RTBFPasser au contenu

Societe

Covid-19 : Faut-il étendre rapidement le dépistage aux patients peu ou pas symptomatiques ?

Il faut utiliser davantage les tests covid maintenant

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

28 juil. 2020 à 16:47 - mise à jour 28 juil. 2020 à 16:585 min
Par Jean-François Noulet

Jusqu’à présent, seuls les patients qui présentent des symptômes du Covid-19 sont autorisés à passer par un test de dépistage. Dans la communauté médicale et scientifique, des voix se font entendre pour demander que l’on teste aussi d’autres patients, ceux qui ne présentent pas de symptômes ou en ont peu.. Cela permettrait de casser les chaînes de contamination que l’on observe actuellement.

C’est l’avis d’Yves Coppieters, professeur à l’Ecole de Santé Publique de l’ULB. Pour lui, les tests sont actuellement sous-utilisés. " C’est un outil très important de surveillance et d’identification des personnes symptomatiques ou peu symptomatiques. On est toujours resté en Belgique dans les mêmes critères de dépistage des personnes symptomatiques qui peuvent, sur base de prescription médicale aller se faire dépister. Sans doute que c’est une stratégie qui aurait pu évoluer en fonction de l’évolution de l’épidémie chez nous où les chiffres sont très faibles, il y a peu de cas identifiés par rapport au nombre de tests. Donc, on pourrait élargir les critères d’accès à ces tests pour essayer de capter les personnes peu ou asymptomatiques ", explique Yves Coppieters.

Dépister plus permettrait de débusquer les personnes asymptomatiques qui risquent de faire circuler le virus. " N’est-ce pas ce qu’on veut à ce stade de l’épidémie, où l’épidémie est très faible en termes d’expression symptomatique dans la population, puisque ce sont surtout les jeunes qui transmettent et qui sont peu ou asymptomatiques ; Est-ce qu’il n’y aurait pas intérêt à aller chercher ces jeunes, sans les stigmatiser ou ces populations peu symptomatiques qui transmettent et qui sont potentiellement des futurs clusters de transmission. Donc, je pense que toute la réflexion actuellement, c’est de savoir si on veut élargir ça au moins dans les zones les plus à risque de transmission et peut-être de diminuer la force de l’épidémie actuellement ", estime Yves Coppieters.

Un dépistage massif là où il y a beaucoup de cas ?

Faudrait-il envisager de dépister massivement dans les zones où les cas de Covid-19 se multiplient plus qu’ailleurs, comme dans la région d’Anvers ? Oui, selon Yves Coppieters : " Oui, bien sûr, dans un quartier ou dans des quartiers d’Anvers, dans certains milieux de vie, dans des collectivités. Cela a tout son sens pour empêcher les nouvelles transmissions ou casser les quelques transmissions qui sont très actives actuellement ", recommande le spécialiste.

Et selon Yves Coppieters, il faudrait aller plus vite dans les tests, plus vite surtout pour obtenir les résultats des prélèvements. " Théoriquement, il faudrait un retour dans les 24 heures, maximum 48 heures pour éviter que les personnes positives ne transmettent l’infection. Malheureusement, on observe toujours que les délais sont de 3, 4 jours même plus parfois et donc, c’est très variable d’un laboratoire à l’autre mais ces délais sont toujours trop longs. Il faut absolument réduire ce délai à moins de 48 heures, dans l’idéal moins de 24 heures, comme ça se passe en Allemagne par exemple. Et puis, rentrer très vite en contact avec ceux qui ont été proches des malades car il faut maximum trois jours pour prendre des mesures pour ces personnes ", explique Yves Coppieters ". Ce qui n’est pas le cas actuellement : " En tout cas, c’est toujours insuffisant. Ces délais ne sont pas systématiquement respectés, en fonction du week-end et de la charge de travail des laboratoires cliniques. Donc, il faudrait une harmonisation, une régularisation de cela pour que les gens qui sont en attente d’un résultat puissent tout de suite être isolés s’ils sont positifs ", estime l’expert en santé publique.

