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Covid-19 : les enfants ciblés par de nouvelles mesures dans les écoles pour freiner l’épidémie ? "C’est se tromper de cible"

Des enfants portent le masque à l’école primaire De Valke, à Lichtervelde. Image d’illustration.
03 déc. 2021 à 07:284 min
Par Maxime Fettweis

Plus les jours avancent et plus l’idée de nouvelles mesures sur les épaules des plus petits fait son chemin alors que la proportion d’enfants testés positifs au Covid-19 s’accroît et que les écoles semblent être un lieu propice à la circulation du virus.

Ce jeudi 2 décembre, le groupe d’experts médicaux qui conseille le gouvernement (GEMS) recommandait 10 jours de fermeture des écoles pour "intervenir de manière aiguë" sur la progression de l’épidémie. Cela fera sans doute partie des enjeux d’un Comité de concertation (Codeco) prévu ce 3 décembre.


►►► À lire aussi : Comité de concertation : l’incertitude plane toujours quant à une possible fermeture des écoles


Alors les enfants doivent-ils être pointés du doigt comme responsables des nombreuses contaminations observées en Belgique ? "Les enfants peuvent être infectés mais les formes graves ou même symptomatiques ne les concernent que très peu", insiste d’emblée Stéphane Moniotte, chef du département de pédiatrie aux cliniques Saint-Luc à Bruxelles.

Dans son service, si cinq enfants sont porteurs du Covid, "le virus n’est la cause de l’hospitalisation pour aucun", souligne-t-il. "Ils sont donc très peu impactés du point de vue de leur santé, cela fait une énorme différence par rapport aux autres catégories de la population non-vaccinées."

"Agir à tous les niveaux de la société"

Car l’objectif est clair. Désormais, l’important n’est plus de freiner les contaminations mais surtout de garantir une occupation minimale des lits de soins intensifs dans les hôpitaux par des patients Covid.

"Ce qu’on veut c’est diminuer la pression sur les soins intensifs pour que nos hôpitaux puissent aussi soigner des gens qui n’ont pas le Covid. Donc il faut que toute la société fasse un effort, y compris les jeunes et les enfants", a déclaré Dimitri Van der Linden porte-parole de la task force pédiatrique au micro de BX1 le 29 octobre, alors que la courbe de contaminations en primaire ne faisait qu’augmenter depuis septembre. Et depuis, rien n’a permis d’infléchir ces chiffres.

Ce spécialiste invitait alors à voir la crise "de façon globale et de façon équilibrée". Selon lui, il était alors "important que dans d’autres secteurs on puisse aussi faire des efforts" pour "agir à tous les niveaux de notre société".

Des "mesures faciles" plutôt que cibler les non-vaccinés

Une analyse que partage Stéphane Moniotte qui estime que cela n’a pas de sens de mettre le focus sur les enfants "alors que les métros sont encore ouverts, par exemple". 

"On empêcherait une école d’ouvrir car des personnes qui, pour la plupart, ne sont pas vaccinées engorgent notre système de soin de santé. C’est quand même assez étrange, alors que les enfants ne peuvent même pas être vaccinés, qu’on fasse reposer les mauvais chiffres sur eux", et donc qu’on leur impose de nouvelles restrictions.

Le pédiatre plaide davantage pour faire peser la situation qui ne cesse de s’aggraver sur ceux qu’il estime être les principaux responsables, à savoir les personnes qui refusent encore la vaccination. "C’est scandaleux d’imposer à la société des fermetures pour laisser des personnes ne pas se faire vacciner. C’est se tromper de cible, je trouve."


►►► À lire aussi : L’importance des mesures dans les écoles pour contrôler la quatrième vague du coronavirus


C’est aussi en ce sens que Dimitri Van der Linden demandait aux adultes de "prendre leurs responsabilités" fin octobre. "Je pense qu’il est important que le plus d’un million d’adultes non vaccinés se vaccinent parce que cela a d’énormes répercussions", indiquait-il au micro de BX1.

Car si la population a déjà accepté des fermetures complètes ou partielles des établissements scolaires, les levées de boucliers qui s’enclenchent dès que la possibilité d’imposer la vaccination est mise sur la table laissent imaginer la contestation qu’une telle mesure générerait.

Toutefois Stéphane Moniotte invite les autorités à "ne pas prendre des demi-mesures" qu’il estime être des "mesures faciles".

La santé psychologique des enfants mise à mal

Car dès qu’une école ferme ses portes, les enfants sont livrés à eux-mêmes. Selon UNICEF, 1,6 milliard d’enfants ont vu leur éducation négativement affectée dans le monde lors des confinements à répétition. Et la Belgique n’est pas épargnée : plus d’un jeune sur deux (58%) déclare avoir rencontré des difficultés d’ordre mental ou psychologique, selon une enquête sur le bien-être mental des jeunes des Mutualités Libres.

Alors fermer à nouveau les portes des écoles, même pour une courte durée pourrait à nouveau souffler sur les braises d’un mal-être palpable. "Il y a une corrélation entre l’anxiété qui circule globalement dans la société et avec un grand nombre de demandes de prise en charge", confirme Stéphane Moniotte qui estime toutefois que cela s’est un peu atténué ces derniers mois.

D’autant que "certains jeunes sont motivés pour que la société aille mieux", comme en témoignent les taux de vaccination respectifs de 74 et de 83% dans les populations âgées de 12 à 15 et de 15 à 17 ans. "Mais il faut qu’en contrepartie, on puisse leur offrir des conditions de vie qui puissent être en concordance avec un certain bien être", insistait Dimitri Van der Linden il y a un mois, évoquant ses "collègues pédopsychiatres […] débordés encore par les jeunes en souffrance mentale". "Il faut faire preuve de pédagogie dans les classes mais également d’empathie."

Pour les enfants en dessous de 12 ans la vaccination n’est pas encore possible, bien que Frank Vandenbroucke s’est déjà dit favorable à un élargissement des vaccins à partir de 6 ans et que l’Agence européenne du médicament (EMA) a déjà tranché favorablement en faveur d’injections du vaccin Pfizer dès 5 ans.

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