RTBFPasser au contenu

Scène - Accueil

Création mondiale à Liège, Warlikowski Contes africains

Création mondiale à Liège, Warlikowski Contes africains
03 oct. 2011 à 01:505 min
Par Christian Jade

Curieux personnage que Krzysztof Warlikowski, à la fois très polonais, ne travaillant qu’avec ses acteurs et dans sa langue, avec la même scénographe (Malgorzata Szczesniak) depuis plus de vingt ans mais se revendiquant d’une tradition «occidentale» (il a été assistant de Peter Brook et parle un excellent français). Je l’ai personnellement découvert à Avignon, il y a 10 ans, dans un sublime Hamlet. Shakespeare, c’est sa Bible mais l’enfant prodigue aime brûler ce qu’il a adoré. Dans ses Contes africains, il tue le «père» symbolique en le découpant littéralement en tranches.

Voici l’essentiel d’une interview  dont vous découvrirez un extrait «vocal» ci-dessous.

Christian Jade : Vous avez construit «Contes africains» autour de trois personnages shakespeariens, le Roi Lear, le juif  Shylock, du Marchand de Venise et Othello, interprétés par le même acteur. Leur point commun ? Pourquoi mêler ces trois pièces ?

Krzysztof Warlikowski: Le vieillard, le juif, le noir ce sont trois visages des exclus de notre société, des figures de l’Autre, de l’Etranger, de l’Outsider. Je connais bien Shakespeare pour avoir monté onze de ses pièces mais je n’ai plus envie de me mettre au service d’un texte achevé, complet. Depuis Apollonia, je préfère confronter des textes d’auteurs différents, anciens et modernes qui se répondent.

C.J : Dans Contes africains, pourquoi demander à Wajdi Mouawad et J.M Coetzee de «compléter» Shakespeare ?

K.W :J’ai constaté que Shakespeare donne la parole aux hommes et très peu aux femmes. J’ai voulu combler ce manque en demandant à Wajdi Mouawad de construire le monologue de Cordélia, la fille cadette du vieux Roi Lear, que son père affronte, dès la première scène avec cette exigence: «Dis-moi comment tu m’aimes». Attitude abusive. Moi-même j’ai été traumatisé quand mes parents m’ont demandé à l’âge de cinq ans, lequel des deux, père ou mère, je préférais ! Je n’ai pas su quoi répondre, un enfant n’est pas un diplomate. Et je ne suis toujours pas guéri de ce traumatisme. Eh bien cette simple question de Lear à sa fille Cordélia est comme une bombe qui fait exploser l’univers, qui amène la guerre, la mort et la fin du monde ! Le Sud Africain Coetzee, dans L’été de la vie, nous donne une fascinante mystification autobiographique en faisant interviewer par un jeune universitaire quatre de ses anciennes amours : lui aussi donne la parole aux femmes.

C.J : Pourquoi Contes africains ?

K.W : Il y a plusieurs explications. Le maure Othello et le juif Shylock sont ressentis comme africains ou non-européens. Mais le Roi Lear lui-même je le ressens comme faisant partie d’une «tribu» plus que d’une «famille». Ce côté tribal est au cœur de bien des conflits et j’aime explorer cette matière primaire, archaïque, primitive des instincts humains. Après tout l’espèce humaine est née en Afrique et le continent où se passe l’action est devenu un désert. Ou peut-être est-ce l’univers de mon imagination qui est devenu un désert ?

C.J : Cordélia de Shakespeare, si j’ai bien compris, c’est un peu  vous à 5 ans, vous aimez la pseudo-«autobiographie» de Coetzee, l’Afrique c’est soit votre «matière archaïque», soit le «désert» de votre imagination. Ces «contes africains», sont en partie autobiographiques ?

K.W : Depuis Apollonia et La fin (N.B : deux spectacles de K.Warlikowski qui ont fait étape à Liège) j’ai comme un pressentiment de «la fin», d’une folie de l’homme qui l’emmène à l’autodestruction et à la destruction du monde.









Curieux personnage que Krzysztof Warlikowski, à la fois très polonais, ne travaillant qu’avec ses acteurs et dans sa langue, avec la même scénographe (Malgorzata Szczesniak) depuis plus de vingt ans mais se revendiquant d’une tradition «occidentale» (il a été assistant de Peter Brook et parle un excellent français). Je l’ai personnellement découvert à Avignon, il y a 10 ans, dans un sublime Hamlet. Shakespeare, c’est sa Bible mais l’enfant prodigue aime brûler ce qu’il a adoré. Dans ses Contes africains, il tue le «père» symbolique en le découpant littéralement en tranches.