Un avis que rejoint le Professeur Frédéric Cotton, Chef du service de chimie médicale au laboratoire universitaire de Bruxelles. " Beaucoup de spécialistes et d’épidémiologistes relèvent le fait que maintenant qu’on connaît une croissance des courbes et qu’une tendance exponentielle pourrait se dessiner, c’est le moment de faire un testing pour dépister les patients asymptomatiques avant qu’ils contaminent d’autres patients et qu’on ait une réelle envolée. Il faut briser les chaînes de transmission C’est maintenant qu’il serait nécessaire de dépister au maximum et d’utiliser la capacité de testing présente dans les laboratoires et au niveau de la plateforme nationale ", explique le Professeur Frédéric Cotton.

A-t-on la capacité de dépister plus de personnes ?

D’après le Professeur Cotton, oui : " Il y a d’une part les laboratoires de biologie clinique qui ont grosso modo une capacité de 15 à 18.000 tests. Et il y a la plateforme fédérale dont la capacité, d’après les annonces du ministre Debacker, pourrait aller jusque 30 ou 40.000. Si vous additionnez les deux, on a 50 à 60.000. Aujourd’hui on teste à peu près 17 à 18.000 échantillons par jour. On a la capacité de faire beaucoup plus ", détaille le Professeur Cotton.

" Les laboratoires comme le nôtre et la plupart des laboratoires cliniques ne sont pas débordés. On est loin d’être à notre capacité maximale ", explique le Professeur Cotton. Ce qui coince peut-être, ce sont les possibilités de prélèvement. " Au niveau des prélèvements, il y a une certaine saturation car beaucoup de centres de triage, en particulier à Bruxelles, ont cessé leur activité à l’arrivée des vacances et aussi en raison de la diminution des testings. Aujourd’hui, à Bruxelles, sur les 13 centres de dépistage initiaux, il en reste 4 en fonction. Donc, les patients ou les voyageurs peuvent éprouver des difficultés à se faire prélever ", précise le Professeur Cotton.

Dispose-t-on d’assez de tests ?

" On a parlé de pénurie de réactifs au début de la crise épidémique, en mars. Il y a eu des inquiétudes mais on n’a jamais connu de pénurie dans des laboratoires comme celui-ci. Aujourd’hui, il n’y en a plus car l’industrie s’est adaptée à la demande ", résume le Professeur Frédéric Cotton.

Alors, pourquoi ne teste-t-on pas plus ? Est-ce par précaution ? Pour garder suffisamment de tests en cas de deuxième vague importante à l’automne ? Pour le Professeur Cotton, le risque de pénurie de tests relèverait de la rumeur : " Il y a toute une préparation de l’automne, de l’après-été avec une vague beaucoup plus importante que le rebond qu’on connaît aujourd’hui, avec le retour de la grippe et des tests qu’on devrait faire pour différentes maladies respiratoires. Les laboratoires au niveau national sont en train de se fédérer pour trouver une solution en remplacement de la plateforme fédérale. Différentes solutions sont envisagées. Il y a des réactifs commerciaux et des réactifs préparés par les laboratoires eux-mêmes selon une technique mise au point à l’université de liège. Pour cette technique, il n’y a aucun risque de pénurie. Pour les réactifs commerciaux, effectivement, les fabricants nous annoncent des approvisionnements limités, mais je pense que c’est une prudence au niveau de ces fabricants qui doivent fournir l’entièreté des pays avec lesquels ils travaillent, mais a priori, cette pénurie de réactifs, on n’y croit pas trop car l’industrie s’est adaptée à la demande ", explique le Professeur Cotton.

La balle serait donc dans le camp du politique qui devrait s’entendre, entre Etat fédéral, Communautés et Régions pour décider de dépister plus. Il y a une réelle nécessité, comme l’explique Yves Coppieters, Professeur de Santé publique, même s’il relativise son inquiétude : " La situation à Anvers est inquiétante. Il faudrait un cordon sanitaire beaucoup plus franc pour empêcher que ces transmissions se propagent dans l’ensemble de la population. Mais à l’échelle des autres provinces, je ne suis pas inquiet. On est en train de vivre les effets du déconfinement. On n’a pas déconfiné à zéro cas. On a déconfiné à une centaine de cas, c’est le bruit de fond mais il ne faut surtout pas que la situation d’Anvers se présente dans les autres provinces ", conclut le Professeur à l’Ecole de Santé publique de l’ULB.

Articles recommandés pour vous