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Cours de philosophie et citoyenneté: les profs de religion et morale saisissent la cour constitutionnelle

Cours de philosophie et citoyenneté: les profs de religion et morale saisissent la cour constitutionnelle
08 févr. 2017 à 19:26 - mise à jour 08 févr. 2017 à 19:262 min
Par Belga

Les professeurs de morale et de religion de l'enseignement officiel vont demander à la cour constitutionnelle d'annuler le décret qui organise le cours de philosophie et de citoyenneté (CPC) dans le fondamental, ont-ils annoncé mercredi via les deux collectifs qui les rassemblent. En empêchant les professeurs de donner cours à la fois de morale ou religion et de CPC dans un même établissement scolaire, ce décret crée une discrimination "absurde", a justifié Me Bourtembourg, l'avocat chargé d'introduire le recours.

Depuis le 1er octobre, les élèves de l'enseignement primaire officiel bénéficient d'un cours d'éducation à la philosophie et à la citoyenneté à raison d'une heure par semaine. Ce cours remplace une des deux heures du cours de morale ou de religion enseigné jusqu'alors.

Les horaires: la quadrature du cercle

Dans le but d'éviter les pertes d'emploi, les professeurs de religion et de morale ont été temporairement désignés comme prioritaires pour donner ce nouveau cours. Mais ils n'ont pas le droit de le dispenser dans un établissement où ils enseignent déjà un cours convictionnel.

Pour garder un horaire complet, quand ils y parviennent, des professeurs se retrouvent à jongler entre les écoles, "parfois jusqu'à 14 différentes", a témoigné lors d'une conférence de presse Christophe Bodart, du Collectif des profs de morale (CPM). Ils n'ont plus le temps de s'investir dans des projets d'école, par exemple en faveur du vivre ensemble.

"Certains décident d'abandonner leur cours de religion pour donner le CPC, qui semble leur offrir des garanties d'emploi plus stables", a également déploré Axel De Backer, du Collectif des enseignants de religion dans l'enseignement officiel (Cereo), alors que "dans le chef d'un grand nombre de femmes et d'hommes politiques, l'heure de religion résiduaire est en sursis".

"Le dispositif est vécu comme vexatoire par les professeurs de religion et de morale", a résumé l'avocat Jean Bourtembourg. "Mais, au-delà de ce ressenti, sur le plan juridique, il discrimine ces professeurs par rapport à tous les autres".

Recours financés par les professeurs 

Une centaine de professeurs des deux collectifs précités ont financé un recours devant la cour constitutionnelle, qui sera introduit d'ici au 10 février. Alors que le CPC doit être étendu à l'enseignement secondaire à la rentrée 2017, on n'a toujours pas de chiffres sur les effets du décret qui met en place le CPC dans le fondamental, regrettent parallèlement les deux collectifs, interpellant le cabinet de Marie-Martine Schyns, la ministre francophone de l'Education.

Enfin, le CPM et le Cereo se sont déclarés "fiers d'agir de manière commune", précisant qu'ils n'étaient pas opposés en soi au CPC. "Les enseignants de morale non confessionnelle et des différentes religions de l'enseignement officiel ont dû se tendre la main pour passer au-delà de préjugés entretenus par les différents piliers traditionnels de notre société belge", a ainsi souligné Christophe Bodart. Les professeurs de morale accordent "une importance cruciale" tant au CPC et au cours de morale qu'aux cours de religions, et "le CPM est conscient que cette prise de position d'ouverture à l'encontre de ce que certains définissent encore, à tort, comme le 'camp d'en face' est une première", a-t-il poursuivi.

Cette action commune "montre que la pluralité n'est pas un vain mort", a de même conclu Axel De Backer.

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