Regions

Cour d’Appel du Hainaut : les regrets des tortionnaires

La Cour d'Appel du Hainaut

© Vincent Clérin

Un trio de tortionnaires échappera-t-il à la prison ? Leur sort est, depuis lundi matin, entre les mains de trois magistrats de la cour d’appel. En première instance, en mai dernier, deux femmes et un homme ont été condamnés à dix ans de prison ferme pour avoir extorqué et torturé un vieil homme, cloué depuis dans une chaise roulante. Lundi, en appel, leurs avocats ont plaidé un sursis probatoire, sur une peine de cinq ans.

Abandonné devant l’hôpital

Le 28 mai 2020, très tôt en matinée, Jean est abandonné, nu comme en ver, devant l’hôpital Marie Curie à Charleroi. Le vieil homme est en état d’hypothermie. Il est pris en charge par le personnel hospitalier qui constate qu’il a trois côtes cassées, des blessures par arme blanche, des hématomes et des brûlures sur tout le corps. Il raconte qu’il a été torturé et lâchement abandonné par ses bourreaux, arrêtés quelques heures plus tard au nord de Charleroi, dans un appartement où les murs sont couverts de sang, où le sol est jonché de bouteilles d’alcool vides.

Il s’agit de son ex-compagne, la fille de cette dernière et son compagnon, qui sont placés sous mandat d’arrêt, puis remis en liberté un an plus tard par la chambre des mises en accusation. Pour le tribunal correctionnel de Charleroi, leur culpabilité ne fait aucun doute et ils écopent tous trois de la même peine. Ils échappent à l’arrestation immédiate, demandée par le parquet.

Cynisme et actes monstrueux

En appel, le ministère public ne remet pas en cause cette culpabilité. L’avocat général détaille cette nuit d’horreur dont fut victime Jean, soupçonné à tort d’avoir détenu dans son téléphone les photos d’une enfant dénudée, fille et petite-fille de ses bourreaux fortement alcoolisés. L’avocat général parle de " cynisme " pour décrire l’attitude du trio assis sur le banc de l’infamie, et " d’actes monstrueux ". Jean a été brûlé dans ses parties les plus intimes et frappé, notamment au couteau, durant cinq heures !

Les prévenus, inconnus de la justice, soutiennent qu’ils ne sont pas des monstres, et regrettent avoir commis de tels actes. Ils demandent, par la voix de leurs avocats, un sursis probatoire avec des conditions strictes, insistant notamment sur la thérapie psychologique qui a déjà été entamée.

Jean accuse les trois prévenus

Jean, partie civile, refuse que ses bourreaux ne passent pas par la case prison. Il les accuse tous les trois, y compris le beau-fils qui regrette seulement de ne pas l’avoir aidé. Son avocat souhaite qu’il soit condamné pour non-assistance à personne en danger, inculpation initiale retenue par le juge d’instruction.

L’avocat général note que le beau-fils avait largement le temps pour éviter un tel calvaire, puisque l’argent détourné du compte en banque de Jean a eu lieu quelques heures avant sa prise en charge à l’hôpital. " Depuis les faits, cette malheureuse victime a tout le côté gauche paralysé et n’a plus que ses yeux pour pleurer ", a déclaré l’avocat général en réplique.

L’arrêt sera prononcé le 2 janvier.

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Articles recommandés pour vous