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Covid-19 : 7 millions de morts, vrai bilan de la pandémie. Pourquoi c’est deux fois plus qu’annoncé ?

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07 mai 2021 à 12:39 - mise à jour 07 mai 2021 à 18:32Temps de lecture5 min
Par Quentin Warlop

L’étude vient d’être publiée et elle fait déjà parler d’elle. L’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) de la faculté de médecine de l’Université de Washington a constaté que les décès liés au Covid-19 sont considérablement sous-déclarés dans presque tous les pays.

En clair, à l’échelle mondiale, le Covid-19 a causé environ 6,9 millions de morts, soit plus du double de ce que les chiffres officiels indiquent.

Que nous apprend l’étude ?

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L’analyse mise à jour montre que les États-Unis ont enregistré jusqu’à présent plus de décès causés par le Covid-19 que tout autre pays, soit plus de 905.000 décès au total.

Par région, l’Amérique latine, les Caraïbes, l’Europe centrale, l’Europe de l’Est et l’Asie centrale ont été les plus durement touchées en termes de mortalité totale.

Cette statistique comprend seulement les décès causés directement par le virus du SRAS-CoV-2, et non les décès dus aux perturbations dans les systèmes de soins de santé et les collectivités provoquées par la pandémie. "Aussi terrible que puisse paraître la pandémie de Covid-19, cette analyse montre que les conséquences réelles sont bien pires" déclare le Dr Chris Murray, directeur de l’IHME.

"Le fait de mieux saisir le nombre réel de décès causés par le Covid-19 nous aide non seulement à comprendre l’ampleur de cette crise mondiale, mais aussi à fournir des renseignements précieux aux décideurs qui élaborent des plans d’intervention et de rétablissement." poursuit-il.

Pourquoi une telle différence ?

De nombreux décès causés par la Covid-19 ne sont pas signalés parce que les pays déclarent seulement les décès survenus dans les hôpitaux ou chez des patients dont l’infection a été confirmée.

Dans de nombreux endroits, la faiblesse des systèmes d’information sur la santé et le peu d’accès aux soins de santé accentuent cette difficulté. L’analyse de l’IHME a révélé que le plus grand nombre de décès non signalés s’est produit dans les pays qui ont connu les épidémies les plus importantes à ce jour.

Inde : les chiffres trois fois sous-évalués

C’est le cas d’un pays comme l’Inde. Officiellement, 221.181 Indiens sont morts. Mais l’étude en totalise 654.395. C’est trois fois plus. Sur place, plusieurs médias indiens se sont livrés à des vérifications.

Par exemple, le quotidien The Times of India a comparé différents registres dans l’État du Karnataka : 25.000 infections n’ont pas été rapportées dans les statistiques officielles. Dans les bureaux de l’Institute for Health Metrics and Evaluation, les experts ont appliqué des modélisations au cas de l’Inde : ils estimaient ainsi, au 19 avril, que le nombre réel d’infections quotidiennes était près de 29 fois supérieur aux cas enregistrés. Selon ces calculs, les 10 millions de cas quotidiens seraient déjà dépassés.

En Inde, les décès suite au Covid 19 seraient trois fois plus nombreux qu’annoncé. Ici, la crémation d’un patient décédé du coronavirus à New Delhi, le 6 mai.
En Inde, les décès suite au Covid 19 seraient trois fois plus nombreux qu’annoncé. Ici, la crémation d’un patient décédé du coronavirus à New Delhi, le 6 mai. © AFP or licensors

Egypte et Kazakhstan : les 'faux bons élèves'

Cependant, dans certains pays où les épidémies sont relativement plus petites, le taux de mortalité a fortement augmenté lorsqu’on tient compte des décès non déclarés. Le Kazakhstan est certainement l’exemple le plus frappant. Officiellement, seulement 5620 morts. Mais d’après l’IHME, ils sont 81.696. Pareil pour l’Egypte qui ne compte que 13.529 morts.

Mais selon l’étude, 170.041 sont morts suite au coronavirus. Cette analyse montre qu’ils pourraient être davantage exposés à une épidémie de plus grande ampleur qu’on ne le pensait auparavant. "De nombreux pays ont déployé des efforts exceptionnels pour mesurer le bilan de la pandémie, mais notre analyse montre à quel point il est difficile de suivre avec précision une nouvelle maladie infectieuse qui se propage rapidement", a déclaré Chris Murray.