Voici l’essentiel d’une interview  dont vous découvrirez un extrait «vocal» ci-dessous.

Christian Jade : Vous avez construit «Contes africains» autour de trois personnages shakespeariens, le Roi Lear, le juif  Shylock, du Marchand de Venise et Othello, interprétés par le même acteur. Leur point commun ? Pourquoi mêler ces trois pièces ?

Krzysztof Warlikowski: Le vieillard, le juif, le noir ce sont trois visages des exclus de notre société, des figures de l’Autre, de l’Etranger, de l’Outsider. Je connais bien Shakespeare pour avoir monté onze de ses pièces mais je n’ai plus envie de me mettre au service d’un texte achevé, complet. Depuis Apollonia, je préfère confronter des textes d’auteurs différents, anciens et modernes qui se répondent.

C.J : Dans Contes africains, pourquoi demander à Wajdi Mouawad et J.M Coetzee de «compléter» Shakespeare ?

K.W :J’ai constaté que Shakespeare donne la parole aux hommes et très peu aux femmes. J’ai voulu combler ce manque en demandant à Wajdi Mouawad de construire le monologue de Cordélia, la fille cadette du vieux Roi Lear, que son père affronte, dès la première scène avec cette exigence: «Dis-moi comment tu m’aimes». Attitude abusive. Moi-même j’ai été traumatisé quand mes parents m’ont demandé à l’âge de cinq ans, lequel des deux, père ou mère, je préférais ! Je n’ai pas su quoi répondre, un enfant n’est pas un diplomate. Et je ne suis toujours pas guéri de ce traumatisme. Eh bien cette simple question de Lear à sa fille Cordélia est comme une bombe qui fait exploser l’univers, qui amène la guerre, la mort et la fin du monde ! Le Sud Africain Coetzee, dans L’été de la vie, nous donne une fascinante mystification autobiographique en faisant interviewer par un jeune universitaire quatre de ses anciennes amours : lui aussi donne la parole aux femmes.

C.J : Pourquoi Contes africains ?

K.W : Il y a plusieurs explications. Le maure Othello et le juif Shylock sont ressentis comme africains ou non-européens. Mais le Roi Lear lui-même je le ressens comme faisant partie d’une «tribu» plus que d’une «famille». Ce côté tribal est au cœur de bien des conflits et j’aime explorer cette matière primaire, archaïque, primitive des instincts humains. Après tout l’espèce humaine est née en Afrique et le continent où se passe l’action est devenu un désert. Ou peut-être est-ce l’univers de mon imagination qui est devenu un désert ?

C.J : Cordélia de Shakespeare, si j’ai bien compris, c’est un peu  vous à 5 ans, vous aimez la pseudo-«autobiographie» de Coetzee, l’Afrique c’est soit votre «matière archaïque», soit le «désert» de votre imagination. Ces «contes africains», sont en partie autobiographiques ?

K.W : Depuis Apollonia et La fin (N.B : deux spectacles de K.Warlikowski qui ont fait étape à Liège) j’ai comme un pressentiment de «la fin», d’une folie de l’homme qui l’emmène à l’autodestruction et à la destruction du monde.



















Contes africains d'après Shakespeare" de K. Warlikowski, au Théâtre de la Place, Liège, du 5 au 8 octobre.

Spectacle en polonaissurtitré en FR et en NL

Info: http://www.theatredelaplace.be/

La création de ce spectacle est accompagné de l’exposition du photographe polonais Konrad Pustoła qui se tient dans les murs de l'Espace Uhoda, à Liège, du mercredi 5, jour du vernissage (17h30), au dimanche 9 octobre 2011.
La visite est gratuite.

Christian Jade (RTBF.be)




Sonore:


Dans l’extrait d’interview ci-dessous, K. Warlikowski nous explique sa double filiation polonaise et occidentale à partir d’une question :

Quel est votre rapport à Grotowski et Kantor, maîtres incontestés de la période 1970-1990 ?(1 mn. 20)


11 10 03 WARLICONTES











Articles recommandés pour vous