ne sont pas les nôtres, bien évidemment. A l’époque, les cadavres non identifiés pouvaient être nombreux, en particulier dans un espace urbain très vaste, dont la population est devenue très importante, et dont les liens sociaux sont moins étroits qu’avant, à la suite de l’arrivée de nouvelles populations dans la ville, issues de régions plus pauvres.

Les moyens de l’identification sont assez “sommaires”. La police ne dispose pas des méthodes actuelles de partage d’informations… Il faut relever par ailleurs qu’on ne porte pas sur soi, au 19e siècle, une carte ou des papiers d’identité. L’un des moyens les plus évidents c’est donc de “présenter” le corps non identifié à la population, quelque part où elle peut venir le voir.

Les cadavres non identifiés – principalement les corps repêchés dans la Seine – sont déposés à la Morgue, sur l’île de la Cité, derrière Notre-Dame. Ils sont exposés derrière une vitre, “sur la dalle” comme on dit alors. Mais au-delà d’un moyen d’identification, la Morgue devient une véritable attraction pour les Parisiens. Une attraction morbide, il est vrai.

Cette affaire défraie la chronique, elle fait “sensation”. Ce sont les lecteurs de la presse quotidienne qui n’en perdent aucun détail. Mais ce sont aussi ces Parisiens qui laissent libre cours à leur curiosité, en se rendant par centaines jusqu’à la Morgue mais aussi jusqu’à Clichy, sur les bords de la Seine, à l’endroit où on avait repêché les deux parties de la “femme coupée en deux”, suivant les termes des journaux.

Le commissaire Etienne Jacob et l’inspecteur Fouqueteau – les hommes de la Sûreté parisienne – qui va bientôt être installée au 36, Quai des Orfèvres – ont du mal à faire avancer l’enquête. Et les jours passent. On va alors faire usage d’une technique nouvelle, qui pourrait remplacer l’exposition du corps à la morgue : la photographie. On diffuse dans Paris la photographie de la tête de la victime. Non seulement tout le monde a plus facilement accès au portrait, mais on multiplie les chances que quelqu’un finisse par reconnaître la victime. En vain…

Afin de permettre une exposition dans la longue durée, on trouve encore une autre solution. Au bout d’un certain temps, la décomposition d’un corps est trop avancée pour qu’il soit laissé à la vue du public. On se sert alors de moulages en cire.

Depuis les années 1860, la Faculté de médecine de Paris s’est attaché les services de ce qu’on a appelé un "céroplaste", un sculpteur sur cire, pour “illustrer” les cours d’anatomie par des moulages en cire du corps humain, des modèles anatomiques.

Il s’agit de Jules Tarlich. Ses travaux en cire ont accompagné la formation des étudiants en médecine mais pas seulement. Outre son apport à la médecine légale, comme dans l’affaire qui nous occupe, il a également fourni diverses sculptures en cire. A l’image de madame Tussaud à Londres, il a lui-même, brièvement, ouvert un musée de cire.

Pourtant, malgré les efforts et la variété des techniques déployées, la sûreté n’a toujours aucune piste. Qui pourrait bien être cette malheureuse victime, coupée et jetée dans la Seine ? Et voilà qu’une dernière idée émerge : on va s’atteler à reconstituer son visage tel qu’il devait apparaître de son vivant ! Une sorte de “portrait-robot” du XIXe siècle. Montrer la victime comme elle devait être, vivante, plutôt que morte, dans un état méconnaissable. Une dernière piste qui pourrait être plus concluante… peut-être.


Un crime, une histoire : 36, Quai des Orfèvres, c'est 10 épisodes en diffusion hebdomadaire, le dimanche de 18h00 à 19h00 dès le 4 juillet et en diffusion quotidienne du 16 au 27 août de 12h00 à 13h00.

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