Covid-19: pourquoi se focalise-t-on désormais sur les enfants? Sont-ils devenus le "moteur" de l'épidémie?

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"Les enfants sont le moteur de la pandémie" de coronavirus en Belgique, affirme ce matin le biostatisticien Geert Molenberghs à Het Laatste Nieuws. Il rejoint ainsi le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke qui évoque un "chaos dans les écoles". Les deux réclament des mesures pour enrayer la progression du virus dans notre pays, mais sur quoi se basent-ils?

Des chiffres d'incidence record...

Si l'on prend les chiffres de Sciensano, la catégorie des 0-9 ans est devenue depuis une semaine la tranche d'âge où on enregistre le plus grand nombre de contaminations par 100.000 individus de cet âge, avec 1417 cas détectés. Il n'y a jamais eu autant d'enfants détectés positifs qu'aujourd'hui, et c'est même une des plus hautes incidences par catégorie d'âge depuis le début de l'épidémie, si on excepte les plus de 90 ans au pic de la seconde vague...

Pire: si on isole les enfants qui sont à l'école primaire (et qu'on exclut donc les 0-6 ans), "l'incidence dans l'enseignement primaire en Flandre est supérieure à 4.500, un nombre jamais atteint. Et il continue d'augmenterexplique Molenberghs à HLN.

Du côté francophone, selon le baromètre du Segec, la coupole des écoles catholiques, les taux d'absentéisme des enseignants comme des élèves dépassent désormais les maxima atteints le 22 mars dernier.

Bart Mesuere

...et pourtant sous-estimés

Certains rétorquent que ce serait parce que les enfants sont dépistés plus systématiquement. Rien n'est plus faux: d'après les statistiques de Sciensano, la catégorie des 0-9 ans est au contraire une des moins testées. En témoigne d'ailleurs le taux de positivité, largement supérieur à celui de toutes les autres tranches d'âge: 24,6%, soit près d'un test sur 4 positif.

Quand ce taux de positivité est si élevé, c'est un signe qu'on ne teste pas assez et que les contaminations réelles sont largement sous-estimées.

Comment expliquer cette situation?

Plusieurs études effectuées lors des vagues précédentes ont démenti que les enfants étaient le "moteur" de l'épidémie: le virus circulait certes beaucoup dans les écoles, mais dans le même ordre de mesures que dans le reste de la société. Pourquoi cela a-t-il évolué?

  • Un risque de très haute incidence depuis l’apparition du variant delta : toutes les études le montrent, le variant delta est plus contagieux que les précédents. Il se transmet plus facilement, quelle que soit la tranche d’âge. Une récente étude britannique a ainsi estimé qu’il y avait 70% plus de risques qu’il se transmette au sein d’un ménage que la souche précédente.
  • Une ouverture plus grande de la société: malgré ce variant plus contagieux, la vie sociale a repris complètement en septembre, alors que de nombreux secteurs étaient fermés lors des précédentes vagues.
  • Pas de masques: là où le masque accompagne les travailleurs, il est la plupart du temps absent chez les plus jeunes à l'école.
  • La catégorie la moins vaccinée : dans ce contexte de transmission potentiellement plus importante, la circulation du virus n’a été freinée le plus souvent que par la vaccination. Mais comme les moins de 10 ans sont majoritairement non vaccinés (hormis quelques enfants à risques), ils ne bénéficient pas de cette protection, et par rapport au reste de la population, ils ont beaucoup plus de risques d’être contaminés.
  • Peu de formes graves, moins de formes symptomatiques : si on a détecté moins de cas chez les jeunes lors de la première vague, c’est aussi qu’ils étaient moins testés, pour une bonne et simple raison : ils développent moins souvent de formes symptomatiques et encore moins de formes graves. Ils le sont un peu plus désormais, notamment dans le cadre du tracing organisé dans les écoles, mais toujours de façon moins systématique. Or, moins on est testé, plus le taux de positivité va être élevé, car il va révéler des cas qu’on ne soupçonnait pas, car asymptomatiques. Et plus le virus va se transmettre...

 

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