"Nous espérons que ce nouveau rapport encouragera les gouvernements à cerner et à combler les lacunes dans leurs évaluations sur la mortalité causée par la Covid-19, afin qu’ils puissent mieux gérer les ressources en cas de pandémie."

Une femme reçoit le vaccin russe Spoutnik V dans un centre de vaccination d’Almaty.
Une femme reçoit le vaccin russe Spoutnik V dans un centre de vaccination d’Almaty. © AFP or licensors

Et la Belgique dans tout ça ? Le bon élève !

La Belgique a-t-elle, elle aussi, sous-estimé le nombre de personnes décédées du Covid-19 ? Oui, à en croire l’IHME. Mais la différence est moins impressionnante que pour certains pays voisins européens. En effet, notre pays annonce 24.444 morts des suites du coronavirus alors que le modèle de l’IHME en comptabilise 26.259.

Pour Theo Vos, professeur en Science de mesure de la Santé à l'IHME: " La Belgique est l'un des pays où l'écart entre ce concept de "décès excédentaires" et ce qui a été déclaré comme décès dus au Covid est le plus faible. On peut donc dire que, par rapport à d'autres pays qui n'ont pas rapporté beaucoup de décès dus au Covid, la situation en Belgique a pu paraître pire qu’elle ne l’était vraiment. C’était un artefact parce que la Belgique était beaucoup plus inclusive dans sa déclaration des décès dus au Covid que d’autres pays."

Contacté par nos soins, le Pr. Vos pointe de grandes différences dans le décompte entre la Belgique et les Pays-Bas: "Je sais que les différences entre la Belgique et les Pays-Bas étaient très importantes, surtout au début de la pandémie. En Belgique, tout ce qui ressemblait au Covid, et les cas où les médecins étaient convaincus qu'un décès particulier était dû au Covid, étaient inscrits comme des décès liés au Covid. Alors qu'aux Pays-Bas, sans test PCR positif, les décès ne pouvaient pas être reliés au Covid. Or, au début de la pandémie, l'obtention des tests était un gros problème. Ainsi, de nombreuses personnes sont probablement mortes du Covid sans avoir obtenu de test aux Pays-Bas." A en croire l'étude et les chercheurs, le comptage, chez nous, a donc été plutôt bien géré. 

Modélisation, méthodologie et prévisions à long terme

À l’avenir, la modélisation mathématique du Covid-19 de l’IHME, qui prévoit l’évolution possible de la pandémie au cours des prochains mois, sera fondée sur ces estimations du nombre total de décès attribuables à la Covid-19.

La modélisation de l’IHME est mise à jour chaque semaine. Ces estimations se fondent sur la méthodologie bien établie de l’IHME visant à mesurer le fardeau des maladies à l’échelle mondiale. Depuis 1990, l’étude "Fardeau de la maladie" (Global Burden of Disease) nous donne la pleine mesure du coût total en vies humaines des maladies.

L’IHME a estimé le nombre total de décès attribuables au Covid-19 en comparant les décès prévus de toutes les causes d’après les tendances pré-pandémiques au nombre réel de décès toutes causes confondues pendant la pandémie.

Cette donnée statistique de "mortalité excessive" a ensuite été ajustée pour écarter les décès indirectement attribuables à la pandémie (p. ex., les cas de personnes qui ne sont pas atteintes du Covid-19 et qui évitent les établissements de soins de santé) ainsi que les décès évités par la pandémie (p. ex., diminution des décès liés à la circulation en raison d’une mobilité moindre). Les estimations ajustées qui en ont résulté ne comprennent que les décès directement attribuables au virus du SRAS-CoV-2, qui cause le Covid-19.

L’IHME, c’est quoi ?

Pour les médias que nous sommes, pour les décideurs mais aussi pour la population, l’Institute for Health Metrics and Evaluation est une référence dans le domaine des analyses des chiffrés liés au coronavirus. L’IHME, c’est une organisation indépendante de recherche en santé mondiale de la faculté de médecine de l’Université de Washington.

Elle fournit des mesures rigoureuses et comparables des problèmes de santé les plus importants au monde. Elle évalue aussi les stratégies utilisées pour les résoudre. L’IHME s’engage à faire preuve de transparence et à rendre cette information largement accessible afin que les décideurs disposent des données probantes dont ils ont besoin pour prendre des décisions éclairées quant à l’affectation des ressources de façon à améliorer la santé de la population.
 

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